Camille de Marcilly,
Critique littéraire

Interview réalisée en mars 2014

Quel est votre parcours scolaire, professionnel ?

J’ai suivi des études littéraires, de langues et de théâtre à Paris, car je suis Française. Je suis entrée à la Libre il y a 7 ans et j'ai appris le métier de journaliste sur le tas. Je travaille au sein du service culturel pour les rubriques liées à la littérature et au théâtre.  

En quoi consiste concrètement ce métier ? 

Concrètement, les éditeurs envoient à la rédaction une sélection de nouvelles parutions toutes les semaines. Nous en recevons plusieurs dizaines et nous les répartissons en fonction des spécialités et affinités de chacun. Pour ma part, je suis surtout spécialisée dans les romans issus de la littérature française, belge mais aussi hispanophone. J’ai des collègues qui se chargent plutôt de la littérature anglophone, des essais de psychologie, des ouvrages d’histoire, de la BD ou encore de la littérature jeunesse. A La Libre, pour la littérature, nous sommes quatre salariés (à temps partiel) et cinq journalistes indépendants, qui fournissent des piges une fois par semaine pour le cahier littéraire qui parait le lundi. 
Je lis donc les livres (environ deux par semaine) et je sélectionne ceux que j’ai envie de faire découvrir aux lecteurs. Le but est de partager mes découvertes. 
Outre la rédaction de critiques, je réalise également des interviews, je rencontre des auteurs, j’écris des articles de fond sur le monde de l’édition et de la littérature en général, je couvre des événements comme la Foire du livre, etc. 

Couvrez-vous d’autres domaines que la littérature ? 

Oui, je m’occupe également de théâtre. Là aussi, outre la critique, je rencontre et interviewe des comédiens, des metteurs en scène, je participe à des festivals, etc. Je me rends au théâtre une à deux fois par semaine.

A quels aspects faites-vous le plus attention lorsque vous lisez un livre ?

Sur le fond, on revisite sans cesse les mythes et les grands thèmes de l'humanité, l’amour, l'amitié, la famille, la guerre ou la mort. Et donc, l’intérêt en fiction est de voir ce que l’auteur apporte de nouveau sur ces thèmes-là, de quelle manière le livre se distingue des autres.
Dans la forme, on fait plus attention à l’écriture en tant que telle. Est-elle originale ou non ? S'accorde-t-elle avec l’histoire ? Est-ce que le style est fluide ?
La construction de l’intrigue est aussi importante évidemment. 

Quels sont les avantages et les inconvénients de ce métier ? 

C’est vraiment très intéressant et enrichissant au niveau personnel. Il s’agit d’un métier de passion : un journaliste sportif ne va pas se convertir facilement en critique littéraire, et vice versa. C’est vraiment quelque chose que l’on a en soi. Les rencontres avec les écrivains, que l’on admire parfois depuis longtemps, constituent également un grand avantage. 
Par contre, notre équipe étant petite et le nombre des livres reçus et lus étant tellement grand, il est impossible de lire les mêmes livres qu’un collègue et donc, de pouvoir partager nos impressions au sujet de ce livre. On est vraiment seul à donner son opinion. 
Aussi, lire pour le plaisir, c’est devenu rare, faute de temps. Je ne lis véritablement pour moi que lors de mes vacances !
La pratique du journalisme aujourd’hui, où tout va toujours plus vite, est aussi un inconvénient dans le sens où il faut lire de plus en plus vite, en dehors des heures de travail. En tant que salariée au sein d’une rédaction, au-delà de l’écriture en tant que telle, il y a aussi toute une série de tâches (coordination, mise en page, choix de photos, etc.) qui me prennent beaucoup de temps et qui ne me permettent pas de me consacrer uniquement à la lecture et à l’écriture. 

Avez-vous déjà reçu des réactions positives ou négatives de la part des auteurs critiqués ? 

Cela n’arrive pas souvent mais en général, quand ils réagissent, c’est pour me remercier pour l’interview que j’ai réalisée ou lorsque j’ai soulevé un point dans ma critique que personne d’autre n’avait vu. En revanche, en sept ans, je dois avoir reçu deux ou trois retours négatifs, pas plus. 

Certains libraires déplorent parfois le fait que certaines critiques sortent avant la parution du livre et que donc, les clients s’impatientent et ne comprennent pas toujours pourquoi ils ne peuvent pas l’acheter tout de suite. Comprenez-vous ce problème de timing ? 

Oui, bien sûr. Il est vrai que, au vu de la somme de livres que nous recevons, les livres parus il y a un mois nous paraissent déjà obsolètes. Mais à la Libre, nous veillons à parler d’ouvrages qui sont déjà disponibles, de façon à ce que les lecteurs puissent se les procurer rapidement. Sauf peut-être lorsqu’il s’agit de grosses sorties qui ne coïncident pas avec le jour de parution du supplément littéraire, par exemple. Comme on ne peut pas passer à côté, on en parle donc parfois un ou deux jours à l’avance, mais ça reste rare.  

Quelles sont les qualités indispensables à posséder selon vous pour être critique littéraire ? 

Je pense qu’il faut avoir beaucoup lu. C’est indispensable pour avoir un bon aperçu de la littérature et un panorama des courants. Cela permet de savoir dans quel contexte le livre s’inscrit. Il est donc indispensable à mes yeux d’avoir lu quelques grands classiques, par exemple. Ensuite, même si nous nous basons sur des critères objectifs pour écrire une critique, il faut aussi beaucoup de sensibilité.  

Il n’existe pas de formation spécifique pour devenir critique littéraire mais comment peut-on se former malgré tout? 

L’idéal est de combiner le journalisme et la littérature. Cela permet d’acquérir toutes les connaissances littéraires nécessaires ainsi que les techniques d’écriture, les règles propres au journalisme (comme la déontologie, par exemple), etc.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut devenir critique ?

Je pense que le métier de critique dans la presse écrite est assez bouché. De plus, qui sait ce qu’il adviendra du papier dans quelques années ? Le métier existera toujours mais je pense qu’il est indispensable de se tourner vers d’autres supports comme le web ou l’audiovisuel. C’est l’avenir, selon moi. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.