Alain André,
Spécialiste Réseaux (Internet)

Entreprise de services de télécommunications, Level 3 construit actuellement un réseau international utilisant la technologie avancée IP (Internet Protocol). Accompagnant une mutation technologique profonde, aussi importante que celle qui a permis le passage du télégraphe au téléphone ou des gros systèmes aux PC, Level 3 estime que la commutation de paquets modifiera radicalement la façon dont les entreprises communiquent.

Pouvez-vous décrire brièvement votre société ? 

On peut voir Level 3 comme un grossiste de l'Internet. Level 3 n'est pas un fournisseur d'accès à l'instar de Skynet ou de Planète Internet dont les réseaux reposent sur des lignes louées aux opérateurs de téléphonie comme Belgacom en Belgique. Level 3 est un opérateur spécialisé dans le haut-débit qui fournit du transit (Londres-Paris, Paris-Bruxelles, New York-Amsterdam) sur son propre réseau en fibre optique. 

Hormis le fait de louer des éléments matériels, y a-t-il de la gestion technique ou logicielle ?

Au début de nos activités, il y a 2 ans, nous faisions de la gestion de firewalls, de serveurs de mails et de routeurs des clients mais ce type de services a été abandonné. Notre nom est un clin d'oeil aux couches, au modèle du réseau puisque le niveau 3 est celui où se trouve le protocole IP (protocole en vigueur sur Internet). Le fait d'apporter du transit IP à nos clients sans service à valeur ajoutée peut s'envisager dans le cadre de partenariats, vu le nombre de clients présents dans nos salles d'hébergement. 

En quoi votre fonction consiste-t-elle ? 

Je m'occupe du département ICE, qui fait partie du TACC (Tasc Activation Control Center). Le TACC est un département européen situé à Bruxelles. L'équipe ICE analyse et vérifie la configuration IP des clients. Au préalable, la configuration a été mise au point par les personnes qui sont en contact avec les clients, par le project manager et par le service de gestion des adresses IP, basé à Londres. Lorsque cette configuration arrive ici, nous la testons. Nous déterminons le risque d'endommagement de réseau qu'elle serait susceptible de provoquer et nous l'implémentons dans les équipements Cisco, dans les switches Alcatel et les routeurs du réseau. Ensuite, nous vérifions le bon fonctionnement. En résumé, le département ICE met en place la configuration level 3 (activation IP) pour les clients et l'autre équipe du département TACC s'occupe des lignes Web (test et activation de la ligne proprement dite). 

Quels sont les profils des membres de l'équipe ? 

Les personnes qui travaillent sur les routeurs et les réseaux ont généralement un profil informatique (graduat ou licence) tandis que celles qui s'occupent de l'activation des lignes Web proprement dites ont plutôt un profil de technicien (ingénieurs en électronique). Tous les membres de mon équipe ont un profil d'informaticien et possèdent une expérience en gestion de LAN (Local Area Network), de serveur NT, ... Il n'existe pas de formation de spécialiste réseau et on travaille dans ce domaine très pointu par intérêt personnel. Les fournisseurs de produits réseau (Cisco ou Alcatel) donnent des cours très onéreux. Le coût de ces cours est pris charge par les entreprises. On devient donc spécialiste réseau soit par expérience, soit après avoir suivi des cours dans une entreprise qui a pu les offrir. 

Sur le marché de l'emploi lié à l'Internet, l'expérience acquise sur le tas prime-t-elle sur les études, vite dépassées ou insuffisantes ? 

Il est vrai qu'il y a, d'une part, les «PC freaks», des bidouilleurs qui démontent leur machine, qui se sont intéressés très tôt à l'Internet et qui ont forgé leur propre expérience. Et, d'autre part, il y a des diplômés qui ont acquis leur expérience en entreprise en gérant un serveur, et ensuite, en assurant l'accès Internet lorsque l'entreprise s'est connectée. Et si l'entreprise en a les moyens, ils suivent les formations très coûteuses que j'ai évoquées. Toute formation en informatique comprend des cours de réseau mais ces notions sont inévitablement dépassées lorsqu'on arrive sur le marché de l'emploi. 

Quels sont vos parcours scolaire et professionnel ? 

Je suis gradué en informatique. Professionnellement, j'ai d'abord fait du développement dans une banque et ensuite, j'ai travaillé dans le secteur des assurances où j'ai commencé à mettre en réseau des serveurs NT. Comme cela m'intéressait, j'ai pris en charge des projets réseau et j'ai suivi des formations NT. Lorsqu'Infonie a ouvert ses portes à Bruxelles, j'ai sauté le pas. Là, j'ai été directement plongé dans la mise en réseau et la connexion Internet. Ma formation n'a pas été suffisante pour exercer ma profession mais elle m'a donné le goût d'aller plus loin. Je dirais que j'ai un parcours d'entreprise. 

Le fait d'apprendre et de comprendre des modèles de pensée spécifiques à l'informatique est-il important ? 

C'est un virus que l'on attrape. Avec une formation de développeur, on sait comment écrire un programme, faire de la structure de programmation. Ensuite, on peut parfaire ses connaissances. Ce qui est compliqué avec les réseaux, c'est qu'il s'agit toujours d'une trouvaille inédite, d'un nouveau protocole mis au point. Par exemple, il faut apprendre et comprendre la façon dont une société comme Cisco a mis au point un protocole de routage et savoir l'utiliser à bon escient. 

La fonction de spécialiste réseau comporte-t-elle un aspect ludique ? 

Lorsqu'on aime son métier, on y trouve forcément un côté ludique et passionnant. Cet aspect est particulièrement présent chez les fournisseur d'accès qui connaissent une croissance exponentielle impliquant une remise en question perpétuelle (achat d'équipement, prévision de l'évolution du réseau et implémentation,...). Cela ne s'arrête jamais et c'est très différent des projets « one shot ». Prenons l'exemple d'une société de consultants qui analyse les desiderata ou les capacités de connexion d'un de ses clients courtier en assurances, il est clair qu'il ne modifiera pas son réseau pendant 4 ans. Tout restera statique : la bande passante, le nombre de personnes connectées, etc. Tandis que dans l'univers des fournisseurs d'accès, il y a un mouvement perpétuel. Le Net est mouvant, en constante et très rapide évolution. 

Continuez-vous à vous documenter et à vous former ? 

Oui. Il est indispensable de se tenir au courant des nouvelles avancées, que ce soit via le Net ou des revues spécialisées, sinon on est très vite dépassé. 

Quels sont les aspects positifs et négatifs de votre métier ? 

Le fait de passer un grand nombre d'heures devant un écran d'ordinateur peut être considéré comme négatif. Cela dit, il s'agit d'un travail d'équipe : on ne développe plus un logiciel seul dans son coin. L'aspect le plus attractif du métier, c'est d'être sans cesse en évolution, en phase d'apprentissage de nouvelles technologies, de nouveaux produits. 

Le métier de spécialiste réseau nécessite-t-il une grande flexibilité au niveau des horaires ?

Comme tous les métiers de l'informatique, que ce soit du développement de logiciel, de l'upgrade (amélioration) de réseau, de la mise en place de serveur, ou l'arrêt d'un système de production, il faut naturellement le faire lorsque la présence d'utilisateurs est la plus faible. Pour la mise en place, les interventions peuvent s'effectuer à 6 h du matin par respect des usagers. Lorsqu'on aime, on ne compte pas...     

Quel est le profil idéal d'un spécialiste réseau ? 

Le fait d'avoir fait des études est important pour avoir accès à la philosophie générale, mais il faut surtout être curieux et continuer à apprendre. Pour ce faire, les certifications comme celles de Cisco sont intéressantes : après les formations, un certificat est délivré si on réussit l'examen. Ce système permet à l'employeur de vérifier que ses employés ont engrangé un certain contenu et ce système est motivant. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait exercer votre profession ?

Actuellement, les informaticiens qui sortent de l'école ont un grand choix qui s'offre à eux. Ils ne doivent donc plus se précipiter dans la 1ère entreprise venue et peuvent se permettre de faire le bon choix. Actuellement, il y a une pénurie d'informaticiens. 

Selon vous, cela va-t-il durer ? 

Pour le moment, on ne voit pas la fin du tourbillon, mais d'ici 5 ans, ça va se tasser. Lorsque j'ai cherché à engager du personnel pour compléter mon équipe, ça n'a pas été évident. 

Le besoin de techniciens de l'informatique va-t-il diminuer avec le développement d'outils de simplification des tâches ? 

Effectivement, il faudra moins de personnel, mais il devra être plus qualifié. Il est vrai qu'il y a de plus en plus de processus automatisés, mais il faudra toujours mettre en place ces outils qui exigent de plus en plus de concepts à intégrer pour les faire fonctionner. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.