Antonella Martello, Massothérapeute

Interview réalisée en décembre 2013

Antonella Martello est massothérapeute, kinésiologue, formatrice  et co-fondatrice de l’Ecole européenne de santé énergétique Scinergia

Que fait une massothérapeute ?

Principalement, et comme le terme l’indique, une massothérapeute masse. Le terme « thérapie » y est ajouté parce qu’on est à l’écoute du patient, de ce qui se passe. On commence la séance en demandant si la personne vient simplement pour se détendre, pour avoir un massage, ou s’il y a autre chose. Elle peut désirer être touchée ou ressentir de la douceur. Elle peut être mal dans sa peau ou être en pleine dépression. Des personnes sont à la redécouverte de leur corps après un cancer du sein ou un membre amputé. On recherche principalement le bien-être et le fait de prendre du temps pour soi. Et puis, pour savoir, il faut venir !
 

De quoi est fait votre quotidien ?

Je ne masse pas toute la journée. C’est extrêmement fatigant. Quand j’ai plus de trois massages par jour, je suis épuisée. 
À la base, je suis kinésiologue. Je travaille donc énormément sur les émotions. Je suis spécialisée dans la thérapie énergétique et les traumatismes simples ou complexes. Quand je vois que la personne est en manque de la sensation qu’on s’occupe d’elle, je lui propose souvent de faire une séance de massage pour qu’elle puisse se redécouvrir et goûter à ce côté ouaté qu’elle aimerait ressentir.  J’ai au minimum un massage régulier quotidien. Je veille à les disperser de façon à ce que je puisse donner 100% du massage et ne pas être fatiguée du fait d’en avoir fait plusieurs avant. Dans une salle de massage, il y a plus de 27 degrés et on travaille avec des huiles essentielles différentes pour chaque personne, différentes pour un massage dynamisant ou relaxant. Je donne également des cours de massage.
 

Y a-t-il des demandes récurrentes de la part des différentes personnes qui viennent vous voir ?

En général, quand les gens goûtent à la massothérapie, ils ont envie de continuer. Mais cela reste tabou parce que ce n’est pas ce qu’ils font passer en priorité. En moyenne, les gens viennent au moins une fois par mois. D’autres font des cycles. Ils viennent alors une fois par semaine durant dix semaines puis ils ne viennent plus pendant un petit temps. Plus de gens viennent en hiver car ils recherchent de la chaleur. Tandis qu’en été, ils n’ont pas forcément envie d’être au chaud et recouverts d’huile. 
 

Comment se déroule une consultation ?

Une consultation dure en moyenne une heure et demie. Lorsque la personne arrive, on commence par discuter pour établir le contact. Ce n’est pas toujours facile, surtout quand c’est la première fois. On discute de la raison pour laquelle elle veut un massage et de la façon dont elle imagine celui-ci. Je précise alors qu’il s’agit d’un massage sensitif où on va faire remonter les émotions. Je précise également que ce n’est pas un massage sexuel. C’est important de poser le cadre directement. Le massage que j’effectue se pratique dans la nudité du patient. Souvent, j’entame alors une conversation assez importante parce que tout le monde n’accepte pas de se mettre directement nu. Il faut que j’aie connaissance du rapport de la personne à la nudité. J’explique que j’utilise de l’huile et que je peux fournir un slip en papier ou une serviette. L’objectif est d’être bien sur la table. 
Ensuite, je lui laisse le temps de se déshabiller et je sors de la pièce. Quand je reviens, elle est couchée sur la table. Je veille à ce qu’elle soit bien installée. Je m’assure qu’elle n’ait pas froid ou chaud. Je demande si je peux toucher les cheveux avec de l’huile. Je vérifie si elle est maquillée parce qu’alors je ne masserai pas le visage. Puis je mets de la musique. Je demande s’il y a un problème de santé de type varices ou cicatrice qui fait mal, etc. 
 
Lorsque la personne est bien installée, je me calque à sa respiration. Ou plutôt j’essaie qu’elle adapte sa respiration à la mienne. Je commence alors le massage. Je prends contact avec toutes les parties du corps. C’est comme si je donnais une ligne de conduite. Je commence par la tête, les épaules, le bras droit, la jambe droite. Puis je masse l’autre côté, de façon à ce que la personne ne se sente pas déséquilibrée. C’est très important. Si au moment où je descends, je pars vers la droite et que subitement je passe vers la gauche, la personne risque de tomber dans une espèce de trou et elle ne pourra pas profiter du massage. Il s’agit de la mise en contact.
 
Je vérifie que le corps soit bien relâché. Je secoue un peu les bras et les jambes. Puis je travaille le visage et j’huile tout le corps avec une huile parfumée et à bonne température. Il faut que tout soit à ma disposition. Lorsque le massage est commencé, je ne peux plus lâcher le patient. Si je dois aller quelque part, je suis obligée de lui murmurer que je vais le lâcher pour partir. Sinon il risque d’avoir une impression d’abandon. Je masse toute la face avant, membre par membre. Toujours en respectant le patient: je tourne autour de la poitrine, je masse le bas du ventre jusqu’à une certaine limite, je ne touche jamais l’aine. Ce sont de grands principes. Il faut aussi  s’assurer que la personne ne soit pas chatouilleuse des pieds. Cela évite les grands coups de pieds au moment où on la touche ! Une fois que l’avant du corps est terminé, je lui demande tout doucement à l’oreille de se retourner et je travaille l’arrière. Le dos principalement. Souvent, c’est ce qui est le plus apprécié. 
 
Finalement, je rassemble tous les membres du corps en les caressant encore une fois et je dépose un grand drap chaud sur la personne. Je la laisse se reposer quelques minutes tout en lui précisant discrètement que le massage est terminé, que je vais me laver les mains, sortir de la pièce puis revenir. Quand je reviens, je prends un petit drap et j’essuie le corps pour enlever l’excédent d’huile. Cela se fait en douceur, comme si c’était la continuation du massage. Puis je laisse la personne se réveiller à l’aise, reprendre contact avec la réalité. Elle se rhabille. Je termine toujours par un jeu de cartes de l’univers où je lui propose de tirer une phrase pour sa journée. 
 
Pendant le massage, il se peut que la personne ait une forte montée d’émotions, qu’un geste ou un autre lui fasse penser à une émotion. Quand c’est le cas, je l’invite à lâcher prise totalement. Il m’arrive alors de la traiter en thérapie énergétique. Je fais des tapotements sur des points d’acupressure pour calmer. En aucun cas je ne lui dis « Mais pourquoi pleurez-vous ? Que se passe-t-il ? Ai-je fait quelque chose de mal ? ». Je laisse vraiment sortir tout ce qu’il y a à sortir pour qu’en partant elle ait laissé ses « bagages » et qu’elle puisse repartir à l’aise.
 

Est-ce un métier émotionnellement difficile ?

J’ai une passion pour les émotions. Qu’elles soient positives ou négatives, j’aime voir que nous oscillons constamment dans cette vague de hauts et de bas. Pour moi, ce n’est pas un métier émotionnellement difficile parce que j’ai appris par de nombreuses techniques à me protéger des émotions des autres personnes. 
Des choses me touchent. Quand une personne a été maltraitée toute sa vie, a subi des abus... Mais cela ne me touche pas au point de ne pas en dormir la nuit. Cela augmente ma compassion, mon empathie pour la personne, pour pouvoir l’aider deux fois plus dans la période difficile qu’elle traverse. J’aime dire à mes patients que j’aspire à ce que ce soit un plaisir de venir chez moi. J’explique toujours une petite anecdote au moment où ils arrivent. Je leur dis : « Nous sommes tous les deux sur le bord d’une rive. Beaucoup d’eau coule. Et vous venez m’exprimer le fait que vous voulez aller vivre sur la rive d’en face. Parce que, pour vous, la vie serait beaucoup plus belle par là. Moi, ma vie est très bien de ce côté-ci. Je n’ai pas du tout l’intention de traverser avec vous. Donc je vais vous fournir du bois, des clous, un marteau pour construire votre radeau. Du tissu, du fil et une aiguille pour coudre votre voile. Mais en aucun cas je ne vais traverser avec vous. Quand vous arriverez de l’autre côté, ne vous retournez pas pour me dire merci. Je n’aurai été simplement qu’une main sur l’épaule. Je suis là si vous coulez. Je serai toujours là. Mais je ne viendrai pas avec vous parce que vous aurez fait tout le travail vous-même.» Je leur donne des outils. Et quand ils sortent d’ici, je leur dis que c’est à eux de les utiliser. 
 

Quels sont les points positifs et les inconvénients du métier ?

Il y a de nombreux points positifs. J’aime toucher les gens donc c’est vraiment très agréable. J’aime le contact, pouvoir donner quelque chose. Je travaille aussi beaucoup en reiki. Je sens l’énergie qui passe. Je sais que je communique du positif à la personne. 
 
Le point négatif c’est quand une personne n’a pas une bonne hygiène. A l’école de massage, on nous a formés à pouvoir dire les choses. Si la personne ne nous inspire pas, que ce soit au niveau hygiène ou au niveau contact, on a le droit de le dire parce que si nous ne sommes pas bien dans le massage, la personne ne va pas ressentir quelque chose de positif. Cela ne m’est encore jamais arrivé de me retrouver face à quelqu’un qui n’est pas propre. Il m’est arrivé une seule fois de recevoir une personne qui avait transpiré énormément et qui ne dégageait pas une bonne odeur. J’ai donc utilisé un peu plus d’huile essentielle. 
 
Il m’arrive de ne pas avoir envie de masser. Si j’ai rendez-vous pour un massage avec une personne que je connais, je ne vais pas hésiter à l’en avertir. Je lui dis que je ne suis pas dans la dynamique du massage ce jour-là et je lui demande si cela pose un problème de remettre le massage. En général, les gens préfèrent que je sois honnête plutôt que de recevoir un massage qui n’est pas excellent. Cela m’arrive des jours où j’ai très froid, où il fait froid dans le cabinet. Ce n’est pas fréquent. C’est très important qu’il y ait un échange et que je puisse autant tirer partie du massage que la personne qui le reçoit. Je veille également à ce qu’elle ne s’endorme jamais pendant le massage. Si elle s’endort, cela veut dire que je fais un massage soporifique, ce qui n’est pas intéressant. Quand je vois qu’elle sombre, je redynamise le massage, je pousse un peu plus fort, sans jamais la saisir.
 

Avez-vous une anecdote à partager à propos de votre métier ? 

Pendant les cours de massage, le professeur nous avait demandé d’effectuer un massage complet en une heure. Il a ajouté un petit détail. Il nous a bandé les yeux. Cela a été une découverte totale. Les masseurs ont eu différentes émotions. Il y avait ceux qui voulaient voir et ceux qui se disaient que leur intuition pourrait partir. Et il y a eu la panique des massés. Quand on ne voit pas grand-chose, on risque de toucher des parties qu’on ne touche pas lorsqu’on masse normalement. Ce moment-là  nous a appris à bien déterminer, dans l’installation du corps, la grandeur de la personne, la longueur de ses jambes, de son tronc, de ses bras. C’était une expérience unique, l’un des plus beaux massages que j’ai effectué. J’ai découvert que c’étaient vraiment mes mains qui travaillaient et pas du tout ma tête. Je garde ce souvenir en mémoire et il m’arrive très souvent de proposer à mes patients, quand ils ont un souci par rapport à la nudité, de me bander les yeux. C’est quelque chose qui m’a vraiment marquée positivement pour tous les massages suivants.
 
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.