Bernard Gahide, Comédien

Interview réalisée en juillet 2008

Quel est votre parcours scolaire ? 

Après avoir fini mes secondaires (en math-sciences!), j'ai sous la pression de mes parents suivi des cours d'ingénieur à l'ISIB (Institut supérieur industriel de Bruxelles). Mais j'ai très vite laissé tombre ces études pour travailler (comme ouvrier jardinier, livreur de plats chinois,etc.) afin de mettre de l'argent de côté pour payer mes études théâtrales (au grand dépit de mes parents!). J'ai ensuite fait un an à l'IAD avant d'être remercié. Après quelques cours préparatoires, j'ai ensuite réussi l'examen d'entrée au Conservatoire. J'y ai remporté un premier prix en Art dramatique et un prix supérieur avec la plus grande distinction en Déclamation. Depuis ma sortie, je n'ai pas cessé de travailler. 

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le métier de comédien ? Pourquoi avoir choisi cette voie ? 

Je n’avais jamais suivi de cours de théâtre avant de rentrer à l’IAD mais j’étais contaminé du par le virus de la lecture. J’adorais lire, tous genres confondus : roman, poésie, théâtre,… Et je voulais communiquer ces histoires aux autres, je voulais leur apporter du rêve, les sortir de leurs vies mais aussi les faire réfléchir, les faire bouger en leur apportant toutes ces images. J’avais en moi cette soif d’être le passeur, le narrateur. C’est ça qui m’a poussé à faire ce métier. 

Racontez-nous en quelques mots votre parcours professionnel… 

En deuxième année de conservatoire, j’ai suivi un stage au sein de la troupe « Théâtre en Liberté ». Son ‘animateur’ Daniel Scahaise m’a ensuite proposé de continuer l’aventure avec eux et à ma sortie de conservatoire j’ai été intégré au sein de la troupe. Cela ne m’a pas empêché de jouer à la Comédie Claude Voltaire, à l’Ixelles Théâtre, au Théâtre Royal de Namur,… ainsi que de monter des projets personnels à la Samaritaine à Bruxelles, au Botanique, etc. 

Quelles sont les difficultés rencontrées lorsque l’on est comédien ou aspirant comédien ? 

La principale difficulté est de se créer un réseau de contacts et de relations afin de trouver du travail ou d´être au courant des auditions et castings. Plus on évolue dans ce métier plus on élargit ce réseau et la recherche de travail se facilite. 

En quoi consiste votre travail ? Une journée type ? 

Aucune journée n’est semblable et chacune dépend du type de travail du moment. Si on effectue beaucoup de doublages par exemple, on travaille avec un horaire fort semblable à celui du bureau, genre deux services de 9 à 12h et de 13 à 18h. Si on répète pour le théâtre cela se fait généralement l’après-midi et le soir, parfois cela se prolonge tard, tout dépend du metteur en scène. On peut aussi travailler en animation avec des horaires variables proches de ceux des indépendants. Parfois on cumule les trois, on double le matin, répète l’après-midi et joue une autre pièce le soir ! Il est donc clair que l’horaire est toujours variable et demande une grande disponibilité. On travaille le soir, la nuit, le matin, les jours fériés, le 31 décembre, à la Noël, le 1er mai… Bref quand les autres sont en vacances ou veulent se détendre c’est là que commence notre travail. Et pas question d’être malade non plus ! On ne va pas annuler le spectacle et renvoyer 250 personnes à la maison pour un rhume ou une gastro ! 

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ? Le moins ? 

J’aime le contact avec le public et surtout cette reconnaissance immédiate lorsque les spectateurs viennent vous poser des questions, preuve que vous avez réussi à provoquer quelque chose en eux. Avec le temps je dois dire que cette flexibilité quasi-totale des horaires est difficile à concilier avec une vie de famille équilibrée (j’ai deux petits enfants !). 

Pensez-vous que ce métier évolue ? 

Ce métier évolue en fonction des personnes qui le pratiquent. C’est un art vivant. A chaque niveau, tout nouveau comédien, metteur en scène, scénographe, régisseur,… va y apporter sa touche personnelle en fonction de son parcours de vie, de ses émotions, de ses envies. Et même si les postes haut placés sont occupés par les mêmes personnes depuis longtemps, celles-ci finiront par céder la place à d’autres issus de leur enseignement qui iront plus loin ou créeront différemment. 

Selon vous, quelles sont les qualités nécessaires pour devenir comédien ? 

Pour devenir comédien il faut avoir 5% de talent, 20% de chance pour faire les bonnes rencontres et surtout 75% de travail. Il faut aussi posséder patience et humilité. Il ne faut pas se voir immédiatement en haut de l’affiche, cela arrive mais c’est très rare. La plupart du temps il faut pratiquer un travail de fourmi, ne pas dénigrer les petits rôles pour se créer des contacts et découvrir comment fonctionne le métier. Ne pas se brûler les ailes comme Icare mais plutôt comme Cyrano « ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !  

Est-ce difficile de vivre de ce métier ? 

Avec du courage et de la volonté il n’est pas plus difficile de vivre de ce métier que d’un autre. Rester à côté de son téléphone à attendre qu’on vous appelle n’est pas une solution que ce soit pour un ingénieur ou un acteur. Il faut aller de l’avant, bouger, chercher, comme pour tous les métiers, et le cas échéant se créer son propre travail en montant ses projets. La seule différence est que cette recherche se fait constamment. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut se lancer ? 

Si on le veut vraiment on peut toujours y arriver, avec courage, détermination et humilité. Il ne faut pas hésiter et y aller. C’est quand on est jeune qu’on peut essayer, se tromper et recommencer. Cela devient plus difficile avec les années. Allez voir des spectacles, suivez des cours, rencontrez des personnes du métier, montez vos propres projets, foncez !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.