Bruno David, Joaillier d'art

Le joaillier d'art s'adresse aux personnes nanties et Bruno DAVID ne fait pas exception à la règle. Certaines de ses pièces coûtent même très chers, signe de la valeur des pierres, signe aussi de la reconnaissance envers un créateur qui a déjà exposé partout en Belgique et aux Etats-Unis.

Avez-vous suivi des études pour devenir joaillier?

Au départ, j'ai été engagé comme apprenti auprès d'un artisan. J'ai ensuite suivi trois années de cours du soir en joaillerie à l'Ecole des Arts et Métiers de Bruxelles. En ce qui concerne les études classiques, je les ai arrêtées à l'âge de J4 ans. Je n'étais vraiment pas motivé par l'école, mais venant d'une famille de musiciens et de dessinateurs, j'avais une sensibilité artistique.

Comment a débuté votre carrière?

A vrai dire, je tenais déjà mon magasin en continuant ma formation aux Arts et Métiers. J'étais donc installé comme indépendant avec les inévitables difficultés des débuts. J'ai toujours eu de la clientèle, mais il n'empêche qu'ouvrir un commerce exige beaucoup de sacrifices au départ.

Et maintenant cela va mieux?

Oui. Je paye toujours autant en taxes et en impôts. Et même plus... Mais, dans l'ensemble, cela va mieux, merci.

Vous avez réussi à fidéliser la clientèle?

Les gens viennent chez moi parce qu'ils me connaissent. Ils savent que je fabrique moi-même. Ils savent aussi que je ferai tout pour les satisfaire et que je mettrai autant d'application pour un bijou de 1.000 FB que pour un bracelet en or de 100.000 FB. Cela signifie que je retravaille la pièce jusqu'à ce qu'ils soient entièrement satisfaits. Avec le bouche-à-oreille, la clientèle vient de partout.

Comment se passe la création d'un bijou?

Je dispose de très peu de stock en magasin. Je travaille principalement en fonction de la demande. Souvent les clients arrivent avec leurs pierres ou leurs métaux précieux. Par dessin, je prépare plusieurs modèles. Ensuite, je taille le bijou, je le forme. Au niveau technique, j'utilise principalement une méthode vieille comme le monde : celle de la cire perdue. Après la réalisation, les clients peuvent encore changer d'avis. Il n'est pas aisé de choisir une bague ou un bracelet sur dessin. Je dois donc laisser une marge de décision.

Combien de temps prend la création d'une pièce?

Je ne peux pas répondre à cette question parce que je ne me fais pas payer à l'heure. Les clients me payent pour une oeuvre d'art, pas pour un nombre d'heures de confection.

Quelles sont les qualités requises d'un bon joaillier?

Il faut distinguer les créateurs des artisans. Ces derniers confectionnent effectivement des bijoux, mais ils le font d'après modèles. Ils répètent des créations qui ont fait leurs preuves. Le créateur doit, lui, créer de nouvelles formes. Avoir des idées devient dès lors la qualité première, bien plus importante que la maîtrise technique. En tant que créateur, je dois toujours pousser mes recherches plus loin. Certes, tout a déjà été inventé. Toutes les formes du moins. A moi de trouver des associations, des combinaisons encore plus belles. Mes bijoux n'ont rien de technique. Oui, vraiment, j'ai peu de considération pour la technique!

Faites-vous des expositions?

Oui, principalement en Belgique, mais je viens d'en faire une à New-York.Il est important de se faire connaître et... reconnaître! En rencontrant d'autres créateurs, on peut aussi se remettre en question. Pour progresser, il faut lire les revues et se tenir au courant des nouveautés.

Quels sont les avantages de votre profession?

D'abord, je crée des pièces qui me plaisent à moi. Si elles plaisent aux clients tant mieux. Mais je suis le premier à qui mon bijou doit plaire. C'est déjà tellement difficile de vendre des créations qui vous plaisent... Je suis donc mon seul maître. Je ne veux faire que de la création. Le reste ne m'intéresse pas. Même si j'utilise des techniques identiques, je ne fais jamais deux fois la même pièce. Cet aspect me semble primordial.

Et les désavantages?

Mon principal sujet de contestation, c'est les cotisations sociales ou les impôts trop nombreux... Mais je ne vais pas vous embêter avec cela... C'est vrai, ce métier demande un investissement important au départ. Rien que pour débuter; j'ai acheté pour 350.000F d'outils, sans compter les achats des pierres précieuses afin de me constituer un petit stock. Ajoutez-y la location d'un magasin et tout le reste, et vous comprendrez!

Quels conseils donneriez-vous aux futurs joailliers?

Anvers est peut-être le centre du diamant, mais à mon avis, l'école des Arts et Métiers de Bruxelles reste la meilleure en Belgique. Ensuite, il faut essayer de se trouver une place d'apprenti et accepter de ne pas être bien payé au départ. Les étudiants doivent payer leur scolarité. Dans un premier temps, il est donc normal que les apprentis ne reçoivent pas d'argent.

Interview mise à jour en janvier 2006 mais extraite du guide siep "Les Métiers de l'Art" publié en 1996.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.