Carine Bossuyt, Psychothérapeute

Interview réalisée en mai 2013

Quel est votre parcours professionnel ? Quelles formations avez-vous suivies ?

C’est un long parcours, j’ai fait beaucoup de choses différentes. J’ai fait mes études secondaires en Belgique. A 17 ans, je suis partie aux Etats-Unis et j’ai fait 6 ans d’université. J’ai obtenu un Master en littérature comparée. Pendant mes études universitaires, dès la première année, j’ai enseigné le français langue étrangère et l’espagnol à l’université. C’est cela qui payait mes cours. J’étais assistante de prof. A travers la littérature, j’ai commencé à étudier la psychologie de l’humain. Il y a tout un courant de critiques littéraires très psychanalytique. On analysait les textes d’un point de vue psychanalytique, à la Freud, à la Lacan. A ce moment-là, je n’avais pas imaginé que j’irais vers la psychologie. C’est venu plus tard avec la maturité, avec mon expérience personnelle de patiente en thérapie. 

Après l’Université, je suis revenue en Belgique. J’ai commencé une thérapie en 1991. Je travaillais comme formatrice en langue étrangère dans des instituts de langues privés. Pendant que je donnais les formations, souvent en individuel, j’étais dans l’écoute active. Les gens m’expliquaient leurs problèmes d’expatriés (soucis d’intégration, soucis de couple, etc). J’étais en contact avec des gens en mal-être et je ne faisais qu’écouter. Cela m’a donné envie d’en faire quelque chose.

Ensuite, je suis partie à Barcelone, j’ai travaillé en entreprise. J’organisais des formations. Cela a duré 3 ans. Comme je n’avais pas envie de continuer dans ce domaine, j’ai commencé les formations en massage thérapeutique : des massages thérapeutiques asiatiques de différentes sortes et des massages de conscience corporelle. Je me suis rendu compte que les gens amenaient des tas de choses que je n’étais pas capable d’utiliser à bon escient pour eux. J’ai compris qu’il me fallait des outils plus spécifiques tels que la psychothérapie. De fil en aiguille, je suis allée voir l’institut gestalt à Barcelone. Je me suis inscrite au premier stage et puis à la première formation. 

Ensuite, je suis revenue en Belgique et j’ai suivi deux années de formation en thérapie psychocorporelle évolutive. Après cela, je me suis inscrite à l’Institut belge de Gestalt où j’ai fait la suite de mon parcours de formation de psychothérapeute. Cela fait 4 ans que j’exerce à temps partiel en tant que psychothérapeute. En parallèle, j’ai un travail plus administratif en entreprise. 
J’avais été en thérapie personnelle bien avant de commencer une formation professionnelle dans ce domaine. Comme j’avais été chez plusieurs psychothérapeutes différents en Belgique et à Barcelone, je me suis rendu compte que c’était la Gestalt qui m’avait vraiment aidée dans mon parcours personnel.

Pouvez-vous décrire votre activité au quotidien ?

Au quotidien, je reçois des adolescents et des adultes en individuel ainsi que des couples. J’anime également un groupe de parole sur le thème du burn out.
En pratique, une personne me téléphone et me dit « Voilà, j’ai décidé d’entreprendre un travail, pouvez-vous me recevoir ? », ou alors « Je ne vais vraiment pas bien, j’espère que vous pouvez m’aider ». En général, la personne qui téléphone a une demande pour elle-même. Cela arrive qu’un parent appelle pour un jeune de 13-14 ans. Nous fixons un rendez-vous. Lors de la première séance, la personne vient en général avec une charge émotionnelle élevée. Elle m’explique sa problématique en une heure de temps. Je lui renvoie ce que j’entends dans ce qu’elle m’explique. Ensuite, je lui communique mon cadre de travail : un rendez-vous toutes les semaines au début, le prix, les modalités en cas de désistement, la confidentialité, etc. Je lui propose de réfléchir d’ici la seconde séance pour savoir si elle souhaite continuer et s’engager dans un travail avec moi. On peut prendre 2 ou 3 séances pour confirmer ce choix et après, on est parti sur une période indéterminée. 

Pouvez-vous nous donner un exemple concret ?

Oui. Par exemple, une personne qui est très angoissée, qui a eu de gros problèmes dans sa vie professionnelle et qui est en arrêt de travail au moment où elle me consulte. Elle a des crises d’angoisse, elle ne peut plus prendre sa voiture, plus prendre un bus ou un train. On a commencé par travailler l’angoisse et ensuite, on s’est détaché de cela et on a exploré plein de choses : la confiance en soi, la relation aux parents, la relation à l’autre, des questions existentielles, la mort, les croyances, les valeurs, ce qui la porte dans la vie, ce qui la secoue émotionnellement, les peurs, les émotions, etc. Cela prend du temps. Tout le monde ne travaille pas aussi profondément. Certaines personnes souhaitent travailler un problème et ensuite on s’arrête, d’autres en profitent pour aller plus loin. On se détache du premier problème et on continue.

C’était le cas, par exemple, pour une personne qui était à la veille de sa retraite et qui broyait du noir. Ce changement éveillait plein de choses par rapport à sa place dans la vie, dans la société, sa place en tant que père, que mari, etc. Une fois qu’il a repris du « punch », qu’il était content de ne plus broyer du noir, cela lui suffisait. Il avait réglé sa difficulté du moment et ne souhaitait pas aller plus loin. C’est un travail qui a pris une petite année.

L’orientation de la thérapie dépend de ce qu’on met personnellement comme engagement. Certains patients pensent que venir parler suffit et ne vont rien mettre en œuvre dans leur vie quotidienne pour modifier la situation. Là, mon travail est plus dans le soutien, dans la proposition d’expériences. Le rythme est très personnel.

Quand la personne voit comment son comportement peut modifier des choses autour d’elle, très rapidement elle peut régler la problématique pour laquelle elle est venue. Quand la personne sent qu’elle a retrouvé sa capacité créatrice, sa capacité à remettre en mouvement ce qui était bloqué chez elle, cela suffit. Si je devais définir un « objectif » de mon intervention ce serait d’aider la personne à retrouver la confiance en sa capacité créatrice pour avoir des réflexions seule, faire des choix seule. On tourne souvent autour de la confiance en soi, de l’image de soi, de la capacité d’avancer.

En dehors des entretiens, qu’est-ce qui fait également partie du métier ?

Il y a la formation continue. Comme je n’ai pas le bagage de psychologue universitaire, je fais une formation privée de 2 ans en psychopathologie chez Michel Delbrouck à Charleroi. 
Je lis des livres sur les pathologies, les psychopathologies, les thérapies ; auparavant je lisais souvent des livres de développement personnel, etc.
Il y a aussi les séances de supervision. C’est essentiel pour remettre sans cesse sur le métier la manière de fonctionner dans le travail mais aussi pour avoir un regard extérieur.
Ensuite, il y a les intervisions, le partage avec les collègues. Je travaille avec une collègue qui est médecin et psychothérapeute. Elle reçoit des patients qui ont des thématiques de burn out. C’est très lourd à porter tout seul. C’est plein de questions. 

Le quotidien, c’est aussi se faire connaître : rencontrer des médecins, organiser des conférences seul ou avec d’autres thérapeutes. Je suis dans un centre pluridisciplinaire où on essaie de faire les choses en groupe, on organise des journées portes ouvertes pour faire connaître nos activités au public.
Sans oublier, le temps consacré à la thérapie personnelle.
C’est de l’investissement personnel à grande échelle.

Qu’est-ce qui entretient votre motivation ?

La curiosité, chaque fois qu’un patient arrive c’est une nouvelle expérience. J’ai un grand intérêt pour l’humain. C’est le désir de cheminer avec d’autres humains, d’essayer de leur redonner le « punch » dont ils manquent mais avec humilité et frustration parfois. Il y a des jours où je suis découragée ou déprimée par ce que j’entends ou par des sms que je reçois. J’ai reçu, par exemple, un sms qui disait : « j’ai décidé d’annuler ma prochaine séance et ne m’attendez plus ». 

Il y a des gens qui viennent chercher très loin leur thérapeute dans ses retranchements, dans ses blessures personnelles, dans ses questions existentielles. Ce n’est pas un métier facile du tout, cela peut être très perturbant par moments. Heureusement qu’il y a cette passion de l’humain derrière et que j’exerce cette profession à temps partiel. Au jour d’aujourd’hui, je ne peux pas imaginer le faire à temps plein tant émotionnellement que financièrement. Au début ce n’est pas facile d’en vivre. Il faut se faire connaître, accepter que les gens annulent ou ne viennent pas. C’est un métier qui demande beaucoup d’investissement en énergie, en temps et en argent. Le retour sur investissement est sur le long terme. Pour assurer ses débuts, soit on a une famille qui est prête à nous aider, soit on a un autre travail en parallèle.

Selon vous, quelles sont les qualités personnelles nécessaires pour exercer ce métier ?

L’écoute, la capacité à mettre son ego de côté, la capacité à se mettre à la hauteur des gens, à respecter leur rythme et leur objectif. Avoir la capacité à sentir où l’autre en est tout en sentant ce que cela provoque chez soi. Etre à l’écoute de soi pour pouvoir renvoyer quelque chose à l’autre. Pouvoir réaliser toute cette « gymnastique » qui consiste à essayer de quitter ses valeurs, ses croyances, ses objectifs de vie pour se mettre au service de l’autre tout en étant conscient de là où ce qui se passe vient toucher ses propres valeurs, ses croyances, etc. Avoir ce regard « meta » sur soi, sur ce qui se passe, sur l’autre, jongler avec notre « Etre », travailler qui on est, pour « Etre » face à l’autre. 
Il faut avoir des repères. On ne part pas tous azimuts. Il faut donner un cadre structurant pour que l’autre puisse s’y développer. Etre structurant, accueillant, soutenant et en même temps aller titiller au bon endroit au bon moment. 

Quel est votre horaire de travail ?

Je me suis limitée à 2 demi-jours par semaine mais ce n’est pas toujours régulier et continu. Cela fluctue en fonction des demandes des patients. Il faut être disponible en même temps que les gens et comme les gens travaillent ou vont à l’école, cela m’arrive souvent de travailler jusqu’à 20h.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite exercer ce métier ?

J’en ai plusieurs. Le premier c’est de bien se former et de bien suivre sa thérapie personnelle. Pour se lancer comme psychothérapeute, il faut une certaine maturité, un certain regard sur la vie.
Actuellement, il y a des discussions autour du statut du psychothérapeute. Dans d’autres pays, des lois sont déjà en place et l’accès à cette profession est réservé aux psychologues et/ou aux médecins. C’est à prendre en considération pour son choix d’étude.

Il faut bien s’entourer, faire partie d’associations professionnelles, être assuré, être déclaré officiellement. En tant que soignant, c’est important de ne pas être seul : le travail sur soi, la thérapie, la supervision, l’intervision, les formations, etc. Sinon c’est lourd à porter. On est face à la difficulté humaine tous les jours. En tant qu’être humain, on s’engage sur un long chemin, on ne s’improvise pas psychothérapeute.

Etre conscient qu’on ne va pas « sauver » les gens, ce travail est un partenariat avec le patient.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.