André, Comptable - fiscaliste

Quel est votre parcours professionnel ?

J'ai fait une licence e Sciences Commerciale et Financière, il y a 20 ans, aux HEC, avec une spécialité en Informatique de Gestion. Avec Jean-Marc Schellings, qui est sorti la même année que moi, j'ai créé ma première société il y a 15 ans. Il s'agit d'une société dans le domaine de l'informatique de gestion. Dans le même temps, j'ai été engagé comme assistant aux HEC, voilà un peu plus de 15 ans.

En 1989, j'ai créé ma deuxième société qui est Format-Consult. Il s'agit d'une société de consultance et de comptabilité.

En 1995, c'est la création d'une société supplémentaire qui est Isis-Flanders, c'est la même chose qu'Isis, mais située à Gand. Et cette année, vu les contraintes déontologiques qui existent au niveau des comptables, j'ai créé une fiduciaire qui ne fait que de la comptabilité et de la fiscalité.

Aux HEC, j'évolue aussi, puisque je suis passé d'assistant à chargé de cours. Je suis en charge de cours de comptabilité en 1ère année, de cours en 1ère licence qui est " business game ", d'un cours informatique en 4ème année. Je donne également pas mal de cours du soir, de formations en entreprises etc. J'ai un programme bien chargé.

Concrètement, en quoi consiste le métier ?

La personne habilitée est en charge de la tenue et du suivi comptable pour les entreprises jusqu'à la réalisation du bilan et de la déclaration fiscale Par contre, il ne peut pas attester les comptes, faire d'édition et de vérification de comptes, puisqu'il s'agit de missions réservées soit aux réviseurs, soit aux experts-comptables. 

Le métier de comptable /expert-comptable/réviseur peut être comparé à un noyau commun avec tout ce qui est cité là.   

L'expert-comptable a un certain nombre de missions complémentaires qui sont des missions de vérifications et d'attestations de comptes. Il peut intervenir dans certaines opérations, augmentation de capital, en faisant des liquidations de sociétés, ce qu'un comptable ne peut pas faire. 

Le réviseur intervient pour attester et vérifier les comptes, comme un vérificateur extérieur qui atteste l'exactitude des comptes. La plupart des réviseurs n'ont pas assez de missions pour servir un bureau uniquement. Donc, ils ajoutent à cela des missions de comptabilité. Ils ne peuvent plus à ce moment là, dans cette même société, attester les comptes puisqu'ils ne sont pas indépendants, ils sont parties prenantes. Ils ne peuvent pas vérifier et tenir les comptes en même temps. Par contre, ils ont créé des cellules de consultance mais ils ont tant de missions de consultance qu'ils doivent veiller à  conserver le client car s'ils le perdaient, cela mettrait en cause leur viabilité.

Le comptable - fiscaliste est peut-être celui qui est le plus étroitement lié avec le chef d'entreprise. L'expert-comptable et le réviseur sont ceux qui vont, dans leur mission propre, vérifier. Les comptables sont en concurrence avec les experts comptables et avec les réviseurs parce qu'ils ont tout un tronc commun d'opérations qu'ils peuvent faire.

Que pouvez-vous dire de la formation IPC ?

Globalement, il faut savoir que pour les 3 instituts, c'est à peu près le même type de raisonnement. On peut avoir un certain nombre de diplômes au départ : pour le comptable, le minimum requis est un graduat ou un diplôme universitaire. 

Pour les comptables, pour le moment, il ne faut pas passer d'examen d'entrée. Il faut simplement trouver un stage auprès d'un comptable qui devient votre maître de stage. Au niveau du graduat, il faut faire à peu près le double d'heures de stage par rapport au diplôme universitaire. Vous n'êtes pas employé, vous devez être indépendant. A la fin du stage, vous avez un examen d'admission au titre de comptable. Durant le stage, vous êtes obligés de suivre un certain nombres de séminaires. Après le stage, le comptable - fiscaliste est obligé de suivre au minimum 30 heures de formation permanente par an. S'il ne remplit pas ce minimum, il risque d'être rayé de l'ordre des comptables - fiscalistes. 

Pour les experts comptables (à l'institut des Experts Comptables et Fiscalistes Agréés), c'est identique, puisqu'il y a l'examen d'entrée. Mais pour cet examen d'entrée, vous pouvez avoir un certain nombre de dispenses. Par exemple : si vous avez un diplôme HEC, vous êtes dispensés d'à peu près 2/3 de la matière à l'examen d'entrée. Il existe aux HEC une formation complémentaire qui vous permet d'avoir toutes les dispenses pour l'examen d'entrée. Alors là, vous ne passez plus l'examen d'entrée, vous faites un stage auprès d'un maître de stage avec des formations et des séminaires obligatoires, et à la fin, vous avez un examen d'admission. 

C'est toujours le même schéma, que ce soit l'IEC, l'IRE ou l'IPC. De toute façon, après, vous avez la formation permanente obligatoire.

Vous devez prouver que vous avez assisté à un certain nombre de séminaires. Ça peut être organisé, soit par les instituts eux-mêmes, soit par des écoles ou des entreprises  indépendantes qui ont obtenu auprès des instituts les autorisations nécessaires pour octroyer la formation permanente.

L'expert comptable est soumis à un code déontologique clair, est-ce que c'est la même chose pour le comptable fiscaliste ? Que pouvez-vous nous dire du secret professionnel ?

Je ne dis pas que le code déontologique est le même pour les trois, mais ils s'inspirent fortement les uns les autres. Il faut savoir que l'Institut des Comptables-fiscalistes est le dernier des trois qui a vu le jour. Donc, jusqu'à présent, on est toujours dans une phase de transition au niveau de l'application du code de déontologie, notamment en matière de cumul de fonctions "commerciales" et fonctions de comptable.   

Il faut savoir que le métier de comptable, d'expert-comptable ou de réviseur n'est pas un métier à connotation commerciale, c'est une activité civile et donc, il n'y a pas de registre de commerce. Si on interdit, à la fois aux réviseurs, aux experts-comptables et au comptables d'être administrateurs dans des sociétés commerciales ou d'avoir une activité commerciale, il est absolument interdit pour un comptable d'avoir en même temps un bureau d'assurances par exemple.

Il y a en termes de déontologie, l'obligation de formation permanente qui est inscrite dans le code de déontologie, il y a le secret professionnel qui vaut même devant des tribunaux puisqu'il faut qu'il y ait une injonction du juge d'instruction pour que l'on puisse révéler certaines choses.   

Il existe cependant une exception dans les trois instituts, c'est le blanchiment d'argent. Quand vous êtes au courant de situations telles, vous êtes obligés de dénoncer.

Pour obtenir des informations complètes sur les code de déontologie, je vous renvoie au site internet de l'ipc : www.ipc-bib.be

Les codes déontologiques sont un peu différents pour les experts-comptables et les réviseurs puisque les missions sont un peu différentes. Sinon, dans l'ensemble, ils sont sensiblement identiques.

Qui sont vos clients ?

Pour la partie comptable, la majorité des clients sont des entreprises que je qualifierais de petites ou moyennes qui souhaitent avoir l'assistance d'un professionnel dans la réalisation de la comptabilité. En général, ils encodent eux-mêmes la comptabilité journalière : les factures d'achats, les factures de ventes, les extraits de comptes. Mais par contre, dès qu'il faut faire une déclaration TVA, une situation financière, des tableaux de trésorerie, ils font appel à nos services

Notre clientèle est essentiellement composée d'entreprises. Il y a des bureaux comptables qui fonctionnent différemment. Ils ont pour mission d'encoder la comptabilité à la place du client. C'est l'indépendant qui pendant le trimestre rassemble toutes ses pièces et les transmet au comptable par la suite.

En ce qui me concerne, je n'ai jamais voulu avoir ce type d'activité car j'estime que le client qui ne fait pas le travail d'encodage personnellement ne sait pas où il en est. Il empile les documents sans les mémoriser et le comptable lui fera rapport de la bonne ou mauvaise année. Ce n'est pas un bon moyen de gestion. A ce niveau là, j'ai peut-être un peu l'attitude d'un expert-comptable. Quoiqu'il y a pas mal d'experts-comptables qui emploient des " petites mains " pour faire ce travail d'encodage pour les clients. Ca n'est pas le futur du comptable. Les clients sont de plus en plus informatisés, ils ont leur propre logiciel, donc ils n'ont plus besoin de quelqu'un qui encode à leur place. Il n'y a aucune valeur ajoutée à ce niveau-là.

Vous êtes également professeur aux HEC, il s'agit là d'une toute autre profession, que vous apporte-t-elle ?

Depuis le début, j'ai voulu porter ces deux casquettes parce que je pense qu'il n'est pas possible d'être un bon enseignant si vous n'avez jamais eu la pratique et je crois qu'il n'est pas possible d'être un bon praticien si on ne se tient pas au courant des dernières techniques académiques. Je pense que c'est extrêmement complémentaire et c'est la raison pour laquelle je garde les deux activités, même si c'est très fatigant et que ce n'est pas toujours facile.

Quelles sont les qualités indispensables du comptable fiscaliste ?

Il faut quand même un certain amour des chiffres. Je ne dis pas des math, mais des chiffres.  Faire de la comptabilité et des math, c'est différent. Il faut être attiré par les chiffres, parce que vous  manipulez des chiffres du matin au soir.   Il faut aussi une certaine curiosité, parce que la fiscalité évolue énormément et il faut se tenir au courant. Après avoir obtenu son diplôme, il ne faut pas en rester là, il faut évoluer sinon on risque de ne plus rester dans le marché.
Les matières évoluent et si vous n'avez pas la curiosité de vous renseigner sur les différentes évolutions, vous allez stagner et probablement commettre des erreurs qui, en terme de responsabilité, peuvent vous coûter relativement cher.
Il faut aussi beaucoup de bon sens et d'écoute, puisque parfois vous êtes confrontés à des situations extrêmement compliquées.   J'ai l'exemple d'une société qui avait été constituée par un couple marié et qui a divorcé quelques mois après. Vous êtes parfois confrontés à des situations d'écoute qui ne sont pas toujours de votre ressort.   J'ai aussi dû notamment gérer des situations de successions, de partages où là aussi, vous êtes la personne de confiance et cela va bien au-delà des chiffres. Certaines questions reviennent : dois-je investir ? Licencier ?… Il faut des qualités humaines aussi.

Durant votre carrière, le métier a-t-il évolué ?    De quelle manière ?

Oui, depuis 15/20 ans, il a fortement évolué. Notamment dans la mesure où l'informatique est intervenue de plus en plus. Les premiers bureaux comptables, il y a 15 ans d'ici, fonctionnaient comme des usines à encoder de la comptabilité. C'était surtout pour les PME qui pouvaient s'acheter des logiciels et ils ont commencé à  encoder et à faire ce que l'on appelle du "service bureau" pour leurs clients. Aujourd'hui, ce n'est plus l'avenir du métier, l'avenir réside dans le conseil, dans l'assistance qu'on peut apporter au client. Aujourd'hui ils peuvent s'informatiser puisque pour à peu près 2.500 €, ils peuvent acquérir le matériel nécessaire. Pour les comptables qui ont depuis 15/20 ans encodé pour leurs clients et qui se font dire par le client qu'il va encoder lui-même, il s'agit là d'un changement fondamental pour le métier. C'est donc à cela qu'on voit un grand changement.
 
Les relations avec les administrations changent très fort aussi. Les déclarations ONSS, TVA… sont maintenant informatisées. Les exigences des instituts augmentent aussi, que ce soit en matière de formation permanente, que ce soit en matière d'accès à la profession. Les matières que l'on traite évoluent de plus en plus vite aussi. On parle aujourd'hui de l'introduction des matières IRS même si ça se trouve encore au niveau des grandes entreprises. Ça a un impact au niveau des plus petites, selon que vous êtes filiales de tel ou tel groupe. Le métier nécessite beaucoup plus d'investissements en matière de formation que ce soit sur le plan informatique ou des matières fiscales ou comptables. Ca n'était pas le cas il y a 20 ans d'ici.

Quel est votre mode de rémunération ?

Il s'agit à nouveau d'un mode un peu complexe puisque j'ai une double casquette. En ce qui me concerne, je suis en fonction principale dans l'enseignement et j'ai mes sociétés dans lesquelles je ne peux pas retirer un plus en rémunération que ce que je touche comme enseignant. C'est donc tout à fait particulier.

Le mode de facturation client comporte deux possibilités : soit vous négociez un forfait avec le client, ce qui se fait souvent quand vous prenez en charge un dossier avec l'encodage. Le comptable totalise le nombre de factures d'entrée, celui des factures de sortie, le nombre d' extraits de compte par an et établit son calcul au prorata de ce nombre (par mois). Il s'agit donc d'un forfait lié au volume de travail qui inclut à la fois la réalisation du bilan, des déclarations fiscales et qui inclut souvent l'assistance fiscale lors de contrôles etc.

Personnellement, je n'apprécie guère cette formule parce que ça ne correspond pas à mon métier. En général, je travaille avec un tarif journalier. Le tarif journalier varie de 300 à 500 € par jour.   On travaille à la demande du client. On sait aussi si l'on doit faire un suivi. On peut se mettre d'accord pour signer une lettre de mission de, par exemple, 12 jours par an. Le client décide alors du rythme de travail.

Avez-vous des collaborateurs ou des associés ?

Nous sommes 3 collaborateurs dans le bureau.

Quelles sont les perspectives d'avenir pour les jeunes ?

Je crois que c'est un métier qui cherche en permanence des collaborateurs motivés et compétents. Pour quelqu'un qui a fait aujourd'hui un graduat en comptabilité et qui a de l'intérêt et la curiosité d'évoluer, c'est un métier qui a beaucoup de perspectives. De plus en plus, les entreprises ont besoin d'assistance. De plus en plus le circuit économique devient un tissu de PME, ce qui veut dire que les gens n'ont pas forcément la possibilité d'engager un comptable temps plein ou un expert temps plein au sein de la maison et ont donc besoin d'aide extérieure.
Je crois donc que les jeunes ont leur place à prendre.

Le grand avantage de ce métier, c'est qu'il ne nécessite pas d'investissements financiers lourds, donc quelqu'un qui souhaite s'installer comme comptable n'a pas trop de difficultés. Quand le stage est effectué, les jeunes ont déjà leur ordinateur et un logiciel ne coûte jamais plus que 1000 € et ils sont directement prêts à servir leur clientèle.
Le seul investissement à faire est l'investissement intellectuel et l'investissement temps.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre profession ?

Les avantages, je viens de vous les dire, c'est la limitation d'investissements financiers.

L'inconvénient (mais moi, je ne le vois pas sous cet angle là parce que je suis quelqu'un de curieux), c'est la formation permanente qui est indispensable pour pouvoir rendre de bons services.
Un autre inconvénient est que parfois, vous connaissez la situation d'une entreprise et que vous devez continuer votre mission alors que vous savez très bien que vous n'allez pas être payé. Si vous devez déposer un bilan pour une société qui doit faire aveu de faillite, vous devez le faire, même si vous savez que vous ne toucherez rien. Ça arrive souvent.

Un autre inconvénient est qu'il faut parfois tempérer le client au niveau fiscal.
Par exemple : un boucher qui prend tous les soirs de la viande pour ses besoins personnels. Vous devez déclarer pour ce boucher cet avantage sur lequel il est taxé. Si le client ne veut pas admettre le mécanisme, vous devez l'informer qu'il se fera avoir au prochain contrôle fiscal. S'il est de mauvaise foi et qu'il ne vous dit pas tout, vous êtes alors dans une situation parfois difficile à gérer. Pourtant, vous devez défendre votre client. C'est pour cela qu'il faut au préalable bien établir la relation de confiance. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.