Caroline Andrin, Céramiste

Interview réalisée en avril 2011

En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Mon activité se divise entre le travail de céramiste et l’enseignement à la Cambre. En tant qu’enseignante, je gère l’atelier de céramique deux jours par semaine mais je dois également faire un travail de préparation de cours ainsi que des tâches administratives chez moi. 

Mon travail artistique de céramiste me pousse à exploiter les possibilités d’une technique particulière liée à la céramique qui est le coulage de la porcelaine. Pour cela, je commande la matière première (la porcelaine de Limoges). Je développe également depuis quelques temps un travail avec une terre noire qui vient directement d’une carrière en Wallonie (la terre de Saint-Aubin). J’aime l’idée d’utiliser la terre qui vient directement du pays où j’habite. Je façonne des objets fonctionnels ou simplement culturels, décoratifs. Je reçois l’argile en poudre et pour pouvoir l’utiliser, je dois la préparer en la mélangeant avec de l’eau et des défloculants (pour éviter que la terre soit boueuse). La terre devient liquide et peut être coulée. Ensuite, la terre doit reposer pendant au moins 24 heures avant de pouvoir être travaillée. Après, je passe à la mise en forme. Traditionnellement, avec la terre de coulage, on utilise des moules en plâtre, cela permet de faire une cinquantaine d’objets identiques. Mais comme je vise davantage l’objet unique, j’innove en fabriquant moi-même les moules (à base de textiles, de plastique, de carton…).  La céramique nécessite de s’ouvrir à d’autres disciplines (comme la couture pour créer les moules). Une fois que le moule est créé, je coule l’argile, je laisse reposer et je démoule la pièce. L’ouvrage doit ensuite sécher et passer au four pour plusieurs cuissons à des températures qui peuvent aller jusqu’à 1250° ! Une cuisson dure plus ou moins 24 heures. Il existe d’autres techniques comme le modelage et le tournage mais je ne les pratique pas pour le moment. 

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ?

Une des qualités dans le travail de céramiste, c’est la patience. En céramique, tout prend du temps et chaque étape doit être respectée scrupuleusement. On fait donc souvent plusieurs choses en même temps. La créativité et la persévérance sont également indispensables. Il faut pouvoir avoir un certain recul et accepter que les éléments comme la terre ou le feu influencent le travail et ne donnent pas le résultat escompté. Je pense qu’on peut également parler de passion. Ce n’est pas un métier facile mais on reçoit beaucoup en retour ! Le travail de céramiste exige une partie solitaire dans l’atelier et sans beaucoup de contacts avec l’extérieur. A côté de cela, il y a le partage et l’échange de notre art avec des professionnels et des amateurs lors des expositions. J’ajouterai que l’apprentissage de l’anglais est très utile pour participer à des concours ailleurs qu’en Belgique, cela ouvre d’autres possibilités. Avoir les pieds sur terre, avoir confiance en soi et en son travail et écouter et accepter les critiques sont encore quelques clés de la réussite. 

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

L’avantage c’est la liberté de créer, de pouvoir travailler quand j’en ai envie. Je n’ai pas d’horaire de travail, je peux travailler le soir, le week-end si je suis dans un processus créatif. Mais cela représente parfois un inconvénient car finalement, la limite entre la vie professionnelle et la vie privée est très floue. Pendant mes temps libres, il m’arrive fréquemment de voir des expositions. Je pense et je vis « céramique » !

Quel est l’horaire de travail ?

Je n’ai pas vraiment d’horaire fixe. Mon temps libre est souvent lié à mon travail, je ne m’en détache jamais. Quand je travaille à l’atelier, je peux y passer de longues heures. Tout est une question de timing, par exemple le démoulage ne peut pas attendre et doit se faire à un moment précis. Par contre, le partage de mon temps de travail est rythmé par les cours que je donne 2 à 3 jours par semaine.

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ?

Mes études, je les ai faites en Suisse. J’ai fini l’enseignement secondaire en section littéraire mais j’avais déjà dans l’idée de m’orienter vers quelque chose d’artistique. J’ai ensuite suivi trois ans à l’Ecole Supérieure des Arts Appliqués à Genève dans la section céramique, l’équivalent du Bachelier ici en Belgique. Quand je suis arrivée en Belgique, une bourse m’a permis de suivre un an de céramique à la Cambre et de compléter ma formation. Actuellement, je me forme de manière continue et je participe à des stages ponctuels avec des artistes. 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Après mes études, j’ai participé et remporté plusieurs concours qui m’ont permis d’installer mon atelier et d’acheter un four céramique. J’ai donc pu rapidement lancer mon activité artistique, participer à des expositions, travailler avec des galeries tout en donnant des cours de modelage à des enfants et à des adultes. J’ai consacré plus de dix ans à développer mon activité artistique. Puis j’ai enseigné en cours du soir à l’Académie des Beaux-Arts d’Arlon pendant un an avant de commencer à la Cambre en 2006. Grâce à ces expériences, j’ai eu la chance de voyager et de m’ouvrir à d’autres techniques, comme la technique du verre à Montréal. Actuellement et parallèlement, je développe mon activité artistique en participant à des concours, à des expositions, à des conférences, en Belgique et hors de nos frontières. Je partage ainsi ma passion et je fais des rencontres intéressantes.
 

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Un peu par hasard… Pendant mes études secondaires, j’ai toujours beaucoup dessiné, modelé, sculpté et je savais que je voulais faire des études artistiques. J’ai été refusée au concours d’entrée en sculpture aux Beaux-Arts en Suisse mais j’ai été acceptée dans la section des arts décoratifs. Après quelques mois, je ne me sentais pas à ma place et c’est en discutant avec le directeur et les professeurs de l’école que je me suis intéressée aux arts appliqués et plus particulièrement la céramique. Et là, j’ai vraiment trouvé ce qu’il me fallait et ce que je recherchais ! J’ai donc appris que ce n’est pas un échec d’être refusé à un concours ou de rater une année. Cette expérience m’a permis d’ouvrir une porte que je n’aurais peut-être jamais poussée.

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Si c’est un jeune qui est passionné, je voudrais le prévenir que ce n’est pas facile. Il n’y a pas beaucoup de débouchés mais il faut le faire, il faut s’accrocher ! A chacun de trouver sa voie, ce qui lui convient. Il faut être ouvert à d’autres alternatives comme l’enseignement, le design ou le travail en industrie. Je pense que la céramique représente un potentiel encore sous-exploité. Il faut être passionné et prêt à faire des compromis. 

Avez-vous une anecdote à raconter ?

J’ai participé au concours international de Vallauris qui proposait trois catégories : sculpture, contenant et design. Mon travail de céramiste concernait le contenant. Je me suis donc présentée dans cette catégorie. Après ma sélection au 1er tour, le responsable du concours m’appelle pour avoir mon accord pour présenter mon travail dans la catégorie design. J’ai accepté et j’ai bien fait car finalement, j’ai gagné le prix du design !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.