Alexandre Gilmart, Sound designer

Interview réalisée en juillet 2009

En quoi consiste concrètement le métier de Sound-designer ? 

Le design sonore est autrement dit l’« habillage sonore ». Il concerne tous les éléments sonores d’une pièce de théâtre, d’un film, d’un spot publicitaire, d’un site web, d’un jeu vidéo, d’un logiciel ou d’une simple performance. Tout élément produisant un son est pris en compte, au-delà du champ strictement musical. Un designer sonore est donc le chef d’orchestre de la création sonore, il va organiser et concevoir chaque son. 

Comment est-il né ?

Ce métier est né dès le moment où l’Homme a utilisé le son pour exprimer ou accentuer une émotion. Au théâtre comme au cinéma, l’aspect sonore est très vite devenu indispensable, il est un soutien à l’image. Je dirais même qu’il donne vie au visuel. 

Quelles sont les différentes étapes d’un projet ?

La première étape est celle de la réflexion.
En effet, quelle sera l’importance du son dans le projet ?
Doit-il apaiser ou, au contraire, accentuer l’émotion ? Doit-il prendre le dessus ou simplement accompagner l’image ?  …
En fonction d’un concept prédéfini, le designer sonore tentera de répondre à toutes ces questions.

La seconde étape est la réalisation.
L’étape de la réflexion faite, le designer va alors traduire ces différents choix sous forme de sons, de bruits, de notes ou bien de mélodies, suivant l’intensité, l’humeur désirée.

Prenons l’exemple du film « Psychose » d’Alfred Hitchcock, avec la scène de la douche.
Pour accentuer ces images mêlant suspens et horreur, l’habilleur sonore a traduit et renforcé ces émotions par des sons stridents de violons. Judicieuse réflexion et interprétation, je pense que tout le monde a tremblé devant ces images.
Cet exemple démontre le génie du designer sonore, il a su parfaitement traduire cette sensation d’angoisse provoqué par les images.

Un designer sonore est souvent aussi compositeur et s'il le juge utile, il peut choisir de composer un morceau spécifique pour répondre aux besoins. Il se doit alors de maîtriser l'utilisation d'instruments acoustiques mais aussi synthétiques, analogiques ou informatiques.

Pourquoi avoir choisi cette voie ? Qu’est-ce qui vous a attiré ?

Depuis mon plus jeune âge, je suis passionné de musique, plus particulièrement de musique électronique. Grâce à la démocratisation de l’informatique dans nos foyers, j’ai pu très jeune m’équiper et m’initier à cet art. Dans un premier temps, la composition musicale était ma première motivation. Voyant l’émergence des médias tels que l’internet, j’ai vite compris la force que pouvait apporter le son à ces champs de communication.
Etant diplômé en tant que graphiste, il m’a paru évident d’évoluer également dans le son car pour moi, le son et l’image fonctionnent de pair.

Pourriez-vous retracer une journée type ? Votre quotidien ?

Il est difficile dans ce métier d’avoir une journée type, aucun projet ne se ressemble, à mon grand plaisir. Néanmoins, mon quotidien est de comprendre la demande d’un client et de l’interpréter.
Ensuite, que ce soit en tant que graphiste ou designer sonore, le processus de création est le même. Premièrement l’étape de réflexion, et ensuite, la réalisation.

Quel est votre parcours scolaire ?

Dès mes 16 ans je me suis dirigé vers un établissement artistique.
(I.A.T.A à Namur en transition graphique)
Je m’y suis également initié à l’image de synthèse lors d’une 7ème année.

J’ai alors rejoint en 2002 l’Académie Royale des Beaux-arts de Bruxelles pour en être diplômé en communication visuelle en 2007.
 
La passion pour la musique électronique m’a permis durant ces années d’évoluer de manière autodidacte vers le métier de Sound-designer.

Racontez-nous vos débuts professionnels…

Dès la fin de mes études, j’ai eu la chance de me faire engager en tant que graphiste dans une entreprise de communication. J’y ai également pu m’exprimer de manière sonore sous divers projets, tels que le web ou encore la vidéo.
Ce fut très enrichissant pour moi de mettre en application ma passion pour le Sound-design.

Avez-vous rencontré des difficultés à vos débuts ?

Ayant évolué de manière autodidacte, ma grande frustration était le peu de crédibilité que j’avais face à mon employeur. Heureusement, la branche artistique vous permet de vous exprimer sans nécessairement être accompagné de diplômes ou autres titres.
Il m’a donné ma chance et je pense avoir su la saisir…

Pour qui travaillez – vous généralement ?

La majorité de mes projets se font sous la plateforme du web.
Ça va de la création d’une boucle sonore pour l’entreprise locale, à une grande firme internationale. Il m’est également arrivé de remixer un générique télévisé.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre travail ? Le moins ?

Ce que j’apprécie le plus dans ce métier c’est la liberté créative face à un projet.
Le pouvoir de s’exprimer…
Ce qui est en revanche très frustrant c’est la notion de temps.
Devoir boucler en projet en 1h provoque souvent un sentiment de travail « bâclé ».

Quelles sont les qualités à posséder pour exercer votre métier ?

La créativité, la passion et la motivation.

Auriez-vous un conseil à donner aux jeunes qui veulent se lancer ?

Faire des stages en entreprise pour découvrir toute la diversité de ce métier.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.