Angela Gonzalez,
Chorégraphe et professeur de danse

Interview réalisée en août 2011

Angela Gonzalez a ouvert son école de danse flamenco à Bruxelles.

 

Quel est votre parcours?

J’ai suivi une formation de danseuse en danse classique et espagnole, au Conservatoire de Madrid. La formation a pour objectif de former des danseurs, des chorégraphes mais aussi des professeurs de danse. Outre la danse, on y suit aussi des cours d’histoire de la musique, de technique de maquillage, de scénographie, etc. Une fois le diplôme en poche, j’ai passé plusieurs castings pour entrer dans des compagnies. J’ai rejoint une compagnie en Espagne et suis partie en tournée. Ensuite, j’ai pris la décision de m’installer en tant qu’enseignante, car j’en avais un peu assez d’être toujours sur les routes. J’ai trouvé un petit studio de danse à Bruxelles et je me suis lancée. Cela fait 15 ans maintenant.

 

Quels sont les types de danse que vous enseignez?

Principalement de la danse espagnole (flamenco). Mais j’enseigne aussi la base de toutes les danses qui est le classique. Il y a aussi l’expression corporelle, la danse contemporaine, moderne, le hip-hop pour les plus jeunes… J’enseigne à un public très diversifié, composé d’âges différents et de nationalités différentes. Le flamenco n’attire pas uniquement les Espagnols : j’ai des Chinoises, des Portugaises, des Polonaises… ! Les plus jeunes ont 4 ans. On leur apprend la rythmique, à jouer des castagnettes, à être à l’aise dans leur corps, avec d’autres enfants, etc.

 

Continuez-vous à vous former?

Oui, toujours. Dès que je le peux, je suis des stages internationaux à Lisbonne, Londres, etc. Pour moi, il est vraiment important de continuer à se former, d’apprendre avec d’autres personnes et de se nourrir de nouvelles choses, de nouvelles techniques. Il ne faut en tout cas pas se reposer sur son diplôme. De plus, cela permet de nouer des contacts qui sont très importants dans ce domaine. Tout fonctionne généralement par rencontres.

 

Comment préparez-vous les chorégraphies?

Je m’isole, je rentre dans ma salle de danse et j’écoute la musique. Je rentre dans le rôle, je joue le personnage et je me laisse emporter. Quand le thème est imposé, je suis assez limitée dans ma création car j’ai déjà des indications à suivre. De même, lorsque je travaille avec un metteur en scène, je sais qu’il y aura certainement des modifications à apporter à ma mise en scène propre. S’il me dit que tel personnage doit arriver de telle façon sur scène et que j’avais imaginé autre chose, il faut tout changer, s’adapter pour arriver à un accord. Par contre, lorsqu’il s’agit des spectacles de fin d’année de mon école, c’est différent puisque c’est moi qui décide de la chorégraphie et de la mise en scène !

 

Outre l'enseignement, sur quels types de projets travaillez-vous?

Je fais des chorégraphies pour la télé, pour des comédies musicales, pour l’opéra… Je suis notamment engagée pour la comédie musicale « Hairspray » et pour l’opéra « Roméo et Juliette », pour lequel je dois créer des chorégraphies pour la scène du bal masqué. Je fais généralement partie du jury de sélection des castings.

 

Comment se déroulent les castings? Qu'est-ce qui est demandé?

Pour les comédies musicales, on demande de pouvoir faire un peu de tout. C’est le style le plus complet puisqu’il faut savoir chanter, danser et jouer un rôle. C’est donc assez difficile pour les chanteurs qui ne savent pas forcément danser ou l’inverse !

J’aime beaucoup les castings, découvrir des personnes talentueuses avec lesquelles je vais pouvoir laisser parler ma créativité.

Travaillez-vous différemment avec des danseurs professionnels et des "amateurs"?

Oui et c’est ça qui est intéressant. Moi, j’ai besoin de faire les deux. Quand je donne cours, je suis forcément limitée par le niveau des élèves et donc, ça peut être frustrant car tout ne fonctionne pas et il faut alors s’adapter. Par contre, avec les professionnels, je peux laisser parler ma création, mon imagination et aller plus loin.

Qu'est-ce qui vous attirée vers la danse?

Je ne sais pas, j’ai ça en moi depuis toujours. Depuis que je suis petite, je danse, je crée des chorégraphies. A l’école déjà, je menais tout le monde lors du spectacle de fin d’année ! C’est naturel pour moi de danser, cela permet de m’exprimer. Pourtant, il n’y a pas d’artistes dans ma famille et donc, ils n’ont pas tout de suite compris mon choix. Ils pensaient que je n’allais pas pouvoir vivre de ma passion et ils ont essayé de me dissuader. Mais je ne me voyais pas faire autre chose.

Qu'est-ce que la danse vous apporte?

Elle me permet de me sentir bien dans mon corps mais aussi dans ma tête. Dans les moments difficiles de ma vie, je me suis accrochée à la danse et je m’en suis sortie. Je pense aussi que d’une manière générale, la danse permet de libérer son corps, de mieux se connaitre. Tous les artistes (et les gens en général) devraient passer par la danse, même si ce n’est pas leur but. La danse donne une attitude, un savoir-être, une certaine confiance en soi. Elle permet de se libérer. 

D'après vous, quelles sont les qualités essentielles pour exercer votre métier de chorégraphe et d'enseignante?

Je pense qu’il faut avant tout avoir la passion et la patience! Surtout pour enseigner. Je connais des personnes qui enseignent la danse car ils ont besoin d’argent et pas parce qu’ils aiment ça. Ils ne peuvent donc pas transmettre correctement car les enfants le ressentent. Pour moi, il  faut le faire par amour, sinon, ça ne sert à rien. Il faut avoir une certaine hygiène de vie, manger sainement, faire du sport, dormir beaucoup pour bien récupérer… C’est un domaine qui demande une certaine discipline mais aussi de la sensibilité artistique.

Qu'est-ce que vous appréciez le plus dans votre métier? Le moins?

J’aime le fait de pouvoir toucher à tout. D’enseigner, mais aussi de créer, d’imaginer des chorégraphies dans différents styles. J’aime aussi les contacts. Paradoxalement, ces contacts peuvent aussi représenter la moins bonne partie de mon métier, surtout lorsque l’on rencontre des personnes qui sont négatives, pas ouvertes et qui ne s’intéressent qu’à l’argent. Ce n’est pas non plus toujours évident d’être « au top » chaque jour. J’essaie d’être toujours de bonne humeur, positive. Il faut laisser ses problèmes chez soi. Il s’agit aussi d’un domaine dans lequel il n’est pas toujours facile de gagner sa vie. Il faut parfois cumuler les boulots, etc. Personnellement, j’estime avoir beaucoup de chance que l’école fonctionne depuis autant de temps.

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui veut se lancer?

S’il sent que c’est vraiment la danse qu’il veut faire, alors il doit foncer et réaliser ses rêves. Il faut toujours y croire, ne pas se décourager, insister et insister encore. Souvent, il faut passer beaucoup de castings pour décrocher une place et ça peut sembler décourageant mais il faut y croire et ne pas s’avouer vaincu. Avant, la danse n’était pas vraiment prise au sérieux. C’est toujours un peu le cas, mais ça commence à changer et la concurrence se fait de plus en plus rude. Il faut donc être préparé.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.