Alain Salme,
Opérateur de composition, photograveur

Interview réalisée en juin 2013

Quel a été votre parcours dans le monde de l’imprimerie ? 

Après mes trois premières années de secondaire, je suis parti à l’Université du Travail de Charleroi. Ensuite, j’ai été engagé comme apprenti typographe dans une imprimerie, tout en continuant à fréquenter les cours du soir. Pendant 5 ans, j’ai ainsi appris le métier sur le terrain et à l’école. On nous enseignait la typographie, l’offset, la photogravure…

Quelle était la situation technique à vos débuts ?

J’ai commencé la photogravure avec l’apparition de l’offset. C’était encore très rudimentaire. On utilisait des linotypes (machine d'imprimerie à clavier alphanumérique de 90 caractères, permettant de composer une ligne de texte complète) pour faire la mise en page, ensuite on en tirait des épreuves papier qu’on photographiait pour le montage final.   
Avec le déclin de la typographie, je n’ai plus fait que de la photogravure. Pour cela, j’ai dû accepter de recommencer en bas de l’échelle salariale, mais je l’ai fait, car je sentais que c’était l’avenir.

Comment travailliez-vous à l’époque ?

La technique s’est progressivement améliorée, notamment avec l’arrivée des films. Évidemment, comparé à la technique de maintenant, ça semble préhistorique, mais, à l’époque, c’était une véritable révolution. On sortait un film pour chaque couleur. Parfois, cela nous prenait un jour et demi pour réaliser une plaque d’impression. On devait « flasher » les films sur les plaques. Pour ce faire, on utilisait de la colle. C’était compliqué et fastidieux. Dès qu’il y avait un peu trop de colle, il fallait tout démonter et nettoyer, pour ensuite remonter l’ensemble. Cela prenait un temps fou. 

Où en est la profession de photograveur dans l’imprimerie moderne ? 

Je ne suis pas photographe, mais photograveur en imprimerie. Ce n’est pas de l’art au sens strict du terme, mais cela demande une sensibilité artistique. Le métier a pratiquement disparu dans le monde de l’imprimerie industrielle. Maintenant, la plus grande partie du travail est électronique. De nos jours, on ne trouve plus guère de pur photograveur, sauf dans l’édition d’ouvrage art et précieux. 

Avec tous les développements technologiques qui se succèdent à un rythme effréné, pensez-vous que le métier conserve un potentiel pour l’avenir ? 

C’est un métier difficile et je ne sais pas quel est l’avenir de la profession. Ce que je sais, c’est que ce qu’on a gagné en rapidité, on l’a perdu en qualité. Finalement, on croit être plus libre, mais on est esclave de la machine. 

Quelles sont les qualités d’un bon photograveur ? 

Un bon photograveur est, avant tout, un bon technicien photo. Il faut être précieux, méticuleux… Et pour ça, rien ne vaut une formation sur le terrain, par un bon artisan. De nos jours, le travail est devenu plus impersonnel. Paradoxalement, le fait d’être très spécialisé comme nous l’étions nous rendait interdépendants et favorisait les contacts entre nous. Nous avions conscience d’être les maillons d’une même chaîne.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.