Bouquiniste

Quel a été votre parcours professionnel ?

J'ai tout d'abord travaillé quatre ans en tant que vendeur dans une librairie. Ensuite, j'ai ouvert ma bouquinerie, il y a 27 ans.

Pourquoi avez-vous quitté le secteur de la libraire pour vous lancer dans la bouquinerie ?

J'avais beaucoup de mal à supporter le côté commercial des librairies. Les libraires sont en effet tributaires des maisons d'édition et doivent sans cesse s'intéresser aux nouveautés. Ils sont soumis à la vente des best-sellers et doivent se battre continuellement pour vivre. Ma bouquinerie, je l'alimente seulement avec les livres que je choisis personnellement, en dehors de toute contrainte économique.

Votre bouquinerie est donc le reflet de votre personnalité ?

Bien sûr, j'aime y passer énormément de temps. Certains jours, comme j'habite au dessus, je viens pour y passer mes soirées à lire. Les rayons ne sont alimentés que par des oeuvres que je considère ou que j'ai eu l'occasion de lire. Ainsi je possède un rayon sur les tziganes, une de mes passions, sur la littérature prolétarienne... On traite souvent ma librairie de « gauchiste » mais elle n'est que le reflet de mes centres d'intérêt. On peut y trouver de tout.

Quelles sont vos différentes tâches ?

Tout d'abord, lire. Ensuite, rechercher des livres dans d'autres bouquineries, dans des brocantes, sur des marchés ou chez des particuliers. Je dois bien évidemment gérer mes étagères et ma réserve. Je me livre aussi à un important travail de recherche. C'est-à-dire que des gens me demandent de retrouver des livres qui ne sont plus édités. C'est une des parties passionnantes de mon métier. Parfois, je retrouve un ouvrage demandé après plusieurs années. La joie de le retrouver est intense et cela en procure encore plus quand la personne qui le cherchait peut enfin le tenir entre les mains. J'ai, dès lors, un important travail de correspondance avec mes clients. De temps à autre, j'organise des rencontres avec des auteurs ou des séances de dédicaces...

Et puis, malheureusement, il y a la comptabilité. Mais elle me prend très peu de temps.

Quels sont vos plaisirs ?

Le livre est un formidable outil de communication. Les conversations que je tiens avec mes clients, dont la plupart sont devenus des amis, sont passionnantes. Je garde toujours une Orval pour les accueillir lorsqu'ils me rendent visite. D'ailleurs, bien souvent, ils viennent uniquement pour me saluer. Ils ne m'achètent pas toujours quelque chose. Je suis un sédentaire passionné par la lecture, mais je ne supporte pas de ne rencontrer personne. Et, ici, passent des gens de tous âges, de toutes origines sociales et culturelles.

Il est donc possible de vivre de sa passion ?

J'ai eu la chance d'avoir une femme qui travaille et de posséder un budget pour me lancer. Si on ne possède pas un pécule de départ, il est très difficile de démarrer. Ce qui est sûr, c'est que je ne deviendrai jamais riche. Mais cela m'est égal, je n'exige pas grand chose d'autre que de m'occuper de ma librairie et d'y rencontrer mes clients. C'est sûr que quelqu'un qui a la bougeotte aurait beaucoup de mal à tenir un magasin comme le mien.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.