Ariane X, Institutrice maternelle

Ariane est institutrice maternelle depuis huit ans. Elle nous parle de son métier avec passion, évoquant aussi bien les bons que les mauvais côtés.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier d'institutrice maternelle ?

Pour le plaisir d'enseigner aux enfants. J'ai toujours aimé m'en occuper, particulièrement des plus petits. Etre institutrice me semblait être un bon moyen pour être en contact permanent avec eux. Et puis, j'estimais que ce devait être gratifiant de leur inculquer les apprentissages de base. Car l'enseignement maternel, contrairement à ce que beaucoup croient, c'est bien plus qu'une simple garderie!

Pouvez-vous décrire vos années d'études ?

La première année comporte de très nombreux cours théoriques, comme l'histoire, la géographie, les sciences, les mathématiques et le français mais également de la philosophie, de la psychologie ou encore de la sociologie, ce qui peut dégoûter certains jeunes à qui ces matières peuvent paraître inutiles pour l'exercice de leur futur métier d'enseignant. Mais il faut passer par-là. Il faut donc s'accrocher!

On n'a en tout et pour tout que peu d'heures de stages en première. Je n'ai ainsi effectué qu'une semaine par semestre dans le maternel et trois jours dans le primaire. Il s'agissait surtout de périodes d'observation mais j'ai dû aussi animer quelques activités. Je me rappelle que j'avais dû raconter une histoire aux enfants.

Au cours de la deuxième année, les stages se sont amplifiés: deux semaines au premier semestre et trois au deuxième dans deux degrés différents. Là c'est beaucoup plus poussé: j'ai dû assumer la gestion de la classe et organiser des activités ou ateliers. On se rend alors mieux compte de la difficulté de la profession et c'est probablement la raison pour laquelle nombreux sont ceux qui arrêtent en cours d'année. La masse de travail est donc aussi forcément plus importante.

Au cours de la dernière année, j'ai effectué mes stages dans les différents degrés à raison de trois, quatre et cinq semaines.

Avez-vous trouvé de l'emploi facilement ?

J'ai eu de la chance de sortir de l'école au moment où le secteur n'était pas encore totalement bouché. Mais j'ai néanmoins dû passer par des intérims et ce pendant deux ans. Je n'ai pas à me plaindre puisque j'ai effectué ces remplacements dans une seule et même école, contrairement à une de mes amies qui a travaillé dans quatre écoles différentes en un an. J'en ai une autre qui, bien que sortie en même temps que moi, n'a pas encore trouvé d'emploi fixe et vogue toujours d'intérim en intérim. Et ce n'est jamais simple d'effectuer des remplacements car il faut à chaque fois trouver ses marques auprès de l'établissement et s'adapter à une nouvelle classe et/ou à un nouveau degré en très peu de temps. Heureusement, j'ai maintenant un contrat fixe dans une école. Actuellement j'enseigne en deuxième année maternelle et j'ai 14 enfants à ma charge. Un nombre idéal.

En gros, quelles sont les différentes activités que vous organisez en classe au cours des trois années de la maternelle ?

En première, on s'attache surtout à développer l'autonomie des enfants et leur socialisation. On travaille aussi le langage, on leur apprend à tenir des ciseaux en main, à dessiner un bonhomme et à rester cinq minutes en place, ce qui n'est pas toujours évident!

En deuxième, on leur donne les premières bases de la lecture, de l'écriture et du calcul. Ainsi, ils apprennent à écrire leur prénom, à reconnaître certains mots, certaines couleurs, à compter jusqu'à 5,... Ce sont les premiers échanges verbaux.

En troisième, toutes ces activités sont beaucoup plus développées. Nous essayons aussi modestement de leur faire découvrir le monde extérieur à la classe en partant en excursion. Le but est qu'à la fin des trois années, l'enfant ait déjà acquis certaines bases pour appréhender au mieux l'enseignement primaire. Il est aussi important de signaler que les institutrices maternelles "enseignent" moins qu'auparavant, au sens strict du terme. En effet, aujourd'hui, les activités sont centrées sur la découverte et l'apprentissage par les enfants eux-mêmes. On n'a pas d'ailleurs une matière à enseigner, juste des finalités à atteindre.

Comment se déroule une journée-type ?

J'accueille les enfants dès 8h15. A 9h, on entre en classe et, après ce que nous appelons les préambules (prises de présences), on travaille par ateliers, donc par petits groupes. Certains dessinent, d'autres font du bricolage. Ces ateliers sont entrecoupés d'autres activités: développement du langage, activités musicales, cuisine ou encore psychomotricité. Ma journée au sein de l'école se termine à 15h15.

Selon vous, quelles sont les qualités essentielles que doit posséder une institutrice maternelle ?

Aimer son boulot car ce n'est pas évident tous les jours. On n'a pas une minute à soi tant les enfants sont toujours collés à nous. La patience est donc une des vertus essentielles. L'amour des enfants est primordial tout comme le fait d'aimer travailler avec eux. Ce sont deux choses qui peuvent être différentes! Parfois, on doit faire des choses qui peuvent être considérées comme ingrates, comme langer par exemple. En tout cas, il est nécessaire de créer un bon contact avec eux. Certaines institutrices n'y parviennent jamais. Il faut aussi être créative afin de diversifier les activités et ateliers.

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ?

Parmi les inconvénients, je citerais la surcharge de travail. En dehors des 26 heures de classe, il y a le travail à domicile. On n'a pas de corrections à faire mais la préparation des leçons demande un nombre considérable d'heures supplémentaires (pour créer des jeux et trouver de la documentation, par exemple). Sans oublier le travail administratif! Il est ainsi nécessaire de préparer soigneusement par écrit les leçons que l'on compte donner pour être en ordre lors d'éventuelles visites d'inspection. Je travaille ainsi environ une heure par jour et tous les dimanches après-midi.

Le manque de subsides des écoles est également un réel problème et nous limite dans nos initiatives. Certains établissements peuvent être dénués de tout matériel scolaire (pas d'armoires, pas de marqueurs) et lorsque l'on en réclame auprès de la direction, la réponse est: "On n'a pas de moyens suffisants". Il faut donc se débrouiller. Cette année, on ne m'a alloué que 190 euros pour l'achat de matériel! Chaque mois, je prélève une cinquantaine d'euros de mon salaire pour mes élèves. Bien sûr, toutes les institutrices ne font pas comme moi, et elles ne sont d'ailleurs pas obligées de le faire. Des fancy-fairs ou des marchés peuvent nous permettre de recueillir un peu d'argent mais jamais en suffisance.

Mais les avantages de la profession sont tout aussi nombreux. Les congés scolaires ne sont certainement pas à négliger. Mais surtout, c'est le retour que l'on peut avoir des enfants qui est gratifiant. Ils nous considèrent vraiment comme une amie. J'ai ainsi déjà été invitée à des fêtes d'anniversaire. De même, je croise parfois dans la rue des enfants que j'avais des années auparavant dans ma classe. Ils viennent me dire bonjour et continuent à m'appeler "Madame Ariane". Quand on discute avec eux, on se rend compte qu'ils se souviennent encore des activités qu'ils ont pu faire avec nous!

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.