Brice Leblevenec, Web architecte

Animateur-producteur à la RTBF, docteur Brice sur Cybercafe21.net, fondateur et directeur d’une agence Web, Ex Machina (www.brice.net) également spécialisée dans le multimédia off line, Brice Le Blévennec a le don d’ubiquité dès qu’il est question du Net. Archétype de l’autodidacte, cet explorateur d’un nouveau genre nous fait partager sa passion. 

Le multimédia et Internet, on a l’impression que vous êtes tombé dedans quand vous étiez petit. Pouvez-vous nous dire ce qu’il en est et comment vous en êtes arrivé là ? 

J'ai toujours été passionné par l'informatique. Dès 15 ans j'ai suivi une formation à Data School, une école de programmation dirigée par un ancien d'IBM. Après quelques semaines, je donnais moi-même des formations en programmation. 

Après des études peu brillantes, surtout passées à « chipoter » sur l'ordinateur CPM de la bibliothèque, sur les terminaux Plato de Control Data dont était équipée notre salle informatique et sur mes divers ordinateurs personnels (TI58C, ZX81, ZX Specxtrum, Sinclair QL, IBM PC, …) j'ai été engagé dans une agence de publicité (Paparazzi) pour m'occuper de leur parc informatique Macintosh. J'étais payé à l'heure pour me livrer à ma passion. Je n'ai plus vraiment changé de métier depuis. 

Dès 1991, à 23 ans, je fondais Ex Machina, une société au départ à vocation de publication graphique (DTP) et 6 mois plus tard, je me lançais dans la création d'applications multimédia telles une borne interactive pour Swatch (92), un CD-ROM pour Apple Computer, une présentation multimédia pour SWIFT, etc. En 1995 nous réalisions un CD-ROM intitulé « Le Mystère Magritte » qui a reçu différents Awards. Dès 1996, nous commencions à créer les premiers sites Internet belges multimédia pour Dupuis, Sony, la Commission Européenne, CBR… 

Aujourd'hui, nous sommes 55 personnes, nous réalisons un chiffre d’affaires de 3 millions d'Euros et travaillons pour les plus grandes sociétés belges et les plus grandes marques : Coca-Cola, Fanta, Carlsberg, Glaverbel, CBR, Siemens, Belgacom, Swift, Fortis, Cora, (voir notre site www.exmachina.net). 

Depuis 10 ans, les demandes des clients ont changé de média de distribution, mais les valeurs fondamentales, comme l'intelligence de la communication, la pertinence d'une stratégie, les exigences créatives, la gestion du timing ou l'innovation technique, elles, n'ont pas changé. 

Le cybermonde existe-t-il vraiment ? De quoi s’agit-il exactement ? S’agit-il d’un univers parallèle ou modifie-t-il réellement le mode de vie du commun des mortels ? 

C'est un mot un peu passé de mode qui ne correspond à rien. C'est à peu près aussi comique que si l'on qualifiait de « micromonde » les utilisateurs de GSM et de SMS ou de « monde de papier » le réseau des libraires et des éditeurs. L'Internet n'est rien d’autre qu'un protocole de distribution de données et quelques standards applicatifs. Il n'est pas un monde parallèle dans la mesure où sa substance est celle de notre monde réel, distillée numériquement. 

Ce médium de distribution a légèrement changé le mode de vie du commun des mortels, surtout grâce une application : l'e-mail. En dehors de cela, la télévision, la radio, le cinéma ou le téléphone ont bouleversé notre société de manière bien plus fondamentale. 

Pouvez-vous expliquer les raisons de l’engouement rapide et général dont « bénéficie » Internet ? 

Premièrement, à peu près n'importe qui, en quelques heures, peut participer à l'aventure et créer sa homepage. Ce n'est pas le cas pour les autres médias (produire un film ou rédiger un livre …). La barrière d'entrée est très basse et cela flatte l'autosatisfaction. 

La seconde raison est l'illusion d'universalité. Parce que ce que l'on publie est accessible du monde entier, on a un sentiment de pouvoir divin. A défaut d'être omniprésent, notre CV peut l'être. C'est oublier la barrière des langues et le ratio signal/bruit qui fait que, plus il y aura de contenu sur le net et moins il y aura de personnes à en visiter chaque page. 

Après la planète Gutenberg et le village global de Mac Luhan (le « massage » est le message), comme nous l’avons tous mal compris dans les années ’80…), connaissez-vous le scénario de l’épisode suivant ? 

Oui, le Net deviendra une commodité au même titre que l'eau ou l'électricité. Il sera intégré à chacun de nos appareils électroniques (je vous épargne la liste des gadgets du genre frigo qui passe commande chez l'épicier). La vidéo-conférence (et ses applications cochonnes) et le jeu vidéo en réseau seront 2 applications à grand succès. Chacun aura son avatar sur le réseau et se chargera de lui donner vie. Et ceci sera aussi banal que de passer un coup de téléphone aujourd'hui. 

Il semble qu’actuellement, les personnes qui travaillent dans le multimédia/Internet présentent un profil :
  • soit d’informaticien,
  • soit de graphiste ou d’infographiste,
  • soit de » mercenaire » ayant du flair, surfant sur la vague et réunissant un bouquet de compétences aujourd’hui acceptables.
Est-ce la réalité ? 

Oui. La plupart des fondateurs de l'Internet en Belgique appartiennent à cette troisième catégorie. 

Quel profil de compétences et de formation faudra-t-il absolument présenter dans un futur proche ? 

Il faudrait idéalement apprendre à se passer de formation et à développer l'agilité intellectuelle, la curiosité, l'abnégation, l'auto-formation permanente, la maîtrise de l'anglais. Le Net propose des logiciels libres et les meilleurs cours, pour autant que l'on en ait « l'agilité d'esprit ». Et les fondations mêmes de notre métier tremblent chaque mois, voire chaque semaine. Hier, on parlait de VRML ou de ShockWave, aujourd'hui de Flash ou de DHTML. Demain, on parlera de SVG ou de SMIL. Dans le domaine du développement, les outils changent tous les six mois : c'est la mode de l'ASP ou de Tango, de WebCatalog, des applets Java, puis de ColdFusion ou de Lasso, puis de JSP puis de J2EE et les servlets, de PHP, de Luna etc. Ensuite, il faut maîtriser les CMS et autre Application server à la mode de chez nous (Spectra, Plumtree, ATG Dynamo, WebLogic, WebSphere, …) 

Bref si l'éducation voulait suivre ce rythme, il y en aurait pour des millions. Et les élèves formés seraient dépassés à peine sortis de l’école. Il vaut mieux apprendre aux jeunes les qualités de bases et comment apprendre par soi-même. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait se lancer dans le multimédia/Internet ? 

De s'acheter un bon Mac ou PC, de surfer 4 heures par jour, d'observer ce qui se fait de mieux, d'initier des projets et ensuite, de frapper à la porte des entreprises pour chercher du travail. Je ne crois qu'aux autodidactes pour les postes actifs et surtout pour les créatifs. Malheureusement on n'apprend pas le talent. Par contre, pour les positions administratives (Human Ressources, Finances, Secrétariat, …), les formations sont nécessaires car on n'apprend pas les arcanes de l'administration belge avec un ordinateur et le réseau. 

A quel type de sociétés doit s’adresser un jeune qui souhaite travailler dans le multimédia/Internet, hormis les sociétés de communication (agences full integrated services) et les fournisseurs d’accès (ISP) ? 

Les Web Agencies, évidemment. 

D’après vous, quelle place le secteur multimédia/Internet occupe-t-il actuellement sur le marché de l’emploi et quelles sont ses perspectives d’avenir pour les 10 prochaines années ? 

Je ne sais pas vous répondre. Je pense qu'il y a une crise qui se prépare et que l'on va rentrer dans une période de récession. Et ceci est une bonne chose car, avec la pénurie actuelle on en arrivait à des situations grotesques pour recruter. 

Dernière question : Internet est-il capable de créer un univers professionnel spécifique, par exemple dégagé de l’unité de lieu et générant de nouveaux (dé)codes de travail ? 

Oui, il est possible de travailler dans ce secteur en restant derrière son ordinateur dans ses pantoufles, principalement pour les postes non créatifs (maintenance, modération de contenu, encodage) ou pour des petits projets que l’on peut mener en solitaire. 

Dans le processus créatif, il y a besoin d'échanges entre les PM (Project Manager), les gestionnaires de clientèle (Account ) et les développeurs (IT). Et ceci n'est pas toujours possible virtuellement. 

Pour ce qui est des codes de travail, on revient aux bonnes vieilles méthodes de management. La fête est finie et aujourd'hui il faut être rentable. Dans le Web comme ailleurs.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.