Alain Breyer,
Photographe publicitaire

Alain Breyer est âgé de 43 ans et habite Seneffe, entre La Louvière et Charleroi. Il est photographe indépendant depuis 1986 dans le domaine de la publicité et de la reproduction d'oeuvres d'art. Actuellement, il finalise un livre de photographies consacré aux spectateurs qui attendent le passage des coureurs dans les courses cyclistes et dont la sortie est prévue en mars 2006 aux Editions Racine.

Quel a été votre parcours ?

J'ai fait des humanités classiques en option math suivies d'études supérieures artistiques de type court. Je suis gradué en arts plastiques option, photo. J'ai aussi passé le CAP, le Certificat d'Aptitudes Pédagogiques. D'autre part, je fais chaque année 2 à 3 formations et des stages pour suivre l'évolution du métier en photographie dite « traditionnelle » et photographie dite « numérique ».

Comment vous définiriez-vous ?

Je me définis comme photographe-reporter industriel, publicitaire et d'oeuvres d'art. Reporter au sens où je reporte l'image que le client me commande mais avec mon regard et mon interprétation de photographe. Personnellement, je traduis et interprète ces demandes uniquement sur base de critères esthétiques et de l'intention du client. Contrairement à d'autres, je ne fais pas de reportages à dimension socio-politique. Le client vient me trouver non parce qu'il a trouvé mon nom dans le bottin mais parce qu'il connaît le type de travail que je réalise, la manière dont je travaille et le matériel que j'utilise.

Quel est votre sentiment à propos du développement du numérique et du coût du matériel ?

Avec l'apparition et le développement du numérique, il y a pour le moment un changement capital qu'il est important de négocier. Seulement, personne ne sait comment va se poursuivre ce mouvement. Les photographes ne sont pas les seuls à subir cette (r)évolution technologique, il en va de même pour les professionnels du cinéma, par exemple. Avant le numérique, on demandait à des professionnels de faire les photos pour des constats d'assurance, pour témoigner de l'évolution de chantiers. Actuellement, l'assureur ou l'ingénieur peut faire ce type de photo. Des pans entiers de l'économie disparaissent : des marques comme KODAK risquent de se désintéresser du marché. Je ne sais pas si on se rend compte de cela quand on a 17 ou 18 ans. La mondialisation est à prendre en compte également. Avant, pour le salon du véhicule utilitaire, on prenait un photographe belge. Aujourd'hui, on choisit un cliché réalisé en Italie ou au Japon et personne n'est choqué de ne pas voir pour décor la Grand-Place de Bruxelles. Au niveau du coût, il est clair également que le futur professionnel devra s'équiper et investir près de cinq fois plus qu'avec le matériel classique. En effet, rien que le coût d'un capteur numérique peut s'avérer très élevé, sans compter que le matériel est très vite démodé.

Quels sont les atouts de votre profession ?

Etant donné la concurrence rude dans la profession de photographe publicitaire, le métier est jalousement gardé. Aussi, je dirai qu'il faut avoir un tempérament de solitaire et d'indépendant. Une seconde caractéristique du métier, c'est que rien n'est fixe. Savoir assumer l'incertitude du lendemain et combler les temps morts inévitables, cela demande beaucoup de ténacité et une grande motivation. Par définition, le photographe est curieux : il rapporte ce qu'il voit, il a envie de communiquer. Aussi, il acquiert rapidement un bagage culturel et technique. Enfin, je suis persuadé que l'âme d'un photographe qui croit en lui-même transparaît dans ses clichés. Il n'y a rien de plus efficace pour que le client soit persuadé de vos qualités.

Cela comporte aussi des contraintes?

Pour percer dans la profession, « savoir se vendre » est une condition sine qua non. Personnellement, je trouve ce côté commercial désagréable. De plus, l'achat de matériel est financièrement très onéreux. Aussi existe-t-il quelques rares photographes qui s'installent en SPRL (société privée à responsabilité limitée) pour assurer un tel investissement en limitant les risques. Dans le même registre, l'indépendant doit assumer la gestion d'une comptabilité. Et puis, dernier aspect auquel je pense, ce sont les nombreux voyages à l'étranger pour des missions bien précises. Bien sûr, ces déplacements peuvent être perçus très différemment selon les tempéraments. Ceci dit, ce que j'apprécie énormément, c'est la variété dans le travail. Il permet de s'extérioriser sans jamais faire la même chose. Il n'y pas de journée-type ou de semaine-type. Aussi, on peut se permettre de rêver, on n'est jamais à l'abri de bonnes surprises, de rencontres inattendues et/ou exceptionnelles.

Quels conseils auriez-vous envie de donner à quelqu'un qui veut se lancer dans la photo ?

Ces conseils ne sont pas propres à la photo. A l'heure actuelle, ils sont valables pour tous les métiers. Quelques pistes? Être motivé de manière inconditionnelle. Déployer les moyens nécessaires pour être bon et être soi-même persuadé de la qualité des travaux qu'on réalise. Etre égoïste, ne pas s'encombrer d'autre chose. Pour se lancer, ne pas écraser les autres mais s'investir sans compter son temps. Et puis, il y le facteur chance que selon moi on peut favoriser.de diverses manières.

Pensez-vous que les études préparent bien à la profession ?

Mes études ne m'ont pas préparé à l'aspect technique. Or, dans un premier temps, la technique est essentielle. J'ai donc acquis cela par mon expérience personnelle et professionnelle. Par contre, durant mes études de photographie, nous avons appris à discuter, à réfléchir sur notre formation artistique, à développer un esprit critique ainsi qu'hn bagage culturel et intellectuel. En tant qu'enseignant mais également en tant que photographe publicitaire, ce questionnement est indispensable. Le photographe publicitaire se doit de développer deux qualités : le professionnalisme et le relationnel. Ce dernier aspect peut prendre beaucoup de temps. Pour comprendre ce que veut faire passer le client, il faut l'écouter et discuter avec lui. Il cherche d'abord à avoir les photos de ses propres produits et non un photographe en particulier. En tant qu'enseignant, je constate d'une part que la filière principale est celle suivie par les personnes qui parallèlement à leur travail entament une formation en photographie. Peu d'anciens étudiants sortis d'écoles artistiques font carrière dans la photographie. D'autre part, aujourd'hui, 200 infographistes sont formés par an et seulement 10 seront engagés. De plus, la profession n'est pas réglementée.

Comment voyez-vous l'avenir du secteur ?

Même si le numérique est intéressant, il est moralement fatiguant. Finalement, un jeune de 18 ans aura sans doute plus de facilité puisque, dès le départ, il manipulera cette nouvelle technologie. Par contre pour moi, la formation permanente est indispensable. Je suis très sceptique par rapport à une évolution du métier qui soutiendrait le professionnalisme. La formation traditionnelle est primordiale pour moi et je me méfie beaucoup des « bidouilleurs » de Photoshop et autres logiciels de ce type. Ces derniers peuvent faire illusion pendant un temps. A long terme, dans la publicité en tout cas, seul le vrai professionnel restera.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.