Caroline, Infirmière aux urgences

Interview réalisée en décembre 2016

Quel est votre parcours scolaire ?

Après avoir effectué mes six années dans l’enseignement général secondaire, j’ai décidé d’entreprendre un bachelier en soins infirmiers dans l’enseignement supérieur en Haute Ecole. Ensuite, j’ai directement entamé une année de spécialisation pour obtenir le titre professionnel particulier en soins intensifs et soins d’urgences (SISU). A cela, s’ajoute une formation permanente obligatoire de 15 heures par an pour conserver le titre professionnel particulier SISU.

(note : actuellement le bachelier en soins infirmiers généraux s’organise en 4 ans et la spécialisation s’intitule « Soins intensifs et aide médicale urgente (SIAMU) »)

Pouvez-vous expliquer en quelques mots comment s’organise un service des urgences ? Quels sont les différents professionnels qui y travaillent ?

Le service des urgences est un service pluridisciplinaire dans lequel beaucoup de personnes ont un rôle à jouer. C’est une chaîne dont chaque maillon a une importance fondamentale dans la prise en charge et le suivi du patient.

L’organisation d’un service d’urgences se base, globalement, sur trois grands axes modulables en fonction des situations.

Cela commence par l’inscription et l’identification des patients par les agents administratifs du service d’urgences.

Ensuite, une étape cruciale du passage au service d’urgences est le tri. En effet, c’est là que l’infirmier d’accueil et d’orientation (IAO) définit, en collaboration avec un médecin, un niveau de priorité pour chaque patient, selon des critères préétablis. Evidemment, si le patient est réellement en situation d’urgence vitale, il passera directement à l’étape suivante, sans passer par le tri.

La dernière étape est la prise en charge globale du patient par une équipe médico-infirmière, des aides-soignants et des brancardiers. Ceux-ci assurent la continuité de la prise en charge en prodiguant certains soins, dits « de base » et d’autres requérant plus de techniques. Cette démarche a pour objectif de déterminer un diagnostic à l’égard duquel les équipes de soins administreront les traitements et la surveillance adéquats. Le patient sera, ensuite, hospitalisé ou pourra rentrer vers son domicile.

En tant qu’infirmière, quelles sont vos missions au sein de ce service ?

Les missions d’un infirmier au sein d’un service d’urgences sont multiples. 

Quel que soit le service, en tant qu’infirmier, notre rôle est d’écouter, observer, identifier les problèmes, d’assurer les soins et les traitements et d’accompagner les patients et leurs familles.

Dans un service d’urgences, il y a quelques spécificités. Il faut être capable d’assurer et d’organiser l’accueil et la prise en charge du patient en intra-hospitalier ainsi qu’en extra-hospitalier.

Il faut également être capable d’identifier de manière rapide et efficace les problèmes pour chaque patient et de déterminer des priorités. Enfin, dans des situations d’extrême urgence, il faut pouvoir maintenir les fonctions vitales du patient et les stabiliser en faisant appel aux connaissances théoriques et techniques acquises.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’exercer ce métier ?

L’imprévisibilité et la variété du travail, qui allient étroitement l’aspect technique et l’aspect relationnel, m’ont toujours passionnée. Le contact avec les gens (patient, famille, collègues, etc.) et la satisfaction de leur apporter une aide, un soutien m’épanouissent.

Dans votre métier, vous êtes parfois confrontée à des situations particulièrement difficiles. Comment faites-vous pour gérer ces interventions qui vous touchent ? 

Il est clair qu’au sein de ce service, nous rencontrons fréquemment des situations dramatiques et compliquées qui peuvent nous toucher de différentes manières. 

Au sein du service d’urgences, il est possible de demander de l’aide à un collègue afin qu’il prenne le relais pour certaines prises en charge ou situations pénibles. Malheureusement en extra-hospitalier (« SMUR » - Service Mobile d’Urgence et de Réanimation), il faut faire face à des situations complexes et imprévues générant du stress. Il faut, dès lors, garder une maîtrise de soi pour ne pas perdre ses moyens.

Cependant, faire partie d’une équipe est une force. Au retour d’interventions difficiles, nous parlons, nous discutons, nous débriefons, et dans la plupart des cas, cela suffit pour évacuer notre stress. Parfois, cela ne suffit pas. Mais il existe des professionnels spécialisés dans la prise en charge des intervenants qui peuvent aider à la gestion du vécu de ces situations.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre profession ?

Il est difficile de lister de manière précise les avantages et inconvénients de ma profession.

En ce qui me concerne, j’ai choisi le service d’urgences pour ce côté inattendu et imprévu. Il y a peu de routine, la monotonie ne fait pas partie de notre quotidien. Face aux plaintes diverses et variées des personnes que nous accueillons tous les jours, l’infirmier d’urgence doit s’adapter en développant ses connaissances et ses techniques. C’est un métier où les rapports humains sont extrêmement importants tant vis-à-vis des patients que des collègues. L’intensité physique et émotionnelle du métier d’infirmier urgentiste développe des sentiments de solidarité et de complicité entre collègues.

Les horaires irréguliers (prestations d’après-midi, de nuit, de weekend) sont inhérents à la profession. Ils impliquent une organisation familiale et sociale qui a ses avantages et ses inconvénients.

Malgré tout, le travail d’urgences étant par définition imprévu, il peut y avoir des situations pénibles, de détresse, d’agressivité, de stress, d’anxiété qu’il faut pourtant gérer. La charge et la pénibilité du travail peut varier d’un moment à l’autre. L’activité peut être parfois très intense.

Enfin, le service d’urgences est un service qui accueille des centaines de patients par jour, pour quelques heures seulement. Cela peut paraître frustrant pour l’infirmier qui assure d’ordinaire la continuité des soins, de quitter un patient sans savoir ce qu’il deviendra.

Et quelles sont les principales difficultés rencontrées au quotidien ?

Je pense que les difficultés sont étroitement liées aux inconvénients. Il faut pouvoir assurer la gestion de « soi-même » tout en assurant celle du patient et des familles. Il faut pouvoir rester maître de soi quel que soit l’endroit, l’heure ou la situation à laquelle il faut faire face (agressivité, charge de travail, stress, situation dramatiques, etc.). Nous devons expliquer et démontrer aux patients que : « Service d’urgences » ne veut pas dire « Prise en charge rapide » mais bien « Prise en charge selon certaines priorités ».

D’après vous, quelles sont les qualités requises pour exercer en tant qu’infirmier urgentiste ?

Les qualités pour exercer dans un service d’urgences portent tant sur le savoir-être que sur le savoir-faire.

Le savoir-faire se base sur notre liste d’actes infirmiers plus quelques spécificités liées à notre titre professionnel particulier SISU. Mais il faut rester humble et se remettre régulièrement en question pour affiner ses compétences et connaissances tous les jours dans le but d’évoluer.

Comme je l’ai dit précédemment, il faut être flexible, rester maître de soi et faire preuve d’adaptation pour pouvoir assurer nos missions au sein d’un service d’urgences. En d’autres termes :

  • Avoir des qualités d’écoute et de communication ; 
  • Avoir des qualités humaines et relationnelles par rapport au patient et à sa famille ;
  • Faire preuve de discernement, d’objectivité et analyser, observer ;
  • Pouvoir établir des priorités et prendre ses responsabilités ;
  • Prendre des décisions rapides et efficaces pour maintenir les fonctions vitales du patient ;
  • Comprendre, maîtriser et évaluer des actes techniques extrêmement sensibles et délicats ;
  • Réévaluer les situations pour favoriser le bien-être du patient et de sa famille ;
  • Etc.

Sans oublier que le travail dans un service d’urgences est avant tout un travail d’équipe dans laquelle il faut trouver sa place. Les qualités humaines et relationnelles y sont aussi très importantes pour maintenir une cohésion d’équipe. Il faut pouvoir être disponible, garder une attitude dynamique, être rigoureux et polyvalent.

Quels sont les conseils que vous donneriez à une personne qui a envie de se lancer dans le milieu ?

Le service d’urgences est un milieu tout à fait atypique dont « imprévus, priorités, efficacité et humanité » sont les maître-mots. 

La cohésion d’équipe est une force très importante ! Le travail en équipe permet de progresser et d’évoluer au jour le jour, surtout à l’arrivée dans ce genre de service.

Dans ce milieu, il faut assurer les missions qui nous sont demandées au quotidien. Il faut y mêler le savoir-faire dans les prises en charge mais aussi et surtout le savoir être. En effet, les patients et les familles arrivent souvent en état de détresse et il faut faire preuve d’une grande maîtrise de soi dans ces moments, garder la tête sur les épaules pour rester organisé et efficace par rapport aux priorités que l’on a établi. 

Chaque jour, chaque minute, chaque seconde est imprévisible et il faut toujours garder à l’esprit une certaine ligne de conduite pour ne pas se disperser dans son travail. 

Pour bien évoluer dans ce milieu, il faut faire preuve d’une grande capacité d’adaptation tout en restant régulier et systématique dans les prises en charge pour ne rien oublier.

Rien est acquis et se remettre régulièrement en question permet d’évoluer tout au long de sa carrière. Les ficelles du métier s’acquièrent progressivement au fil des années tant au niveau technique que social.

Il faut toujours rester conscient de ses propres responsabilités et du rôle que l’on a.

Enfin, à mes yeux, le métier d’infirmier urgentiste est un magnifique métier et je m’y épanouis tous les jours malgré l’intensité et la complexité qui le caractérisent.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.