Alain Piette, Ergonome

Interview réalisée en janvier 2009

Président de la "Belgian Ergonomics Society" (BES), Alain Piette est également ergonome expert auprès du Service Public Fédéral de l’Emploi, Travail et Concertation sociale. Son rôle est d’encadrer des recherches et de sensibiliser à l’ergonomie.

Pouvez-vous nous présenter brièvement la "Belgian Ergonomics Society" ?

Fondée en 1986, la BES, qui représente l'ergonomie en Belgique au niveau national et international, est une association multidisciplinaire qui regroupe toutes les personnes intéressées directement ou indirectement par l'ergonomie : ergonomes, conseillers en prévention et protection ergonomes ou autres, médecins du travail, enseignants, professeurs d'université, architectes, designers, concepteurs, ingénieurs, ergothérapeutes, kinésithérapeutes, psychologues, infirmiers, représentants des travailleurs, responsables des ressources humaines.

Elle a pour objectifs de diffuser les connaissances en ergonomie, encourager son enseignement, favoriser les échanges entre partenaires et regrouper les ergonomes pour une relation harmonieuse entre l'homme et son travail et entre l'homme et son environnement professionnel.

Où retrouve-t-on les ergonomes ?

Ils se retrouvent le plus souvent dans les 15 Services Externes de Prévention et de Protection au Travail (SEPPT) pour y mener des missions en conformité avec la législation sur le bien-être au travail dont l’ergonomie est un des piliers au même titre que la sécurité ou la santé. On en retrouve aussi quelques-uns, mais ils sont rares, dans de très grandes entreprises et dans les universités.

Quels sont les grands principes de cette loi sur le bien-être au travail ?

L'employeur doit réaliser une analyse de l'ensemble des risques afin de déterminer les mesures de prévention permettant de protéger les travailleurs et de promouvoir le bien-être (santé, sécurité, hygiène, aspects psychosociaux et ergonomie) dans tous les aspects liés au travail.
Lorsque l'employeur confie une tâche à un travailleur, il doit tenir compte de ses capacités en matière de sécurité et de santé.

Quels sont les aspects étudiés par l'ergonome dans une entreprise ?

Principalement l'activité de travail dans tous ses aspects ce qui regroupe aussi bien son organisation générale, la méthode de travail, l'aménagement des locaux de travail, la conception et l'adaptation des postes de travail, les équipements de travail, l'ambiance générale de travail (hygiène, espace, éclairage, température, ventilation, humidité)… Il va contribuer à l'analyse de l'activité de travail et proposer des adaptations aux techniques et aux conditions de travail pour tenir compte de la physiologie de l'homme et prévenir notamment la fatigue professionnelle, physique et mentale.

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets ?

Même si l'ergonomie se base ou devrait se baser sur une démarche globale d'intervention, l'ergonome est trop souvent appelé pour des problèmes liés uniquement à la manutention de charges ou au réglage d'un poste de travail avec écran. Par exemple, l'ergonome va vérifier si le matériel mis à disposition pour un poste de travail avec écran convient à l'opérateur et va ensuite surtout apprendre à l'opérateur à l'utiliser et à le disposer correctement. Dans le cas d'une manutention manuelle de charges, il va s'attacher à supprimer les manutentions dangereuses, si elles existent. Il peut aussi diminuer les risques en proposant une meilleure organisation du travail, des équipements collectifs ou des formations.

Combien d'ergonomes y-a-t-il en Belgique ?

Une cinquantaine dans les SEPPT et donc sans doute une centaine environ en Belgique, répartis équitablement entre les deux communautés du pays. Il semble que dans les entreprises l'ergonomie soit considérée comme secondaire.

Qu'en pensez-vous ?

Il est vrai que dans beaucoup d’entreprises et surtout dans les PME, le bien-être au travail est considéré comme une corvée, une obligation légale, comme accessoire par rapport à la production. Cependant de nombreuses grandes entreprises ont compris, outre l’intérêt social, l’intérêt économique du bien être au travail et donc de produire en sécurité, de manière harmonieuse grâce à des postes de travail bien conçus.

Que diriez-vous à des entreprises pour les convaincre d'investir dans l'ergonomie ?

L’ergonomie permet de concevoir des situations de travail plus efficace et de meilleure qualité dans des conditions de travail de bien-être (santé, sécurité…) pour les travailleurs. Elle permet une réflexion globale et participative de l’ensemble des problèmes liés à cette situation de travail. La démarche des ergonomes est donc aussi utile pour comprendre les raisons d'absentéisme des travailleurs ! En conclusion, je dirais qu'une approche ergonomique, autrement dit une approche globale, participative et structurée basée sur la connaissance de l'activité de travail, est l'approche la plus efficace de la prévention de tous les risques, pour un bien être social et économique tant pour les travailleurs que les entreprises. Une seule formation spécifique en ergonomie est organisée en Belgique francophone.

Pouvez-vous nous en parler ?

Ce Master Complémentaire Conjoint (MCC) organisé par 4 universités francophones belges octroie un diplôme qui suit un arrêté royal de décembre 2003 sur les compétences d’un conseiller en prévention ergonome dans un service externe de prévention et de protection au travail. Elle est suivie par des étudiants au profil varié : des psychologues, des médecins, des kinés, des ergothérapeutes, des conseillers en prévention… En Flandre, au contraire du MCC, la communauté ne reconnait pas la formation en ergonomie qui n’est donc pas subsidiée. Le droit d’accès à la formation est plus facile mais le coût de la formation nettement plus élevé et sans pouvoir remettre à la fin de celle-ci un diplôme de master complémentaire.
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.