Bernard Broze, Administrateur délégué

Interview réalisée en mai 2009

En tant que fédération professionnelle, Essenscia représente et défend les intérêts en Belgique de quelque 800 entreprises actives dans le domaine de la chimie et des sciences de la vie. Rencontre avec Bernard Broze, administrateur délégué d’Essenscia Wallonie et Essenscia Bruxelles.

Qu’est-ce qui fait la plus value du secteur de la chimie et des sciences de la vie en Wallonie ?

Le secteur de la chimie et des sciences de la vie est le second secteur manufacturier en Région wallonne. C’est un secteur de haute technologie en pleine croissance. Son chiffre d’affaires a augmenté de 5% par an sur les 10 dernières années et l’emploi de 2% par an sur la même période, et ce principalement dans le sous-secteur de la pharmacie. Les produits manufacturés, c’est-à-dire issus de la transformation de matières premières dans les usines du secteur, contribuent au bien-être de la population en termes de nourriture, protection de l’environnement, santé, énergie, mobilité…

Avez-vous l’impression que le secteur de la chimie et des sciences de la vie est méconnu, voire mal perçu par le grand public ?

En ce qui concerne les sciences de la vie, la réputation est très bonne car le public connaît les produits qui contribuent à l’amélioration de la santé. Par contre, pour ce qui est de la chimie, il est vrai qu’elle est assez mal connue. Les produits ont des noms compliqués et on ne connaît pas leur destination. Or, les produits manufacturés ont une utilisation indispensable dans d’autres secteurs en aval. Les avantages liés à ces produits sont bien plus importants que les inconvénients, même si ces derniers sont souvent perçus de manière amplifiée. Ainsi, la représentation qu’on se fait de la chimie n’est pas très concrète. C’est la chimie de base qui a contribué à faire l’image de la chimie mais on ne réalise pas que celle-ci comprend aussi la parachimie c’est-à-dire des produits comme les détergents, les cosmétiques, les peintures, les encres, les colles… en plus de la pharmacie et de la transformation de matières plastiques et du caoutchouc. La chimie de base produit en fait les matières premières des autres sous-secteurs pour la fabrication des produits à destination du grand public ou d’autre secteurs industriels (métallurgie, construction, agriculture, alimentation, papier, textile...).

Quels métiers du secteur souffrent actuellement de pénurie de main-d’œuvre ? Pour quelle raison ?

On a un besoin grandissant de scientifiques, de techniciens et d’ingénieurs. Or, il est actuellement de plus en plus difficile de trouver ces profils sur le marché de l’emploi. La raison est que la demande est importante vu que, d’une part, le secteur est en plein développement et, d’autre part, on doit faire face aux retraites des papy-boomers, qui avaient commencé leur carrière dans les années ’70. On estime aujourd’hui que la demande en diplômés de l’enseignement supérieur en chimie se chiffre à 400 personnes par an, qu’il s’agisse de scientifiques (masters en chimie), de techniciens (bacheliers en chimie) ou d’ingénieurs. Ceci dit, il faut aussi signaler que 50 % du personnel travaillant dans le secteur de la chimie et des sciences de la vie n’est ni scientifique ni chimiste. Il y a donc également des besoins de personnel en matière de comptables, de juristes, de financiers ou encore de secrétaires de direction.

Certains métiers risquent-ils de disparaître en raison d’une plus grande automatisation des tâches ?

Cette automatisation n’est pas récente. Cela existait déjà dans les années ’70 lorsque j’ai démarré ma carrière et, dans les années ’80, les systèmes de contrôle-commande ont été généralisés. Le besoin de personnes mieux formées pour suivre le processus de fabrication à l’aide de ces système de contrôle-commande s’est fait sentir ainsi que pour la maintenance de ceux-ci. Ces métiers de maintenance sont en fait transversaux à plusieurs secteurs industriels.

Au-delà de la crise économique actuelle, quelles sont les perspectives de développement du secteur dans les dix ou quinze prochaines années ?

Celui-ci s’effectuera dans la haute technologie, c’est-à-dire les techniques liées à la connaissance et à l’innovation. Ainsi, les perspectives de développement sont excellentes pour la biochimie, la chimie fine et la pharmacie mais elles sont moindres pour la chimie traditionnelle. Enfin, la chimie verte va probablement se développer dans les 25 prochaines années avec l’utilisation de matières végétales comme matières premières.

Quelles sont les qualités (savoir-faire/savoir-être) qui font la différence lorsqu’on recrute un candidat dans une entreprise du secteur chimie et sciences de la vie ?

Il y a trois types d’exigences vis-à-vis d’un candidat : le diplôme, les connaissances supplémentaires et les soft skills (savoir-être). Le diplôme en soi n’est pas suffisant. D’autres qualités seront nécessaires pour évoluer dans les entreprises. Les connaissances supplémentaires, ce sont principalement les langues étrangères (anglais…), des notions d’économie et finances… Enfin, parmi les soft skills nécessaires, on peut mentionner la capacité à travailler en équipe, la communication, la volonté de travailler, l’autonomie, la mobilité et le respect des règles de sécurité.

A l’opposé, quelles sont les carences constatées le plus fréquemment chez les candidats ?

Les difficultés de recrutement se situent principalement au niveau des soft skills que je viens de citer mais il y a également des carences dans la connaissance des langues, et plus particulièrement l’anglais. Quant au néerlandais, il est surtout nécessaire dans les services technico-commerciaux ainsi que dans les sièges centraux des sociétés à Bruxelles.

Qu’est-ce que vous auriez envie de dire à un jeune qui se demanderait pourquoi faire des études en chimie ?

Ce sont des études passionnantes, qui touchent aux fondements de la matière et à la façon de fabriquer les produits. En termes d’implantation en Région wallonne, c’est le 2e secteur le plus important. Par conséquent, les études ne débouchent pas sur un seul emploi, elles ouvrent de multiples perspectives. En outre, le secteur est assez varié et les cadres d’entreprise sont amenés à effectuer des tâches fort diversifiées au cours de leur carrière, et ce d’autant plus que les entreprises ne sont pas du tout statiques et que de nouvelles productions voient constamment le jour. De plus, les salaires sont intéressants. Enfin, c’est un secteur très ouvert sur le monde extérieur. La majeure partie du marché s’effectue à l’étranger et il y a donc de réelles possibilités de faire carrière en dehors de nos frontières.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.