Benoit Raoult,
Animateur-directeur d'un centre culturel

Interview réalisée en mars 2013

Benoit Raoult est Animateur-Directeur d'Ecrin, Centre culturel d'Eghezée. 

Présentez-nous le centre culturel. Quelles sont ses missions? Les activités proposées?

Il s’agit d’un centre culturel de catégorie 2 qui est une catégorie « moyenne » (les Centres culturels locaux sont classés en quatre catégories en fonction de critères tels que les missions et activités proposées, l’implantation, l’infrastructure…Ils reçoivent une subvention annuelle selon la catégorie à laquelle ils appartiennent, ndlr). Nous sommes une asbl en grande partie financée par les subsides communaux. Nos activités sont déclinées selon plusieurs formes.

On retrouve la diffusion de spectacles qui sont choisis en fonction des thèmes, de la qualité et qui ne sont pas toujours des spectacles « faciles ». On ne va pas du tout toujours vers du « grand public » ce qui n’est pas toujours compris par la population, ni par les élus communaux ! Mais le but d’un centre culturel est avant tout de faire réfléchir… Il y a ensuite la diffusion et les animations au niveau des arts plastiques. C’est en développement actuellement. On a par exemple comme projet un partenariat avec un magasin de meubles installé ici, près d’Eghezée, qui accueillerait des œuvres dans le showroom du magasin. Le but est de surprendre les gens qui ne s’attendent pas forcément à rencontrer l’art dans un tel endroit. Cela permet aussi aux personnes de voir ces œuvres qu’elles n’auraient pas été voir dans une galerie de leur propre initiative par exemple. Un autre projet intitulé « Les artistes au Village » va également être mis en place dans un des villages de la commune. Il s’agit d’impliquer les habitants du village qui vont non seulement ouvrir leurs portes aux artistes mais aussi être accompagnés par des artistes pour créer leur propre projet. Le but est de rassembler, de se faire rencontrer les habitants, anciens comme nouveaux arrivants, autour de projets culturels.

D’autres actions sont également menées comme les animations scolaires qui rencontrent un certain succès et pour lesquelles on essaie que chaque enfant vienne au moins voir deux spectacles par an. Outre le spectacle en lui-même, nous proposons également un encadrement avec la possibilité qu’une animatrice vienne en classe avant pour expliquer le thème. Nous organisons aussi des animations tournées vers les arts de la scène ou les arts plastiques.

Un autre axe de travail du centre culturel concerne les bibliothèques (marmothèque et ludothèque) qui sont reconnues par la Communauté française et qui, outre le prêt de livres ou de jeux, proposent des animations autour du livre ou du jeu.

La nature et le patrimoine sont également présents avec l’organisation de balades guidées, de visites, etc.). On introduit toujours un peu de « culture » dans ces activités en y intégrant des activités culturelles. Nous avons par exemple proposé une visite contée d’un château. Par ailleurs, une brochure sera également éditée sur le patrimoine ici dans la région.

Enfin, le centre culturel est également composé d’un centre d’expression et de créativité (CEC) qui assure des animations, des ateliers plus ciblés, avec des animateurs spécialisés. Ces derniers travaillent en collaboration avec les animateurs du centre culturel qui sont plus « généralistes ». Ils se complètent en fait.  

L’objectif qui chapeaute toutes nos missions est d’intégrer la population, les gens et de les encourager à être des citoyens actifs. Cet objectif rejoint les objectifs de l’éducation permanente. Autour de l’évènement, on va intégrer de l’éducation permanente. L’évènement culturel devient un prétexte en quelque sorte. Dans le cadre d’une animation, nous avons par exemple essayé de faire se rencontrer les adolescents fréquentant la maison de quartier et les jeunes d’un village. Il s’agissait notamment de construire une structure qui prendrait feu lors du Grand feu de ce village. Le problème avec les adolescents c’est qu’ils sont très « mouvants » et donc, d’un atelier à l’autre, ils étaient de moins en moins nombreux mais il y en a quand même trois au final qui ont présenté la structure le jour J. C’est bien mais c’est un travail de longue haleine pour essayer de les faire sortir de leur quartier et de leur faire découvrir d’autres choses ! Ça se construit petit à petit.

 

Concrètement, en quoi consiste votre travail d'animateur-directeur?

Normalement, un directeur doit également être animateur,  ce qui est impossible sur le terrain. Au début des centres culturels, ça pouvait fonctionner car on travaillait de façon plus artisanale mais aujourd’hui, le travail administratif et le travail de gestion nous prennent trop de temps. L’animateur-directeur est en quelque sorte un moteur, il met en place les conditions pour favoriser la réalisation des différents projets. Ce sont les animateurs qui amènent les idées mais c’est lui qui gère les relations utiles à la réalisation de ces animations. Pour ma part, j’interviens dans la programmation « tout public », je chapeaute les animateurs, j’organise les réunions avec les animateurs, j’ai une vue d’ensemble et assure la cohérence des projets mais je ne crée pas d’animations à proprement parlé. Je fais en sorte que tout se passe dans les meilleures conditions possibles. Je me suis également gardé la part « éducation permanente ».

Nous jouons à la fois un rôle de charnière et de punching ball ! Concrètement, nous gérons une équipe mais aussi toutes les relations avec la commune, avec le Conseil d’Administration, le Conseil Culturel, les bénévoles… Chacun a des motivations différentes pour s’impliquer dans un projet culturel et il faut donc départager les choses et parfois résoudre les conflits latents qui pourraient survenir. On ne peut pas travailler de la même façon avec tout le monde.

Une chose est sûre, on n’est pas animateur-directeur à temps plein ! C’est plus que cela !

 

Il y a donc une part de programmation dans votre travail. Expliquez-nous comment se passe la mise en place du programme de la saison…

Je n’ai pas de critères établis. Je visionne environ 70 spectacles par an dans les théâtres, les festivals… Il faut que le spectacle me plaise ou soit susceptible de plaire mais qu’il soit aussi réalisable chez nous. Je prends donc en compte le nombre de comédiens nécessaires (et leurs cachets), les dimensions du plateau, les détails techniques (nombre de projecteurs par exemple) et le traitement du sujet (le jeu des comédiens, la mise en scène et surtout  l’aspect novateur). Si le spectacle joué est un « classique » de Molière, il faut que la mise en scène soit originale et différente de tout ce qu’on a déjà vu sur Molière. L’année dernière, on a accueilli une compagnie qui a proposé « l’Avare » avec des marionnettes. C’était génial ! Je veille à ce qu’il y ait un équilibre dans la saison : 50% de théâtre, 25% de musique et 25% autres (danse, cirque, etc.), même si on arrive de plus en plus à un mélange de styles.

 

Quels sont les publics que vous touchez particulièrement ?

En grande partie, le jeune public et surtout le scolaire. On aimerait d’ailleurs étendre ce créneau là aux autres communes. Pour le jeune public, on propose huit spectacles par an, qu’on dédouble parfois. Il y a ensuite le « tout public » composé d’un peu de tout mais il reste un trou pour la tranche 25-35 ans. On n’arrive pas à les toucher pour diverses raisons : enfants, moyens financiers, manque de temps, etc. Nous portons une attention toute particulière aux publics défavorisés financièrement avec notamment la possibilité d’obtenir un ticket à 1,25€ via Article 27. Nous travaillons également avec la maison de quartier et nous voulons étendre un partenariat avec le CPAS. Cela fonctionne bien, surtout pour les ateliers (djembé, graff, après-midi jeux) mais moins pour les spectacles. Même si une grande part de notre travail consiste à rassembler les publics provenant d’horizons et d’origines différentes, c’est plus difficile d’attirer ce public défavorisé financièrement sans le stigmatiser. Chacun restera plutôt dans son coin. En tout cas, ils préfèreront venir en groupe et pas seuls. Nous manquons aussi de temps pour contacter les travailleurs sociaux et leur expliquer notre démarche. Eux-mêmes manquent de temps aussi car, dans leur travail, la priorité n’est pas vraiment la culture…

 

Quels sont les autres profils qui composent votre équipe ?

Il y a deux animatrices, une secrétaire qui se charge de la billetterie et du secrétariat, une comptable, une personne chargée de la communication et du graphisme, un régisseur et deux ouvriers communaux engagés comme aide-régisseur et ouvrier de maintenance. Il faut ajouter à cela l’équipe du CEC composée d’une coordinatrice et de trois animateurs permanents. C’est déjà une belle équipe mais je pense qu’on manque d’animateurs. La fonction d’animateur prend énormément de temps et d’énergie. Elle demande une réelle implication dans les projets et il n’est pas rare qu’après quelques années, l’animateur ait envie de changer de métier. A un moment donné, il y a une certaine déception quand les projets n’avancent pas assez vite. C’est le cas aussi avec le régisseur de spectacles qui exerce un métier difficile avec des horaires inconfortables, des journées très longues et qui nécessite une certaine résistance physique. J’essaie en tout cas qu’il y ait un véritable esprit d’équipe et que tout le monde soit solidaire du travail de l’autre. Je demande par exemple que chacun assure la billetterie, le bar lors des spectacles, une fois par an. S’il y a un malade, ils pourront ainsi se remplacer l’un l’autre et puis, c’est très intéressant de voir tous les aspects de l’endroit dans lequel on travaille.

 

Quelles sont les principales difficultés rencontrées au quotidien ?

J’en ai déjà parlé mais le fait de travailler avec des personnes qui ont des motivations et des attentes différentes, des points de vue différents n’est pas toujours facile. L’animateur-directeur joue alors un rôle de médiateur et doit à la fois défendre les intérêts du centre culturel et de son équipe sans pour autant froisser les autorités qui vous subsidient. Il y a toujours un risque à prendre, rien n’est jamais acquis ou stable. De plus, le budget étant très serré (le budget communal pour le centre culturel ne représente que 0,49% ce qui est très peu), on ne peut pas tout se permettre.

 

Quel est votre parcours ?

J’ai fait une licence en communication sociale avec l’envie de devenir journaliste ou de travailler dans la publicité. Le fait est que suite à un stage en télévision, cela ne m’a pas plus. J’ai été déçu par ce milieu. J’ai fait un autre stage dans une agence de publicité dont j’aurais pu devenir le gérant s’il n’y avait pas eu le service militaire. Pendant ce dernier, j’écrivais des articles pour la revue de l’armée, je réalisais des petits reportages mais je m’occupais aussi de la cellule d’accueil des militaires belges rapatriés d’Allemagne en Belgique. Je les aidais dans leurs démarches (inscriptions mutuelles, prêt hypothécaire, etc.) car là-bas, ils étaient totalement pris en charge par l’armée et n’étaient pas au courant des différentes démarches à effectuer. Cette fonction m’a sensibilisé à des questions plus sociales. 

Parallèlement à tout cela, depuis l’âge de 10 ou 12 ans, je m’intéresse à la technique (sono, régies de théâtre, concerts…). Je suis un régisseur autodidacte. Après le service militaire, je n’ai pas trouvé de boulot tout de suite mais j’ai fini par trouver un poste de régie et d’animation au centre culturel de Rochefort où je suis resté deux ans. Comme j’habitais à Bruxelles, j’en avais un peu marre de faire les navettes et donc je suis ensuite allé au centre culturel Jacques Franck en tant que régisseur pendant deux ans également. Ensuite, j’ai postulé à Braine-l’Alleud où j’ai été engagé en tant que responsable technique. A mon arrivée, tout était à faire. Il n’y avait pas de gestion, pas de régie, pas de matériel, pas vraiment de personnel…Il a donc fallu reprendre tout ça en main et en cinq ans, il est devenu le centre culturel le mieux équipé du Brabant wallon ! Lorsque l’animateur-directeur de l’époque est parti cinq ans plus tard, j’ai passé les examens pour devenir à mon tour animateur-directeur. J’ai occupé ce poste pendant 6 ans. J’ai ensuite relevé le défi de reprendre ce poste à Eghezée il y a deux ans. 

A côté de cette fonction, je fais également partie du Bureau d’Asspropro (Associations des programmateurs professionnels de la Communauté française) en tant que trésorier et je suis expert à la Communauté française dans la Commission interdisciplinaire des arts de la scène. C’est important d’avoir d’autres fonctions, de faire partie d’autres associations, pour décrocher un peu du centre culturel et prendre du recul.

 

Quelles sont les qualités requises selon vous pour exercer ce métier ?

De la volonté, de la diplomatie, être à l’écoute, pouvoir prendre de la distance, pouvoir générer un esprit d’équipe et pouvoir communiquer, autant en interne qu’en externe. 

 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait devenir animateur-directeur ?

Je lui conseillerais de faire du bénévolat ou des stages dans un centre culturel. Pour moi, c’est la meilleure façon de se familiariser et de s’imprégner de l’ambiance particulière de ce lieu. Il faut voir des spectacles et ne pas compter ses heures sans pour autant ne faire que ça! 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.