Bertil Durieux, Déménageur

Interview réalisée en février 2019

Pouvez-vous nous présenter brièvement votre entreprise de déménagement ? 

La Maison Genné, forte de plusieurs dizaines d’années d’expérience, assure le déménagement de particuliers en Belgique, en Europe ou à l’international. Notre entreprise est également spécialisée dans les déménagements industriels de sociétés et d’usines ou de bureaux. Nous avons aussi un service de garde-meubles en Belgique. Seize déménageurs composent notre équipe. Notre flotte est composée de cinq camionnettes, deux remorques et un semi-remorque.  

Quel est le matériel utilisé par les déménageurs ?  

Tout dépend du type de déménagement à effectuer. Pour les déménagements d’entreprises et/ou de bureaux, nous privilégions l’usage de bacs en plastiques solides et empilables plus grands que les cartons classiques car ils permettent une manutention plus rapide. Bien souvent, il s’agit en effet à 85% de documents. 

Pour les déménagements domestiques et européens, il y a une dizaine de cartons différents, avec usage spécifique comme, entre autres, des cartons pour les verres, les assiettes, les livres, la literie, les vêtements sur cintres, les bouteilles, les abat-jours, etc. 

En matière d’élévateur extérieur, il faut distinguer deux types : les élévateurs qui doivent être tractés et ceux qui sont montés sur un véhicule. Ceux qui sont tractés sont plus légers, immatriculés comme une remorque (taxes moindres). Par contre, selon le poids, il faut souvent un chauffeur C+E[1] et, pour son utilisation, un minimum de deux personnes est requis. A contrario, le lift qui est monté sur un véhicule roulant peut être manipulé par le chauffeur seul. Il offre plus de mobilité, est immatriculé comme une camionnette ou un véhicule (taxes plus élevées) et, dans la plupart des cas, un permis B est suffisant.

Il existe également des lifts  électriques appelés « GEDA » ou « TOPLIFT » qui se montent comme une échelle en aluminium et qui sont parfaits pour des immeubles à un ou deux étages dans des endroits ou un élévateur normal n’a pas accès (cour intérieure, au fond d’un jardin, entrée d’immeuble inaccessible, etc.). La tendance actuelle propose de plus en plus d’élévateurs (tractables ou pas) avec moteurs électriques.

D’autres outils sont également disponibles comme le « PALBAC » : un transpalette manuel qui permet de manipuler (souvent dans les déménagements de bureaux) des armoires remplies, il y a des diables électriques à trois roues qui peuvent descendre et monter des escaliers avec une lourde charge, etc. 

Ce matériel a-t-il beaucoup évolué au fil des ans ? 

Nous avons connu naguère les caisses en bois, la paille, les charrettes à bras et celles tirées par des chevaux. Les véhicules à moteur et le carton ondulé ont drastiquement changé les choses en matière de protection et d’emballage, sans compter le fameux plastique à bulles (qui aujourd’hui est à éviter car difficilement recyclable). Et pour le futur, je prévois des caisses en matière légère et solide, pliable et réutilisable. 

Il faut savoir que le déménagement est une toute petite partie du secteur du transport. Les activités connexes sont les services de garde-meubles, d’emballage d’œuvres d’art, les formalités de douane pour l’import-export, la caisserie en bois pour des protections de tableaux ou de dessus de table en verre ou en marbre, etc. 

Faut-il être « grand et costaud » pour être déménageur ? 

Pas nécessairement mais, bien sûr, cela reste un travail physique. Si les outils ont évolués, le bon déménageur sera avant tout courageux, prudent et attentif aux effets personnels de ses clients. Il faut savoir que la profession est en manque cruel de main-d’œuvre depuis plusieurs années. D’ailleurs, afin de motiver les recrues, la Chambre Belge des Déménageurs, en partenariat avec « Ambassador », organise des formations dans des écoles et en entreprise. Etre un bon déménageur, c’est savoir porter, charger, démonter et remonter le mobilier. Nous aimerions attirer plus de détenteurs de permis C-C+E mais, dans notre profession, il n’est pas rare qu’il n’y ait que 15 km à faire dans son camion sur une journée de travail. Or, beaucoup de prétendants au métier rêvent de faire 700 km par jour… C’est une des raisons qui explique la pénurie, selon moi. 

Comment attirer les jeunes vers cette profession ? 

Je ne pense pas qu’il faille jouer uniquement sur l’aspect physique de la profession. Chaque journée de travail est différente de la veille de par les tâches à effectuer, les objets à déménager et surtout la rencontre avec les gens dans un moment important pour eux. A ce sujet, une étude a révélé que le déménagement est classé comme deuxième cause de stress après le décès d’un proche ! C’est donc un métier qui demande de l’empathie et de la compréhension envers les clients.

Est-ce un métier que l’on peut exercer toute sa vie ? 

Aujourd’hui, je pense que oui. Les efforts physiques sont moindres grâce au matériel que l’on utilise désormais, comme les élévateurs extérieurs. 

Est-ce aussi un métier féminin ? 

A ma connaissance, il n’y a pas de « déménageuse », mais dans la profession, il y a beaucoup de femmes qui gèrent la vente, la gestion du personnel, la gestion des dossiers. La touche féminine est  primordiale dans le contact avec les clients qui sont amenés à déménager d’un bout à l’autre de la rue ou du monde.

Conseilleriez-vous à un jeune de se former d’abord ou le métier s’apprend-il sur le tas ? 

Pour moi, les deux seront nécessaires et indissociables ! 

Il existe bon nombre de sociétés de déménagement sur le marché. A quoi les particuliers doivent-ils être attentifs lorsqu’ils font appel à une société de déménagement ? 

Idéalement, il faut vérifier que le déménageur est bien membre de la Chambre Belge des Déménageurs, une information que l’on peut obtenir sur son site internet. Ensuite, il faut s’assurer que la société envoie un délégué voir le contenu à déménager, vérifier les accès, les valeurs et, pour les déménagements internationaux, expliquer les différentes démarches qui devront être engagées.


[1] Le titulaire d'un permis de conduire C+E peut conduire un ensemble composé d'un véhicule tracteur de la catégorie C et d'une remorque ou semi-remorque dont la masse maximale autorisée excède 750 kg.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.