Angelo Salamone, Infographiste

Depuis un an, ACTV, la télévision communautaire de la Région du Centre s'est attachée les services d'un infographiste diplômé. Angelo Salamone nous livre les secrets d'un métier de techniques et de créations. Gros plan sur les effets spéciaux et les images de synthèse, de plus en plus au service d'une communication en plein renouvellement.

Pourquoi avoir choisi l'infographie ?

Mon choix se voulait dans une vocation artistique et en tout cas, à l'opposé de tout ce qui est de l'ordre de la programmation. La beauté du métier tient précisément au fait que ce n'est jamais ennuyeux. On doit toujours relever des défis. Le plus attrayant dans l'infographie, c'est son côté innovant.

Quel est votre parcours de formation ?

J'ai suivi dans le secondaire l'option gestion informatique en technique. Ensuite, je suis entré à la Haute Ecole Albert Jacquard à Namur. On y a essuyé les plâtres puisque c'était la première année de lancement de la formation. Notre préparation a néanmoins été excellente, avec des profs motivés et de qualité. Quant à la préparation technique, on peut la juger satisfaisante, en tout cas comme base pour une évolution professionnelle ultérieure.

Votre formation était-elle bien adaptée au travail qui est le vôtre aujourd'hui ?

On nous a donné les outils pour une auto-formation sur le terrain professionnel. Je m'explique : apprendre à observer pour aller au-delà de la conception pure ou pour dépasser la programmation et avoir une culture mentale qui permette autre chose que les recettes toutes faites, afin d'allier observation, conception et création. De ce point de vue, notre formation en matière d'images de synthèse était aussi bien transférable à une PME qu'à une multinationale. Bien sûr, vis-à-vis de mon travail actuel, j'ai dû apprendre les facettes spécifiques de l'audiovisuel.

En quoi consistent vos tâches actuelles ?

C'est justement donner un dynamisme à la communication de notre antenne grâce au numérique et aux effets spéciaux. Cela veut dire la recherche d'idées (pour un générique, par exemple) dans le cadre du respect des chartes graphiques. Dans le concret, cela se traduit par des créations sur ordinateur. C'est avant tout un travail en équipe car l'infographiste est au carrefour de plusieurs fonctions, voire de plusieurs corps de métiers. On est de fait conduit à collaborer avec des journalistes, des cameramen, des décorateurs ou des sound designers. En définitive, l'objectif est d'apporter un plus à la communication sur base des nouvelles possibilités techniques.

Quelles en sont les contraintes principales de la profession ?

Notre principal impératif est d'être amené à mélanger des images et des synthèses d'images. Nos contraintes portent sur la créativité : soit elle doit être canalisée en fonction de certains canevas, soit elle est limitée par le déficit de connaissances techniques des demandeurs. Cela peut conduire à des demandes avec des délais impossibles à tenir, surtout si l'on doit intégrer en images de synthèse des paramètres comme l'éclairage d'un spectacle. A Antenne Centre, l'équipe technique qui vous entoure s'avère très souvent essentielle, notamment en matière de réalisation.

Quelles sont les qualités nécessaires d'un infographiste spécialisé dans votre secteur professionnel ?

Nous devons relever des défis en permanence car il y a toujours des idées nouvelles. Notre fil conducteur consiste à transformer des idées en réalisations concrètes. Selon moi, deux qualités sont incontournables : le sens de l'observation et la curiosité, voire l'ouverture d'esprit.

Au moment de votre entrée en fonction avez-vous suivi une formation interne ? Si oui, en quoi a-t-elle consisté ?

On doit en entrant bien entendu disposer de compétences techniques en informatique ainsi qu'une connaissance de l'anglais technique car les logiciels sont tous conçus dans cette langue. On doit aussi être à même de développer une approche des techniques photographiques. En ce qui me concerne, aucune formation interne n'a été prévue mais on m'a laissé le temps nécessaire pour apprendre les principales fonctions techniques audiovisuelles.

Comment votre travail a-t-il évolué depuis votre entrée ?

On ne peut à proprement parler d'évolution, mais après tout, je ne suis en poste que depuis un peu plus d'un an. Comme nous sommes seuls à maîtriser les techniques, nous nous devons d'être attentifs aux nouveautés, sous peine d'apparaître (excusez l'expression) « comme le dernier des cons au bout de six mois !». Cela suppose de développer sa curiosité en consultant régulièrement les revues spécialisées, les sites ou les discussions avec d'anciens professeurs, avec lesquels j'ai gardé le contact.

Comment est perçu le travail d'un infographiste au sein de votre société ? Quelle est sa plus-value ?

Notre travail est perçu comme un moyen de dépasser le reportage classique. Notre plus-value réside donc dans l'intégration des images de synthèse. Avec un principe directeur : cela ne doit pas nuire pas à la communication. Il s'agit de ce point de vue de s'interroger sur l'apport des images de synthèse, qui ne sont pas forcément réelles mais qui sont censées renforcer le ciblage ou l'objectif du sujet.

Quelles sont les attentes prioritaires à votre égard ?

On attend, comme je viens de l'expliquer, une plus-value technique dans le ciblage de la communication. Cela implique une créativité qui s'intègre parfaitement dans la transmission du message, quel qu'en soit le support : animations purement 3D, effets spéciaux avec mélanges d'images de synthèse et d'images réelles, ou même avec des spots publicitaires.

Quelle est votre place dans l'organigramme général ?

Mon travail est en lien étroit avec celui des réalisateurs. On pourrait parler de ce point de vue d'un département à part, avec une fonction de support qui se trouve à l'intersection de plusieurs fonctions. On touche tout à la fois aux émissions sportives ou culturelles, aux magazines comme aux hebdos...

Expliquez-nous l'une de vos journées-type...

Notre emploi du temps est complètement tributaire des projets qui nous sont demandés. Nous les recevons et établissons des délais de réalisations afin d'assurer la planification des nouvelles émissions et afin de demeurer disponibles pour répondre aux sollicitations plus ponctuelles.

Quelles sont les étapes incontournables de vos projets ?

Quatre étapes successives me paraissent incontournables : la recherche d'idées, la récolte d'informations, le dessin sur papier et le passage sur PC. C'est lors du dessin sur papier que nous définissons les priorités, avec une étape de validation qui débouche sur un story-board. Avant de pouvoir poursuivre, celui-ci doit être validé par le demandeur, qu'il s'agisse du réalisateur ou de tout autre « client ».

Quels sont les outils ou programmes les plus utilisés ? Et pourquoi ?

Pour les images de synthèse, on utilise surtout Discreet 3D Max, Maya, Light Wave. D'autres programmes existent bien entendu mais ils sont souvent moins professionnels. D'autre part, pour les effets spéciaux, on fait appel à Discreet combustion, Adobe after effect, ainsi que d'autres programmes comme illustrator, adobe et photoshop.

Quelles sont selon vous les spécialisations possibles ?

Tout dépend du type de créneau que l'on poursuit. A titre personnel, mon intérêt va vers la réalisation cinématographique. D'autres s'intéressent plutôt aux jeux vidéos. En matière d'audiovisuel, les effets spéciaux et les trucages sont très importants...

Quel est selon vous l'aspect le plus valorisant de vos tâches ?

C'est la satisfaction d'un projet personnel mené à son terme, et surtout, le sentiment d'avoir fait ressentir une émotion. Cela peut passer à travers le rire ou l'humour, ou par d'autres biais. Le message en filigrane serait : « regardez où vous êtes ». C'est aussi l'aboutissement de nombreux efforts et investissements, en collaboration avec le client.

A quelles difficultés majeures doivent s'attendre les futurs diplômés ?

Le surcroît d'infographistes sera un élément qui rendra plus difficile l'intégration sur le marché de l'emploi, malheureusement. Le domaine me paraît assez bouché et les opportunités concrètes ne sont pas si fréquentes. C'est une réalité dont il faut tenir compte, même si on ne présumer de l'avenir.

Quels conseils donneriez-vous aux plus jeunes ?

Le seul conseil qui me semble vraiment important est celui de les inviter à croire en leurs projets, jusqu'au bout. Malgré tout. Car le bonheur de la réalisation ou de l'aboutissement d'un projet est quelque chose d'incomparable !

Voyez-vous des innovations déterminantes dans le futur proche ?

Le domaine de l'infographie s'intègrera certainement beaucoup plus dans les pratiques quotidiennes, et plus particulièrement dans la communication. L'intégration des écoles d'art sera sans doute plus forte encore à l'avenir. Il est difficile de se prononcer sur les innovations futures, même si les possibilités artistiques sont infinies. Une certitude, néanmoins : la professionnalisation accrue de l'infographie. Entre amateurs et professionnels, la différence sera toujours plus marquée.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.