Bernard Dehertog, Cyber worker

Parce que l'Internet c'est avant tout de la communication, une grande part des sociétés qui évoluent dans le secteur multimédia sont des sociétés de communication (publicité/marketing) ayant intégré les nouvelles technologies afin d'étoffer leur offre et de satisfaire leurs clients.
Constituée d'une douzaine de personnes, Cyberwork est une société de communication qui développe des outils Internet et Intranet pour ses clients. Elle a notamment réalisé le site Web du Delhaize (enregistrement du nom, hébergement et réalisation technique) mais aussi son site de e-commerce, Caddy Home. Rencontre avec Bernard Dehertog, fondateur et administrateur de Cyberwork, par ailleurs membre de l'IAB (Internet Advertising Bureau), association ayant pour vocation de clarifier et de promouvoir le secteur du multimédia.
www.cyberwork.be

Pourriez-vous me présenter brièvement Cyberwork ?

Cyberwork est une entreprise de services Internet qui fournit de la réflexion communicationnelle en analyse de projet et assure le développement, tant informatique qu'Internet (Web et intranet).

L'équipe est constituée de 4 personnes à l'informatique, 4 personnes pour le webdesign et pour les procédures de production, puis 4 personnes pour le suivi commercial et administratif.

Nous avons une double orientation, communication et technique, parce que communiquer sans base technique ne mène pas très loin. Nous avons donc intégré une équipe informatique en interne afin de répondre au plus grand nombre de demandes, à condition qu'elles reposent sur des technologies que nous connaissons. Nous nous chargeons de tout ce qui peut créer un dialogue avec le site (outils de mailings, bases de données) et de la mise à jour automatique du site par rapport aux bases de données internes de l'entreprise, ce qui est rare parce que le site a encore trop souvent une existence autonome. A part quelques structures importantes, peu de sociétés misent sur une intégration intelligente : dans les PME, il y a souvent 2 entités différentes (l'informatique et un site). Il y a beaucoup de travail à ce niveau et c'est vers cet aspect service que nous nous orientons : créer une interaction, la maintenir et aider le client à la gérer.

Comment se déroule un projet, depuis la demande du client jusqu'à la réalisation finale ?

Après la phase de prospection de clients, nous proposons une offre en fonction des besoins du client. Cette offre est généralement rediscutée et retravaillée. Sur cette base, 3 personnes interviennent en priorité afin de structurer la proposition : un account, un responsable informatique et un graphiste. Celui-ci fait en sorte que la proposition colle à la demande du client et à sa communication globale. Après validation du client, nous pouvons commencer le développement tant informatique (base de données, etc.) que Web.

Caddy Home est un projet intéressant en terme de communication parce qu'il évolue en permanence, ce qui n'est pas toujours le cas (certains clients se contentent uniquement de la maintenance de leur site). Un site de e-commerce ne peut fonctionner que s'il repose sur de bonnes fonctions techniques (interfaçage, transfert des commandes, etc.) et si celles-ci ne sont pas bonnes dès le départ, ce n'est même pas la peine de faire de la communication.

D'après vous, quelle place le secteur multimédia occupe-t-il actuellement sur le marché de l'emploi en Belgique, et quelles sont ses perspectives d'avenir pour les 10 prochaines années ?

La proportion est très faible sur l'ensemble du marché. Par contre, c'est un secteur dynamique, innovateur et porteur. Le multimédia offre des opportunités d'emploi mais il prend une place qui était affectée auparavant à d'autres supports de communication (presse, prépresse, imprimé) où de nombreuses tâches se sont simplifiées et automatisées. Il y a donc eu un glissement vers le multimédia  qui n'est jamais qu'un média de plus.

Pour ce qui est des perspectives d'avenir, le multimédia prendra de plus en plus d'importance dans le secteur de la communication en général, sans pour autant lui donner de l'ampleur : les entreprises décident d'affecter x pour cent de leur chiffre d'affaire à la communication et à la publicité, le multimédia en fait partie, ce qui ne signifie pas qu'il va créer un volume supplémentaire de business en Belgique. Le budget global en communication ne va pas augmenter dans les entreprises mais la répartition sera différente : une partie sera de plus en plus affectée au multimédia. Ce marché est assez local et les possibilités d'exportation sont plutôt à envisager du côté des nouvelles technologies. A terme, ce marché-là créera des entreprises importantes qui engendreront vraiment un supplément de chiffre d'affaires dans le pays. Je fais le distinguo entre multimédia et nouvelles technologies parce que je considère le multimédia comme un moyen de communication (CD-Roms, sites Internet, etc.) mais je ne pense pas forcément à toutes les techniques d'interaction(reconnaissance vocale, cartes à puces, etc.) qui relèvent davantage de l'informatique et donc du secteur technologique. Les nouvelles technologies constituent une nouvelle industrie mais que je n'appellerais pas personnellement multimédia.

S'il fallait établir une typologie des entreprises qui évoluent dans le multimédia, il semble que l'on puisse dégager 2 grandes catégories : primo, les acteurs du marché qui construisent l'offre (fournisseurs d'accès, constructeurs informatiques, etc.). Secundo, les sociétés qui étoffent leur offre grâce aux nouvelles technologies avec, d'une part, des sociétés de communication au sens large (publicité, audiovisuel, édition, etc.) versées dans le multimédia, et d'autre part, des entreprises issues des secteurs traditionnels. Est-ce exact ?

Cette classification me semble correcte. Il y a effectivement d'une part ceux qui créent le produit et puis ceux qui l'utilisent, l'intègrent, le vendent. J'entends par là, qui le vendent à d'autres, et de ce côté-là, il y a un grand travail communicationnel à fournir afin convaincre ceux qui doivent l'intégrer dans leurs procédures (banques, etc.), tant pour les agences de communication que pour des sociétés de consultance, comme Accenture, qui s'orientent de plus en plus vers du conseil en e-management. Il est clair que toutes les entreprises vont évoluer vers le multimédia. Il ne s'agira pas forcément de nouveau travail mais d'une réorientation, comme ce fut le cas il y a 20 ans : il y a eu moins de postes d'encodeurs ou de secrétaires et plus d'informaticiens. L'évolution va se faire dans ce sens. Il y aura moins de personnes attachées à des services physiques et plus de personnes attachées au suivi de tout ce qui est technique multimédia, pour automatiser un maximum de procédures avec le client.

Mais lorsqu'on parle de sociétés spécialisées en multimédia, de quoi s'agit-il au juste ?

C'est vague. C'est comme lorsqu'on parle des «nouveaux métiers» liés au multimédia, ces intitulés ne veulent rien dire. Il suffit simplement de consulter le Top 100 des webdesigners en Belgique pour s'apercevoir qu'il n'y a aucun rapport entre les uns et les autres : certains ne travaillent que pour l'administration avec des travaux essentiellement Intranet, d'autres travaillent dans la communication avec beaucoup d'aspect image, graphisme,... Le multimédia est un terme vague. Si l'on parle de webmaster, c'est encore plus flou. On trouve à ce poste des personnes avec des compétences très diverses. Certains webmasters ne touchent pas une ligne de code et ne s'occupent pas du site en tant que tel mais doivent savoir ce qui doit être publié de semaine en semaine et assurer la coordination pour que le site ait une cohérence. Un des objectifs de l'IAB est précisément de définir les fonctions, les profils, etc. de ce jeune secteur.

Quels sont les profils les plus représentatifs du multimédia ?

Des graphistes qui se sont intéressés très tôt à tout ce qui est infographie, que ce soit à partir du prépresse ou directement vers l'Internet. Ensuite, des commerciaux et des informaticiens. Ces derniers sont plus isolés, en tout cas dans les grandes structures : puisqu'on leur demande des choses très précises, ils ne sont pas forcément intégrés dans l'ensemble du projet.

Actuellement, les personnes sur le marché sont-elles autodidactes?

Il y en a, mais il y a aussi des informaticiens ou des graphistes possédant une excellente formation de base, qui ont découvert les possibilités de l’Internet et du multimédia et qui les exploitent à fond. Ces profils sont très compétents puisqu’ils ont les acquis nécessaires, mais la formation seule ne suffit pas : il faut être passionné, se documenter et continuer à apprendre en permanence. La passion prime sur les lacunes de formation.

La spécialisation n’est-elle pas aussi un atout important ?

Oui, dans de très grosses structures où l’on trouve des spécialistes Java, ASP (Active Server Pages) ou en bases de données, etc. Mais ce type de structures ne représente pas une part importante du marché en Belgique. La majorité des gens qui travaillent dans le multimédia opèrent soit dans de petites structures, soit au sein d’entreprises qui ne peuvent avoir des spécialistes dans chaque domaine et où 1 ou 2 personnes (un graphiste et un informaticien) constituent un mini département.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait se lancer dans le multimédia ?

S’il connaît un peu le secteur sans être passionné, qu’il fasse autre chose. S’il ne connaît pas le secteur, qu’il apprenne d’abord à le découvrir et s’il le connaît un peu et souhaite aller plus loin, qu’il y aille à fond. Si on est passionné, on fait du bon travail, si on ne l’est pas, on ne fait pas long feu. Il ne faut pas s’imaginer faire carrière dans le multimédia parce que c’est porteur ou rémunérateur. A ce propos, l’IAB s’interroge sur certaines formations un peu bidons, de courte durée, adressées à des demandeurs d’emploi. Peut-être ces formations permettent-elles de trouver du travail parce que le secteur est en demande, mais sans connaissances de base (graphisme, communication, etc.) et sans motivation profonde, ce ne sera pas porteur à terme. Soit ces personnes se décourageront rapidement, soit elles seront éjectées parce qu’il y aura des personnes plus compétentes sur le marché.

Que pensez-vous des stages ?

Ils sont efficaces lorsqu’ils sont suffisamment longs (quelques mois) et structurés. Ici, nous avons renoncé aux stages de 3 semaines : les étudiants n’apprennent rien et pour nous, c’est une perte de temps. Le stage doit permettre de pouvoir se positionner par rapport à l’entreprise, de savoir ce qu’on veut et ce qu’on est prêt à donner, ce qui ne s’apprend pas en 3 semaines.

Auriez-vous une anecdote à raconter ?

Ce métier est fait d’anecdotes et elles découlent principalement du fait que les réalisations ne sont pas produites physiquement. Les clients n’ont parfois pas la notion de ce qu’il y a à faire. Ça touche souvent aux délais. Quand il s’agit de prépresse et de presse, tout le monde comprend qu’il y ait un délai, tandis que notre secteur paraît facile et donne l’impression que tout peut se faire immédiatement.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.