Bernard Bellefroid, Réalisateur

Interview réalisée en juillet 2010

Bernard Bellefroid a réalisé des documentaires et un long métrage "La Régate". 

Quelle formation avez-vous suivie?

J’ai fait des humanités générales classiques sans avoir choisi une option en lien avec le cinéma. D’ailleurs, je trouve que ce n’est pas une mauvaise chose car je pense qu’on ne peut pas maitriser un autre langage comme le langage audiovisuel sans d’abord maitriser le langage de l’écrit. Je trouve qu’il est important d’être bien formé en littérature, en culture «classique» avant tout. Ensuite je suis allé à l’IHECS pendant deux ans pour suivre le master en communication sociale appliquée puis je suis allé à l’INSAS en section réalisation.

Quel a été votre parcours professionnel à la sortie de l’INSAS?

A la sortie de l’INSAS, en tant que jeune réalisateur, c’était très difficile. J’avais des projets de fiction et de documentaire. J’aime les deux supports donc j’ai fait les deux! J’ai eu la chance de tomber sur des producteurs qui ont cru en ce projet de documentaire. Ensuite, j’ai encore fait un deuxième documentaire et puis j’ai enfin fait mon premier long métrage de fiction. 

Concrètement, en quoi consiste votre métier de réalisateur? Quelles sont les différentes étapes?

En documentaire, c’est un peu paradoxal puisque nous sommes souvent des employés d’une production. On fait le choix de ne pas être son propre producteur ce qui n’est pas une mauvaise chose quand on débute puisqu’on ne peut pas vraiment s’occuper de tout et bien! Il faut donc amener l’idée, convaincre un producteur etc. Après, il faut un tout petit peu de financement pour aller en repérage et écrire un genre de scénario qui reprend des indications sur les gens qu’on a rencontrés, le début et la fin du film, là où veut aller… Dans un documentaire, je pense que les intentions sont les plus importantes. A partir de là, le producteur va financer le film, chercher des subsides, contacter les télévisions, etc. Ça peut prendre beaucoup de temps. Pour la fiction, c’est pareil sauf au niveau du scénario qui est un scénario de fiction. C’est une unité dialoguée, avec des personnages, des dialogues. Après, commence le long chemin du financement comme pour le documentaire.

Où puisez-vous votre inspiration?

Moi j’ai commencé par faire des documentaires et je pense que ça m’a marqué puisque quand j’écris de la fiction, je commence par mener une grande enquête documentaire. Je rencontre beaucoup de gens, je me documente sur le sujet, etc. Ce n’est qu’après que je m’ «autorise» à écrire de la fiction. J’aime ne pas raconter n’importe quoi!

Ecrivez-vous toujours le scénario vous-même ou faites-vous appel à un scénariste?

J’écris toujours mes projets moi-même. Je ne travaille pas avec un scénariste parce que l’occasion ne s’est pas encore présentée mais je n’ai rien contre l’idée. C’est un métier très compliqué d’être scénariste. Ce n’est pas facile d’être «une mère porteuse », il faut accepter à un moment donné que le bébé – le film - lui échappe, qu’on lui arrache du ventre et que quelqu’un d’autre se l’approprie. Ce n’est pas toujours évident.

Comment choisissez-vous les acteurs/actrices?

En général, pour les comédiens les plus connus, on prend contact avec les agents et là débutent les implications dans la production car si on veut un comédien connu, il faut savoir qu’il coûte de l’argent mais s’il dit oui, le film se montera aussi plus vite! Cela suppose donc de longs échanges pour convaincre l’agent de pouvoir accéder à l’acteur. Pour mon premier long métrage («La Régate»), j’avais pris contact avec l’agent de Sergi Lopez et puis on s’est rencontrés. Pour l’autre rôle joué par un jeune comédien peu connu puisqu’il s’agissait de son premier long métrage, là par contre, j’ai fait un très très long casting.

Comment se passe un tournage?

En fiction, une fois qu’on a plus ou moins le budget, on a le feu vert de la production. On commence alors généralement par le casting et les repérages, seul ou avec de l’aide. Ensuite, pendant quelques mois, on prépare le tournage. Il y a les répétitions avec les comédiens, la mise au point finale du découpage, la façon dont on va filmer… On effectue également des visites techniques avec les techniciens cadres. On va, par exemple, voir tous les décors avec le chef opérateur, le chef décorateur, l’ingénieur du son, etc. pour que chacun puisse faire correctement son métier. Avant le début d’un tournage, la préparation est extrêmement importante. Pour le décorateur ou le costumier par exemple, la majorité de leur travail est déjà fait à ce moment là.

Intervenez-vous encore après le tournage, dans le travail de post-production?

Oui bien sûr puisqu’avec le producteur, nous sommes les seuls à suivre le film de A à Z. Après le tournage, il y a différentes étapes: Il y a le montage image qui doit satisfaire à tout le monde (producteurs, distributeurs…). Quand tout le monde est d’accord, on passe au montage son. On commence par changer les prises un peu rapides pour le dialogue, on ajoute des sons additionnels, on passe en studio pour enregistrer de la musique ou pour faire réenregistrer les voix qui ne nous plaisent pas ou parce qu’il y a eu un problème technique. Ensuite, il y a du montage et on se retrouve avec des quantités énormes de sons avec parfois 34 ou 35 sons différents en même temps! On passe après à l’étape du mixage lors de laquelle on transforme toutes les pistes en une seule bande son. Pour l’image, il y a ce que l’on appelle l’étalonnage. Avec le chef opérateur, on décide du tirage de la copie. C’est aussi le moment où on ajoute les trucages. Après, il ne reste plus que le générique! Disons qu’entre la préparation et la copie, il y a environ 12 mois.

Pourquoi avez-vous eu envie de travailler dans le milieu du cinéma? Qu’est-ce qui vous a attiré?

J’étais plus attiré par le cinéma que par le milieu en lui-même. J’aime comprendre, aller vers les autres, partager… Au début, je voulais plutôt me diriger vers le journalisme et puis je me suis rendu compte que les cinéastes documentaires faisaient du travail de journaliste. Et puis, adolescent, je m’occupais beaucoup de théâtre amateur. 

Quels sont les points positifs et négatifs de votre métier?

Il arrive que les financements soient longs à trouver, que certains films ne se financent pas et donc, il faut un moral d’acier, une foi à toute épreuve par rapport à ces financements. Il ne faut alors pas se décourager, avoir confiance en son travail. C’est parfois difficile de rester dans un état de désir permanent pendant longtemps quand ce désir dépend des autres. Mais une fois que le film se tourne, que les choses sont concrètes et qu’on voit le résultat de son travail, ça c’est formidable. Dans le cinéma, il y a aussi toujours des contraintes: par rapport aux autres, aux comédiens mais surtout à l’argent. Parfois, il faut faire des choix au niveau de l’argent qu’on décide d’injecter dans tel ou tel aspect du film (le montage, choisir des comédiens plus connus, etc.) et ce choix aura des conséquences d’un point de vue artistique. C’est un art très lié à l’argent…

D’après vous, quelles sont les qualités qu’il faut posséder si l’on veut travailler dans ce domaine?

Je pense qu’il faut être un peu chef de chantier. Il faut pouvoir gérer une équipe de 40, 50 personnes avec des personnalités, des univers, des registres différents. Quand on tourne et qu’on visionne les rushs le soir, chacun regarde ce qui l’intéresse: les comédiens ne regardent que leur tête, le chef opérateur regarde sa lumière, l’ingénieur du son n’écoute que le son, etc. Le metteur en scène, lui, doit regarder tout en même temps! Il faut donc réussir à faire travailler des gens différents ensemble. Le cinéma c’est un art du compromis! Il faut aussi pouvoir réagir aux problèmes, aux imprévus qui surviennent tout le temps sur un tournage. Ça s’apprend avec l’expérience.

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui a envie de se lancer dans le milieu?

Je dirais qu’il faut être conscient que le cinéma, c’est un sport de combat collectif. C’est un sport d’équipe. Il ne faut pas se décourager car ça peut être très long avant de monter son premier film. Ce n’est pas non plus un milieu très généreux donc il faut s’accrocher et rester serein. A force de détermination et de foi, ça finira tôt ou tard par payer. Enfin, je trouve que la personnalité de l‘artiste doit être moins intéressante que l’oeuvre d’art donc, il faut croire plus en son travail qu’en sa personne.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.