Madame B., Directrice d'école

Directrice d'école La directrice que nous avons rencontrée a pris ses fonctions il y a un peu plus d'un an. Dans son établissement du libre, on retrouve près de 1000 élèves et 120 professeurs.

Quel chemin avez-vous suivi pour aboutir à cette fonction de direction ? 

Le monde de l'enseignement ne s'est pas imposé à moi comme une évidence. J'ai effectué une licence puis une maîtrise en sciences économiques ce qui m'a permis d'exercer par la suite comme chercheuse au sein de la Faculté pendant quasiment dix ans. Puis, à force de côtoyer des professeurs, je me suis laissée tenter par l'enseignement, c'est pourquoi j'ai passé mon agrégation. Très vite, une école secondaire m'a proposé un mi-temps. J'y ai enseigné l'économie, le droit et la comptabilité. Quelqu'un qui, comme moi, a fait sciences économiques, peut donner une palette de cours très large. Cela m'a plu. Lorsqu'une place à temps plein dans un établissement proche de mon domicile s'est présentée à moi, je n'ai pas hésité longtemps. J'y ai enseigné durant plus de dix ans. En 2001, la directrice nous a fait savoir qu'elle partait à la retraite. Son emploi était donc vacant. 

Aviez-vous déjà le projet d'accéder à cette haute fonction ? 

Pas au début de ma carrière mais c'est venu petit à petit. Après une quinzaine d'années dans l'enseignement, je pensais qu'il était peut-être temps de passer à autre chose. J'ai aussi eu l'occasion d'apprécier à sa juste valeur le travail de notre directrice. Cela me paraissait non seulement intéressant mais aussi très passionnant puisque les tâches qu'elle effectuait étaient très variées. 

Quelle a été la procédure de recrutement ? 

J'ai suivi la démarche qui était d'application à l'époque dans l'enseignement libre. J'ai posé ma candidature auprès du président du Pouvoir organisateur. Je lui ai fait parvenir un CV ainsi qu'une lettre de motivation. J'ai été retenue parmi dix autres candidats. Chacun à notre tour, nous avons passé plusieurs entretiens auprès du conseil d'administration et du conseil pédagogique et éducatif. J'ai ainsi eu la possibilité de leur exposer mon projet pour l'école. Ce n'était d'ailleurs pas évident car je connaissais très bien la plupart des gens qui me "jugeaient". Le conseil pédagogique a remis, apparemment, un avis favorable me concernant au conseil d'administration. Celui-ci m'a alors accordé la fonction. 

Quelles sont les questions qui vous ont été posées ? 

Quelles priorités seraient les miennes quand j'entrerais en fonction ? Suis-je pour ou contre le redoublement ? Quelle serait ma ligne de conduite de l'école pour l'avenir ? 

Quelles sont les qualités que doit avoir, selon vous, un bon directeur ? 

Etre très dynamique et ne pas avoir l'esprit trop "fonctionnaire". Un directeur ne doit pas être sévère à outrance mais ferme. Il ne faut pas non plus avoir peur de l'imprévu car on a beaucoup de choses importantes à gérer en urgence. Il me paraît aussi important de préciser qu'un directeur, quel qu'il soit, doit s'inscrire dans la ligne de conduite de son école et de son (ses) prédécesseur(s). Mon école a une longue histoire derrière elle. Elle véhicule des valeurs humaines et morales: accueil, respect des autres, souci des plus démunis... Il va de soi que j'adhère complètement à ces valeurs. Il n'était donc pas dans mon intention de tout chambouler. 

Le directeur doit par ailleurs être un spécialiste des relations humaines. Les trois quarts de mon temps, je le consacre à des rencontres avec des élèves et le corps professoral. Et je dois reconnaître que mes premières semaines comme directrice n'ont pas été simples parce que mes professeurs sont mes anciens collègues! Encore maintenant, il ne m'est pas toujours facile de trouver le ton juste pour faire passer mon message. Mais je n'ai toutefois pas trop à me plaindre. Jusqu'à maintenant, cela se passe plutôt bien. J'ai en tout cas le sentiment d'avoir été acceptée dans ma nouvelle fonction. 

Est-ce vous qui vous chargez du recrutement du personnel ? 

En effet. Quand une place est vacante, je puise dans tous les CV que j'ai reçus. Je me constitue une farde par matière. Dans neuf cas sur dix, je trouve le remplaçant dans mes fardes. Si je ne trouve personne, on lance un appel d'offre via le Forem notamment.

Enseigner ne vous manque pas ? 

Pas encore. Peut-être qu'au fil des ans une certaine usure liée à ma fonction de direction apparaîtra. Actuellement, il y a juste une chose qui me manque: le contact permanent avec les élèves. Certes, je les croise encore à l'occasion dans l'école mais je n'ai plus un contact suivi comme lorsque j'enseignais. Sauf avec les cas plus difficiles que je vois, hélas, passer dans mon bureau.

Travaillez-vous plus que lorsque vous étiez enseignante ? 

Non pas vraiment. J'ai simplement plus d'heures de présence à l'école. J'arrive tôt le matin vers 7h30 et je repars vers 19h. Mais quand j'étais enseignante, j'avais beaucoup de travail à domicile, pour ce qui concerne la préparation des cours et les corrections notamment. Donc cela s'équilibre.

Le directeur qui est dans sa tour d'ivoire en train de diriger son établissement, est-ce une image réelle ?

Pas du tout. Pour ce qui me concerne, j'essaie d'être la plus proche possible du corps professoral et des élèves. J'insiste d'ailleurs beaucoup sur le travail en équipe. Ainsi, par exemple, sur plusieurs sujets, je n'interviens qu'en dernier ressort. Il y a dans l'école des organes, comme le conseil en éducation notamment ou les éducateurs, qui peuvent répondre à bon nombre d'attentes et me "soulager" quelque peu. J'essaie donc de responsabiliser toutes les personnes qui m'entourent. Il est vrai que, bien souvent, on me contacte pour des problèmes mineurs. Je passerais toute mes journées à les résoudre si je ne déléguais pas.

Vous est-il arrivé de prendre une décision grave, un renvoi par exemple ? 

Oui. Pas plus tard que ce matin, j'ai dû renvoyer définitivement un élève pour un motif grave. C'était la première fois que je devais agir de la sorte. Mais il est évident que je ne prends pas seul une décision de ce genre. J'ai convoqué la conseillère en éducation et le directeur administratif pour prendre la sanction qui s'imposait. Cela n'a pas été simple. Renvoyer un élève c'est un échec pour un établissement. 

Quelle est la part d'administratif dans votre métier ? 

Elle est lourde si on n'est pas bien entouré. J'ai toutefois la chance d'avoir un secrétariat très performant. Je lui fais une totale confiance. Mais c'est vrai que j'ai une énorme quantité de paperasses à signer. 

Discutez-vous parfois avec d'autres directeurs des difficultés que vous rencontrez ? 

Oui, on se rencontre très fréquemment lors de séminaires et même parfois en dehors du boulot. J'aime beaucoup partager mon expérience, qui est encore minime, avec la leur, beaucoup plus importante. Et j'avoue que c'est parfois rassurant de constater que l'on est tous confrontés aux mêmes problèmes.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.