Caroline Crevecoeur,
Ergothérapeute au sein de la Ligue belge de la sclérose en plaques

Interview réalisée en avril 2018

Pouvez-vous expliquer en quelques mots ce qu’est la sclérose en plaques ? Quel public est généralement touché par cette maladie ?

La sclérose en plaques (SEP) est la maladie neurologique chronique la plus fréquente chez les personnes entre 20 et 40 ans. En Belgique, il y a environ 12 000 personnes atteintes de SEP. Puisque le diagnostic survient généralement chez des jeunes, majoritairement des femmes, l’impact sur la vie familiale et professionnelle est important.    
Il s’agit d’une pathologie dégénérative auto-immune progressive qui se caractérise par une inflammation du système nerveux central. Parmi les symptômes les plus courants, on retrouve la fatigue chronique, les déficiences visuelles et sensorielles, la faiblesse musculaire avec altération de la mobilité physique, les troubles urinaires et intestinaux et les troubles cognitifs. La cause de la SEP est multifactorielle et il existe de nombreux traitements qui permettent de ralentir son évolution et d’agir sur les symptômes.       

Comment la Ligue belge de la sclérose en plaques vient-elle en aide aux personnes touchées par la maladie ?

La Ligue Belge de la sclérose en plaques propose divers services composés de professionnels, assistants sociaux et ergothérapeutes prêts à répondre aux diverses questions qui se posent à partir du diagnostic et tout au long de l’évolution de la maladie. Le service d’accompagnement est disponible pour aborder la réalité de vie avec la SEP et pour épauler les personnes dans leurs réflexions personnelles et leurs démarches administratives ou législatives. La Ligue, c’est aussi un soutien financier à la recherche scientifique, des collaborations régulières avec des neurologues, l’organisation de moments de bien-être, d’activités physiques, des séjours de vacances ou des sorties culturelles… Il y a également tout un réseau de volontaires actifs dans la vie de l’association.

Quel est le rôle de l’ergothérapeute dans ce contexte ? Quelles sont les différentes facettes de votre travail ?

En tant qu’ergothérapeute, je discute avec la personne de l’impact que la maladie peut avoir sur ses activités de la vie quotidienne. Nous passons en revue ses habitudes de vie dans son environnement habituel (sa maison, son lieu de travail, ses loisirs) afin de mettre en évidence les ressources et les difficultés de la personne. L’aspect relationnel occupe une grande place dans notre démarche d’accompagnement.

Il y a aussi un volet administratif qui consiste à rédiger des comptes rendus de visites, des rapports explicatifs des besoins de la personne et des propositions qui en découlent ou encore la réalisation de plans d’aménagement.

Concrètement, il devient parfois difficile de franchir le rebord de la baignoire, de se déplacer dans la maison ou encore de préparer un repas. Mon rôle d’ergothérapeute est alors d’informer sur les solutions qui existent et de proposer celle(s) qui conviendrai(en)t le mieux aux capacités de la personne. Je travaille donc, avec la personne et son entourage, l’aménagement de la maison, l’acquisition de matériel (aide à la mobilité ou aide technique) et le maintien ou le développement de ses activités socioprofessionnelles ou de loisirs.  On trouve ensemble d’autres manières de faire dans le but de continuer à être le plus autonome et indépendant possible dans son projet de vie.

Travaillez-vous seule ou en équipe ?

Il s’agit d’un travail où la multidisciplinarité occupe une place très importante ! En effet, il est intéressant de travailler en collaboration avec le travailleur social, l’infirmier à domicile, le kinésithérapeute, le logopède, les professionnels des centres de revalidation ou encore des organismes subsidiaires ou des entrepreneurs et architectes. Il y a aussi des moments où je peux travailler seule, lorsque je me rends en visites à domicile ou que je rédige des dossiers par exemple.

Quels sont vos horaires de travail ?

Je travaille du lundi au vendredi de 8h30 à 16h30. Occasionnellement et afin de s’adresser aux personnes qui travaillent encore, nous organisons des séances d’informations en soirée ou le week-end.

Quels sont les avantages et inconvénients de votre profession ?

Au niveau des avantages, je citerais d’abord la diversité des situations dans lesquelles l’ergothérapeute peut intervenir. Tout au long d’une carrière, je pourrais aborder différents thèmes avec des personnes de toute pathologie et de tous âges. Cette multitude de possibilités est la plus grande richesse de mon métier ! Ensuite, un autre avantage de mon métier d’ergothérapeute à domicile est la possibilité d’avoir une relation privilégiée avec la personne car on est dans un contexte privé et familial.

En ce qui concerne les inconvénients du métier d’ergothérapeute, je pourrais citer le manque de (re)connaissance dans la société ou vis-à-vis d’autres professionnels paramédicaux ou sociaux. En effet, il n’est pas rare de devoir expliquer en quoi consiste mon métier car il reste méconnu.
Parfois, on « réduit » l’ergothérapie à de l’animation occupationnelle ou à du bricolage sans pour autant en reconnaître ses fondements et ses bienfaits. Un autre inconvénient pour les ergothérapeutes indépendants est la limitation du remboursement octroyé par l’INAMI pour des prestations d’ergothérapie. Enfin, il existe très peu de masters directement accessibles aux ergothérapeutes. Espérons que cela évolue dans les prochaines années…

Selon vous, quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?

Un bon sens de l’observation, un esprit de raisonnement et de logique, la sociabilité, l’ouverture d’esprit, la patience, l’autonomie et l’organisation de travail.

Quels ont été vos parcours scolaire et professionnel ?              

Lors de mes études secondaires, j’avais l’option sciences, communication et langues modernes. Je me suis ensuite dirigée vers les études d’architecture où j’ai réussi la 1re année de bachelier. Pourtant, je n’étais pas sûre que c’était le métier que je voulais exercer.  J’ai alors passé deux tests d’orientation et me suis renseignée sur d’autres filières. A ce moment-là, j’ai découvert l’existence du bachelier en ergothérapie. J’ai alors suivi les trois années de bachelier à la Haute Ecole de la Province de Liège où le programme était assez chargé tant au niveau des cours que des stages. A la fin de mon stage pour le TFE, j’ai eu la chance d’être engagée pour un contrat de remplacement. Il s’agissait déjà d’un service de conseils en aides techniques et en aménagement du domicile. J’ai eu ensuite l’opportunité de signer un contrat à durée indéterminée dans le même domaine professionnel où je travaille depuis quatre ans. Actuellement, je suis en train de suivre le Certificat d’Education thérapeutique du patient chronique à l’Université de Liège, il s’agit d’une formation continue d’un an.

Au départ, pourquoi avoir choisi le métier d’ergothérapeute ?

Le métier d’ergothérapeute semblait bien correspondre à mon profil « social, scientifique, artistique ». C’est le fait d’aider les gens via des activités concrètes qui m’a attirée en premier lieu !  De plus, j’aimais aussi la finalité de rendre de l’autonomie et de l’indépendance dans la société à toute personne, peu importe son handicap.

Comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?

Actuellement, j’aime le domaine dans lequel je travaille et j’en apprends davantage chaque jour. J’envisage aussi de développer une activité complémentaire en tant qu’ergothérapeute indépendante, notamment à travers les compétences transmises par ma formation en Education thérapeutique.

Quels conseils pourriez-vous donner à un jeune qui souhaite devenir ergothérapeute ?

Se renseigner sur les divers domaines d’activités du métier. En effet, les champs d’action de l’ergothérapeute sont très variés et il y en a forcément certains qu’on aime et d’autres moins (centres de rééducation, ergothérapie à domicile, maisons de repos, écoles spécialisées, etc.).

Oser aller à la rencontre d’un ergothérapeute et demander de le suivre durant quelques jours sur le terrain. Pour le professionnel qui aime son métier, il pourra l’expliquer avec plaisir et pour l’étudiant, ça sera l’occasion de poser ses questions et de vivre le quotidien réel du métier.

Soutenir l’Union Professionnelle des ergothérapeutes qui est importante pour la reconnaissance et le développement du métier en Belgique.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.