Ambre Frisque, Mannequin

Interview réalisée en novembre 2010

De quelle façon avez-vous débuté votre carrière ?

Ma carrière a débuté tout à fait pas hasard. J’avais 16 ans à l’époque et avec des copines nous nous baladions en rue un vendredi soir. Un « scout » m’a abordée en me disant que je pouvais faire le métier de mannequin, ce monsieur m’a alors donné la carte d’une agence à Bruxelles. Un « scout » c’est une personne qui fait du recrutement pour une agence de mannequin. Je ne m’étais aucunement préparée à ce métier et ce n’était pas dans mes objectifs. 

Quels sont les critères pour pouvoir exercer ce métier ?

Avant tout on doit être grande, au minimum 1m75 et chez les hommes, la taille idéale serait autour de 1m80, la beauté n’est pas nécessairement le premier critère. Il faut avoir quelque chose de particulier, généralement de la prestance. Chaque personne est différente, c’est ce qu’elle apporte qui fait d’elle un mannequin. En ce qui concerne le critère de poids, les choses ont beaucoup évolué. En effet, beaucoup de pays se battent contre l’anorexie. Auparavant le critère de taille était le 34 alors qu’aujourd’hui, on parle davantage d’un 36-38 et même d’une taille 40. Enfin, il faut être constamment disponible et ponctuelle, certaines personnes pensent pouvoir l’exercer à mi-temps mais ce n’est pas possible. 

A quel âge peut-on commencer ?

Il n’y a pas vraiment d’âge pour débuter, des enfants peuvent travailler mais avec des règles précises. Il y a un nombre limité d’heures à ne pas dépasser et cela ne doit pas interférer dans leur scolarité. Les jeunes filles commencent tôt, on en voit qui débutent une carrière à 14 ans. 

Existe-t-il une formation ?

Non !! Certaines personnes prétendent donner des formations et prennent de l’argent à des jeunes filles en faisant miroiter un avenir dans ce métier mais il n’y a pas de réelle formation. Si on veut travailler davantage dans la publicité, on peut suivre des formations en théâtre. Il ne faut pas avoir peur de dire qu’il y a énormément de charlatans qui abusent de la naïveté des gens. 

Quelles sont les démarches à faire si un jeune veut se lancer dans cette profession ?

La première chose à faire c’est d’envoyer des photos aux agences !! Contrairement à la croyance, il n’est pas nécessaire de faire un « book » professionnel. Beaucoup de photographes prétendent qu’on ne vous prendra pas si vous n’envoyez pas un book complet. Il suffit simplement d’envoyer à plusieurs agences, des photos de vous, en vacances par exemple, un portrait et une silhouette. Si vous entrez dans les critères, l'agence demandera à vous rencontrer. Ce n’est pas parce qu’on vous refuse à une place qu’il faut s’arrêter et se décourager. Il faut savoir que chaque agence a des mannequins types et si ça ce ne fonctionne pas avec une, cela n’est pas nécessairement le cas pour une autre. En Belgique, il y a quatre compagnies véritablement bien implantées : IMM (International Model Management), Dominique Models, New Models et Models Office. Elles ont une excellente réputation, travaillent et paient bien leurs mannequins. Pour le reste j’avoue que c’est fort aléatoire. 

Quels sont les pièges à éviter et les principales difficultés rencontrées dans ce métier ?

Il faut garder les pieds sur terre et se méfier des photographes. Beaucoup vous feront imaginer des perspectives incroyables dans le seul but de vous soutirer de l’argent. La drogue est aussi un piège dans ce milieu, surtout au niveau supérieur. Certains mannequins travaillent énormément et pour pouvoir tenir le coup entre les voyages et les nombreux castings, elles peuvent ressentir le besoin de se droguer. Il est alors préférable de refuser des castings. Financièrement, ce n’est pas évident car nous ne sommes pas payés de façon régulière. Il m’est arrivé de recevoir mon salaire trois, six mois et même un an après avoir fait le travail. Il faut être très organisé au niveau de notre agenda et de nos finances. Il y a aussi ce que l’on appelle des « requins » dans ce milieu. Généralement, ce sont des hommes d’un certain âge qui promettent « mers et mondes » et incitent les jeunes filles à sortir avec des amis sous prétexte de faire avancer leur carrière. Cela ne fonctionne pas ainsi et on assiste alors à une forme de prostitution déguisée. 

A quoi ressemble la journée type d’un mannequin ?

La beauté de notre métier est qu’il n’y a pas de journée type. Si nous travaillons dans des grandes villes de la mode telles que Milan, New-York ou Paris, nous pouvons avoir une douzaine de castings dans la journée et un défilé en soirée. Tout dépend des périodes, il y a des mois beaucoup plus chargés que d’autres. Les mois qui coïncident avec les nouvelles collections (février et septembre) sont particulièrement exigeants. S’il s’agit de défiler, là on peut parler d’environ trois défilés par jour. Le mois de juin demande beaucoup d’investissement pour la réalisation des catalogues. Généralement, on part en voyage, on se lève à 5h du matin, on fait des photos de 7h à 18h pour recommencer au même rythme le lendemain. 

Est-il possible de concilier vie professionnelle et vie personnelle ?

« Vie perso » quoi !!?? Ce n’est effectivement pas facile, tout est une question de choix. En faisant ce boulot à fond, avec nos nombreux déplacements, notre vie personnelle en subit les contrecoups. On a peu de temps à nous. Prendre rendez-vous chez le médecin, voir sa famille et avoir une vie amoureuse devient très compliqué. J’y suis parvenue mais non sans faire des sacrifices des deux côtés. Pour gérer tout le stress que ce métier engendre, je tente de dormir un maximum. Les périodes creuses sont énormes et j’en profite pour lire et me reposer. Il faut aussi bien s’alimenter car notre silhouette est notre gagne pain. 

Quels sont vos principaux employeurs ?

D’abord, tout passe par une agence de mannequin ensuite ça varie énormément. Il y a de tout, on peut travailler pour une banque ensuite pour une marque de fromage, de shampoing, de crème épilatoire… Personnellement, mes principaux clients étaient deux magazines belges, un français et des grands catalogues (La Redoute, 3 Suisses, etc.). 

On dit qu’une carrière dans ce domaine est particulièrement courte. Est-ce le cas ?

C’est effectivement très court. Si un jeune commence vers l’âge de 16 ans, on peut espérer que sa carrière s’étale sur une quinzaine d’années. Ensuite, si l’on vieillit bien, il est possible de la prolonger. Vers trente ans, le travail devient fort différent et on est beaucoup moins sollicité, on va faire plus de publicités pour des crèmes antirides et de soins par exemple, et moins de défilés. 

Est-il facile de se recycler ?

Je pense qu’il est utile de terminer ses études car la carrière de mannequin est de plus en plus courte. Si on a beaucoup travaillé, il est rare d’avoir eu la chance de faire des études supérieures. Aujourd’hui, étant moins sollicitée et mes contacts étant établis, j’ai réorienté ma carrière vers la photographie de mode. 

Quels sont les avantages et les inconvénients ?

Les principaux avantages sont les rencontres et les voyages. Nous avons la chance de pratiquer un métier qui est tout sauf monotone. L’inconvénient majeur : la solitude et l’organisation de la vie de tous les jours tant au niveau du couple que des finances.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.