Binet, Horticulteurs et maraîchers

Interview réalisée en avril 2011

Monsieur et Madame Binet sont horticulteurs maraîchers à la ferme du Vallon depuis 20 ans.

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Pour alimenter la vente directe de notre magasin, géré par mon épouse, je vais chaque matin récolter les fruits et les légumes mûrs. Ils sont ensuite triés et placés en chambre froide jusqu’à ce que le magasin ouvre. Je prépare et je livre également les commandes des clients. Pour assurer une production de légumes et de fruits toute l’année, je prévois un planning de plantations et de récolte, je poursuis une rotation afin de ne pas planter chaque année le même légume dans la même terre. Ainsi, je commande chez mon grossiste les graines et les plants choisis, ensuite j’assure les étapes d’une culture : la plantation, le suivi et l’entretien, l’arrosage ainsi que la récolte. D’autre part, je m’occupe de l’entretien et de la mise en ordre de la ferme, des outils et des machines utilisées. Dans mon quotidien, je prévois du temps également pour le travail administratif : les mises aux normes, la traçabilité, les commandes, la comptabilité…  En parallèle, lorsque l’hiver arrive et que l’activité en champ diminue, on en profite pour faire des confitures, des sirops, des jus…

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Il faut de la motivation et beaucoup de courage. Il faut être optimiste car, si à la suite d’une avalanche de grêlons, on se rend compte que toute la culture est à jeter, il faut pouvoir rebondir et penser déjà à la prochaine culture. Il faut être passionné et croire en ce que l’on fait. Notre avantage c’est qu’on est deux, on se soutient mutuellement et en cas de coup dur, on se remonte le moral chacun à son tour. Une bonne santé est un élément indispensable, les horaires sont lourds et la charge physique est énorme, il faut pouvoir tenir dans la longueur même si la modernisation des machines allège un peu le travail ! La polyvalence est nécessaire, il faut gérer une culture de A à Z, avoir des compétences en gestion, en organisation, en comptabilité… Il faut pouvoir toucher à tout et savoir gérer tous les postes. 

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

Je fais ce que j’aime et cela me pousse à repartir chaque fois en cas de coups durs. J’aime être dehors la plupart du temps, surtout pendant les mois d’été. Le contact avec la clientèle est aussi positif, on a un retour sur les produits, on répond aux questions et on conseille les clients. C’est chouette de pouvoir partager ses connaissances, sa passion et son expérience. 
L’inconvénient principal est indéniablement le temps consacré à mon métier, de manière générale, je n’ai que le dimanche de libre ! De plus, l’entourage ne comprend pas toujours nos choix quand on refuse d’aller à une fête, j’aimerais pourtant passer davantage de temps avec ma famille. Le fait d’être tributaire du temps est un gros inconvénient. On ne sait pas tout gérer et les imprévus sont nombreux ! Cela amène une grosse charge de travail mais également de stress et cela retombe inévitablement sur ma famille. J’ajouterais que les mises aux normes et la traçabilité exigent une charge de travail de plus en plus lourde !
Le fait d’habiter la ferme est à la fois un avantage et un inconvénient, c’est beaucoup plus facile au quotidien mais en contrepartie, on a toujours un œil sur son boulot et on décroche rarement totalement.

Quel est l’horaire de travail ?

En gros, on travaille avec la lumière. En été, les journées commencent vers 5h et se terminent vers 21h30. Les horaires de magasin rythment aussi la vie : le vendredi et le samedi, on ouvre de 8h à 18h30. Le lundi et le mardi, on ouvre le matin uniquement et le mercredi, on s’octroie une pause à midi. Mais on ferme le jeudi et le dimanche. En hiver, les horaires changent : nos journées commencent à 6h et se terminent à 18h30, les horaires du magasin s’adaptent également. Cela me donne un peu plus de temps pour gérer les papiers mais aussi pour préparer les cultures de la saison suivante ! Les vacances sont peu nombreuses, on s’octroie une semaine de repos total entre Noël et Nouvel An. 

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

J’ai fini mes secondaires en techniques horticoles à Gembloux. Ma femme a suivi un graduat en agronomie, orientation horticulture. 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Après mes études secondaires, j’ai directement travaillé à l’école à Gembloux en culture maraîchère, pendant 8 ans. Le soir, après mes cours, j’allais directement travailler chez mes parents dans leur ferme traditionnelle. Cela m’a donné les bases et m’a permis de me lancer petit à petit. Ma femme, elle, a enseigné pendant 10 ans en horticulture. Cela fait 20 ans maintenant que je travaille dans cette ferme mais cela fait 8 ans que j’y habite. Nous avons un bail emphytéotique. 

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

C’est un hasard total. A la base, je voulais m’inscrire en agronomie mais il se fait que l’école que j’ai visitée ne proposait que l’option horticulture. Je me suis lancé sans trop savoir si cela allait me plaire mais j’ai directement accroché et j’ai surtout découvert la culture maraîchère. La ferme traditionnelle de mes parents n’était plus viable telle qu’elle était, je l’ai alors transformée en ferme maraîchère. Il y a de nombreuses possibilités pour se lancer, on peut faire de la polyculture et voir ce qui fonctionne le mieux.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Je lui dirais qu’il ne doit pas se lancer directement à la fin de ses études. Il est important de travailler avant, de faire des stages professionnels pour acquérir de l’expérience et les connaissances nécessaires pour se lancer. Avant de se lancer, il est important de se confronter à la réalité, de peser le pour et le contre. Et puis, pour se lancer, il faut un capital et un terrain. Le plus facile est de reprendre une ferme qui existe déjà, même si on l’adapte par la suite en fonction de ses envies.

Avez-vous une anecdote à raconter ?

On pense à la même anecdote, ma femme et moi. Il y a 20 ans, à mes débuts, j’ai engagé une étudiante pour m’aider à la ferme. Cette étudiante, je l’ai épousée quelques temps après et c’est ma femme depuis ce moment-là.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.