Anthony Rey, Producteur

Interview réalisée en juillet 2010

Anthony est producteur et fondateur de la société de production Helicotronc à Bruxelles.

Quelle formation avez-vous suivie?

J’ai fait l’INRACI, en section cinématographie. Au sein de cette section, il n’y a pas de spécification. On choisit un rôle en fonction des projets. Pour ma part, j’ai essentiellement fait de l’assistanat en réalisation et de la production. En secondaire, j’étais en France, où je n’ai pas eu le bac. J’ai travaillé un peu, fait mon service militaire puis je suis retourné en Belgique où j’ai repris des études à Braine-l’Alleud pour obtenir mon CESS. J’étais en math-bio.

Quel est votre parcours professionnel?

En rentrant à l’INRACI, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire dans le cinéma.Au fur et à mesure de la formation, j’ai pris goût à tout ce qui était organisation, logistique, etc. En sortant de l’INRACI, j’ai fait beaucoup de régie générale sur des courts métrages et j’étais aussi un des nombreux régisseurs sur le tournage de grosses pubs ou autres. Petit à petit, j’ai commencé à faire de l’assistanat en production, puis de la direction de production de courts métrages et de longs métrages. J’ai ensuite créé une société de production qui s’appelle «Hélicotronc» car, avec d’autres personnes de l’INRACI, on avait envie de pouvoir produire nos propres films.

Quel était votre rôle en tant que régisseur général?

La régie générale comprend tout ce qui est logistique, organisationnel sur un tournage: autorisations, gestion de plateau, nourriture, transports… Le régisseur général doit organiser tout ça. Il est responsable du «bien-être» de l’équipe.

En quoi consiste exactement la production de films?

On distingue deux choses: la production exécutive et la production dite «déléguée». La production exécutive est plus technique. C’est un directeur de production qui est engagé spécifiquement pour organiser un tournage en particulier tandis que le producteur délégué occupe une place plus artistique. Il choisit un projet, il va travailler avec l’auteur pour aller plus loin dans l’écriture. Il est là dès le début du projet qu’il choisit de produire et pour lequel il cherchera des financements et accompagnera le réalisateur tout au long du processus de fabrication du film. Cependant, chaque producteur a sa manière de voir son travail, de produire.

Est-ce que ce sont souvent les réalisateurs qui viennent vers vous?

Il y a les deux cas. Pour ma part, j’ai créé «Hélicotronc» car j’avais envie de produire deux réalisateurs en particulier (Olivier Tollet et Jean-Julien Collette) qui étaient avec moi à l’INRACI. Je vais aussi voir les films de fin d’année à l’IAD, à l’INSAS et à l’INRACI. Si ces films me plaisent, je vais voir le réalisateur comme c’est arrivé pour Nicolas Boucart ou Serge Mirzabekiantz. Mais il m’arrive aussi d’avoir des coups de coeur pour des projets qu’on m’a proposés. Peu importe si c’est moi qui vais vers les réalisateurs ou le contraire, mon souhait est avant tout de travailler dans le long terme avec les gens. Les «one shot», ça ne m’intéresse pas.

Quel est l’horaire de travail?

Il n’y en a pas vraiment en fait! Cela peut vraiment varier. En moyenne, quand il n’y a pas de tournage, c’est de 8h à 19h. Mais ça peut aussi devenir 6h-23h quand on est sur des tournages par exemple.

Vous vous rendez systématiquement sur les tournages?

Je m’y rends si c’est nécessaire, s’il y a des soucis. Mais, en tant que producteur, j’y vais de moins en moins. Par exemple, je suis allé sur le tournage du dernier long métrage de Géraldine Doignon deux ou trois fois par semaine pendant un temps et puis de moins en moins souvent. Tandis qu’auparavant, en tant que régisseur général ou directeur de production, j’étais constamment sur le plateau. Cependant, je pense que c’est bien d’avoir une distance par rapport à ce qui se passe sur le plateau. S’il y a des soucis, des mésententes dans l’équipe, etc., c’est toujours bien qu’il y ait quelqu’un avec un regard extérieur qui puisse départager les choses. C’est bien de ne pas avoir le nez dedans.

Pourquoi avez-vous eu envie de travailler dans le milieu du cinéma? Qu’est-ce qui vous a attiré?

Le cinéma en général m’attirait. J’ai toujours adoré aller au cinéma, j’y allais très souvent étant jeune. Il y avait une certaine attirance mais qui ne s’est pas concrétisée par une envie de travailler pour un poste en particulier. Et puis, quand j’ai voulu reprendre des études, j’avais envie d’essayer une école de cinéma, même si je ne savais pas vraiment où j’allais.

Quels sont les points positifs et négatifs de votre métier?

Comme points positifs, je dirais que j’ai la chance de faire quelque chose que j’adore et qui me passionne. Du coup, ça éclipse tous les côtés un peu plus difficiles comme les horaires par exemple. Je suis entouré de personnes avec qui j’ai envie de travailler. Comme je l’ai dit, j’aime privilégier les relations à long terme. A côté de cela, il y a aussi des moments de fatigue, de déprime, de pression financière… mais tant qu’on tourne, on est content!

D’après vous, quelles sont les qualités qu’il faut posséder si l’on veut travailler dans ce domaine?

D’abord, il faut une envie vitale, on ne s’improvise pas producteur! Et puis, comme c’est le cas dans le milieu du cinéma en général, je dirais qu’il faut de la persévérance, ne pas se décourager trop vite. Il faut aussi être capable de gérer la pression et rester le plus calme possible.

Parlez-nous du métier d’assistant de production…

Même si certains hommes occupent parfois cette fonction, ce sont surtout des femmes que l’on retrouve à ce poste. Tout comme les scriptes. Je dirais qu’il y a deux types d’assistante: celle qui travaille sur un plateau de tournage et assiste le directeur de production pour un film et celle qui travaille dans une boite de production et qui assiste le producteur. Sur un plateau, elle s’occupe de plein de choses: feuille de service, salaires, organisation du transport, etc. Elle travaille aussi en collaboration avec le régisseur général. Dans une société de production, elle est assez polyvalente aussi. Ca va de la lecture de scénario à l’organisation de voyages, d’avant premières, etc., en passant par de la traduction ou de la comptabilité. Mais tout dépend aussi du producteur et de la confiance et de la liberté qu’on lui donne.

Quels sont les autres professionnels que vous côtoyez?

Outre tous les autres métiers du cinéma, je vois aussi des comptables, des experts comptables, des financiers, des personnes de la Communauté française, d’autres institutions, etc. Je rencontre aussi des directeurs de festivals, de chaines de télé, etc.

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui a envie de se lancer dans le milieu?

J’enseigne la production à l’INRACI et je dis aux étudiants que s’ils ont envie de devenirs réalisateurs ou producteurs, il faut qu’ils se donnent les moyens de le faire. Il faut, comme je l’ai dit, des qualités de persévérance quasi obsessionnelle, une envie vitale. S’ils ont ça, ils pourront faire de beaux projets et les choses viendront naturellement.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.