Bernard Delville,
Concepteur de projet éolien

Interview réalisée en janvier 2008

M. Bernard DELVILLE est concepteur de projet éolien - Entreprise Novastar

Depuis combien de temps exercez-vous la profession de concepteur de projet éolien ?

Je travaille dans les énergies renouvelables depuis 1976. Concrètement, j’ai commencé le métier de concepteur en 2001 par un petit projet, mais je suis dans l’éolien depuis plus de 20 ans. Depuis 2 ans, cela nous prend tout notre temps à mon collègue et à moi, cela s’est donc bien développé.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Concepteur d’éolien c’est arriver à monter un projet sous tous ses aspects : légal, urbanistique, technique, environnemental… L’objectif est d’arriver à un permis de bâtir et d’exploitation du site. J’exerce un travail avec beaucoup d’activités différentes et il faut tout gérer en même temps et mettre les priorités là où il le faut. On est soit interpellé par un groupe ou une commune, soit nous faisons nous-mêmes les recherches pour trouver des sites où on peut installer des éoliennes. Il y a là tout un travail de cartographie, mesure de distances… Une fois qu’on a trouvé un bon site, on fait passer une série au crible pour voir si ce projet tient la route : par exemple, « est-on proche d’habitations ? », voir le propriétaire, voir les communes, le réseau possible, la longueur des raccordements, les oiseaux… Il faut étudier tout cela avant de lancer le projet pour éviter de perdre de l’argent inutilement. Ensuite, il faut
préparer et organiser la consultation populaire. Et, enfin, on réalise les études d’incidences et de faisabilité.

Une fois qu’on a le permis, certaines sociétés s’arrêtent là et cherchent à vendre le permis et le site. Cependant, il est possible d’agir autrement et de promouvoir un projet et de l’exploiter. On devient ainsi promoteur-exploitant de parc éolien, ce qui est mon cas. Il faut faire un appel d’offres, comparer les offres, discuter et négocier avec les fabricants et les corps de métiers, discuter avec les communes et ensuite suivre la construction du parc éolien. Il faut commander les machines, les outils et les matériaux, organiser le chantier et les livraisons, être présent pour chacune des grosses étapes, vérifier et contrôler qu’il n’y ait pas d’erreur… Une fois que le parc est construit, on l’exploite. Et le boulot d’exploitant est très léger car la maintenance est assurée par le fabricant, il faut donc juste relever les compteurs. Je gère une production dans laquelle il n’y apas d’ouvriers, pas de matières premières…

Quelles sont, à votre avis, les qualités personnelles attendues dans ce domaine professionnel ?

De la ténacité ! Il faut également évoluer car le secteur évolue très vite. De plus, la législation change petit à petit. Il est important d’avoir de la souplesse, de s’adapter aux changements. L’expertise du domaine est importante, mais elle s’acquiert. On doit aussi aimer les contacts et avoir une bonne dose decuriosité

Quels sont, à votre avis, les avantages et les inconvénients de ce type d’activité ?

Le principal avantage est le sentiment d’être en totale concordance avec mes valeurs. Je ne déprime pas car j’ai donné un sens à ma vie professionnelle. C’est une motivation et un challenge permanents. Ça peut paraître ringard, mais je me bats pour un monde meilleur. On a des groupes très forts contre nous, c’est un véritable combat au quotidien mais ça donne du punch ! L’inconvénient principal, ce serait le temps que cela me prend ! Mais c’est aussi parce que je le veux bien ! Nous sommes de plus en plus visibles et de plus en plus sollicités et, si je veux être cohérent avec mes idées, je dois participer pour expliquer et défendre mes positions. Autre petit inconvénient : se battre est très motivant mais, parfois, c’est usant !

Quel est l’horaire de travail ?

Il n’y en a pas… en tout cas, personnellement. Je suis à 180/190 heures par mois. Dans ces heures, il y a le travail au bureau, sur le terrain, les réunions, les colloques, les évènements… Je n’ai pas beaucoup de vacances, ni beaucoup de détente. Mais comme j’exerce un boulot / passion / conviction, je ne le ressens pas si fort !

Comment décririez-vous le milieu de travail ?

Je travaille tant sur le terrain (pour les relevés, les analyses, le suivi du chantier…) que dans mon bureau (pour les rapports, les contacts, l’organisation et la gestion du chantier…). J’ai de nombreux contacts avec des privés et avec le politique. Je travaille également avec l’associatif (les ONG par exemple). Nous ne suivons aucune couleur politique, nous sommes neutres, avec nos propresobjectifs.

Quelles études/formations avez-vous faites pour accéder à cette profession ?

J’ai une formation d’ingénieur civil des mines, c’est une formation assez généraliste. A côté de ça, j’ai une âme d’artiste, cela fait donc une bonne combinaison. Et puis, je me suis beaucoup formé sur le terrain ! Et également grâce auxrencontres et aux discussions.

Quelles sont les différentes carrières auxquelles les porteurs de votre diplôme peuvent accéder ? Quelles sont les perspectives d’avenir ?

Si, comme prévu, on envisage d’augmenter le nombre d’éoliennes à 750 en territoire wallon, les perspectives d’avenir sont belles et ce, pour tous les métiers et toutes les compétences, dans la conception, la construction, la technique ou la maintenance. Ce sont des nouveaux métiers et je ne pense pas qu’onait déjà soulevé tout ce qu’on pourrait développer avec le courant éolien.

Si c’était à refaire, choisiriez-vous la même profession ? Pourquoi ?

OUI ! J’ai un long parcours, je ferais le même, mais en mieux car, avec tout ce que je sais maintenant, j’irais beaucoup plus vite et je ferais encore plus dechoses. Mais pour rien au monde, je ne changerais mon cheval de bataille !

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

C’est un métier assez amusant. Il faut foncer dans ce secteur tant qu’on est jeune et qu’on aime bouger ! Il faut également de la disponibilité, on oublie la pointeuse ! Il est important d’être flexible dans les horaires. On ne commence pas tout de suite en haut de l’échelle mais, pour pouvoir y arriver, il faut passer par tous les échelons pour savoir de quoi on parle. Il faut également développer toutes les facettes du métier : le bureau, le terrain, les contacts... J’ajouterais qu’il faut anticiper, être proactif, comme dans tous les métiers. Pour finir, jedirais qu’il faut être motivé, il faut vivre son métier à fond !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.