Carl Lothaire,
Exploitant agricole bio et éleveur de bovins

Interview réalisée en avril 2011

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Dans le métier d’exploitant, il y a deux grandes périodes : estivale et hivernale. Lors de la période estivale, les bêtes sont en prairie et mes principales tâches sont la surveillance ainsi que l’approvisionnement en eau et en nourriture. Cela représente une bonne part de travail sachant que j’ai 250 bêtes (vaches veaux, taureaux, génisses…) répartis sur 115 hectares de terrain ! Du côté des bâtiments de l’exploitation, j’en profite pour évacuer le fumier et faire un nettoyage en profondeur. Une partie des bêtes se trouve en engraissage, il faut alors veiller à ce qu’elles aient de la nourriture en suffisance. La période hivernale voit les animaux rentrer au sein de l’exploitation, il faut également faire attention à ce que les bêtes aient eau et nourriture en suffisance. C’est la période de vêlage et donc, une surveillance 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 ! Mon exploitation est bio depuis 1998, cela veut dire que je suis en indépendance et en autosuffisance pour les matières premières et aucun pesticide, herbicide ou autres ne rentrent dans mon exploitation. La réglementation est très stricte à ce niveau. En dehors de cela, comme je suis en autosuffisance, il y a aussi la période de la récolte de fourrage pour faire des stocks de nourriture pour l’hiver. Cela dure quatre mois, de juin à octobre. 

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Il est de plus en plus nécessaire d’avoir une formation dans le domaine agricole que ce soit à travers des études, des stages ou des formations. Il faut une bonne dose de motivation par rapport à la charge de travail mais aussi vis-à-vis des citoyens qui ne nous comprennent pas toujours bien. Il faut être patient et anticipatif au maximum. Il faut pouvoir également savoir faire des concessions tant au niveau familial qu’amical car en terme de temps libre, on n’a pas la même disponibilité que dans d’autres métiers.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

L’inconvénient principal est le fait d’être tributaire des intempéries ainsi que le manque de possibilité d’anticipation. On ne sait jamais prévoir à long terme ce qui va nous arriver tant par rapport à notre situation d’agriculteur que par rapport à la réglementation concernant l’exploitation. Tout cela évolue rapidement. Il ne faut pas oublier que la charge financière est lourde et en fin de parcours, on peut encore se poser la question de la rentabilité…

Les avantages sont liés au statut d’indépendant : on gère son quotidien à sa manière, on fait les investissements que l’on souhaite. Le contact avec la nature et les bêtes est un réel atout pour moi. Le travail extérieur m’est vital, je ne me vois pas passer une journée entière assis derrière un PC et dans une pièce fermée !

Quel est l’horaire de travail ?

Il est difficile de répondre à cette question car c’est très variable en fonction des saisons, du nombre de bêtes, de l’aide éventuelle qu’on reçoit… Mais je peux dire qu’il n’y a pas de journée standard 8h – 16h. Je suis debout très tôt et je m’arrête rarement avant 19h ! Je travaille parfois la nuit notamment lors de la période de vêlage.

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

Je suis technicien agricole de niveau A2, certificat de l’enseignement secondaire supérieur technique de qualification à Ciney. J’ai ensuite suivi en cours du soir une formation en boucherie-charcuterie. J’ai fait le choix de ces études parce que je savais ce que je voulais faire plus tard.

Quel a été votre parcours professionnel ?

Dès la fin de mes études en 1993, j’ai directement repris l’exploitation agricole que je gère actuellement. J’avais 20 ans à cette époque et j’en ai 38 maintenant.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Tout simplement par amour du métier. J’ai su très vite ce que je voulais faire plus tard et les options proposées dans l’enseignement secondaire répondaient tout à fait à ce que je cherchais. Les stages réalisés tout au long de mes études n’ont fait que confirmer mon orientation !

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Malgré tout ce qui se passe actuellement et ce qu’on en dit, je pense qu’il y a encore de l’avenir dans ce métier. La motivation et la patience doivent être de mise au quotidien. Il est également important d’avoir les deux pieds sur terre. Il faut savoir faire face aux difficultés car il y en a, on est tributaire de beaucoup de choses. Il est important également que le jeune se rende compte qu’il y a des sacrifices à faire et que le temps libre consacré à la famille ou aux amis est réduit !

Avez-vous une anecdote à raconter ?

L’anecdote est plutôt une constatation. Le monde externe à l’agriculture est souvent critique envers notre métier. Les gens ne comprennent pas notre situation, nos revendications et ils jugent, sans comprendre, les aides et les primes que l’on reçoit. C’est parfois difficile et douloureux à vivre.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.