Catherine Legrand, Biostatisticienne

Interview réalisée en octobre 2015

Comment est né votre intérêt pour la biostatistique ?

J’ai toujours eu un intérêt pour la médecine et la biologie (peut-être parce que mon père est médecin) mais tout en appréciant la rigueur des mathématiques (ma mère était enseignante en maths). Néanmoins, je me suis rendue compte très vite que, plutôt que de soigner des gens, c’était surtout le fait de faire progresser la médecine qui m’intéressait. Les statistiques, et en particulier les biostatistiques, m’apparaissaient alors être une bonne solution ! De plus, dans ma licence en mathématique, il y avait un cours de biostatistique qui m’a passionnée d’où mon envie de m’y spécialiser.

En quoi consiste votre métier de biostatisticienne ?

Si je travaille actuellement en tant qu’enseignante et chercheuse pour l’Institut de Statistique, Biostatistique et Sciences Actuarielles (ISBA) de l’Université Catholique de Louvain (UCL), j’ai commencé ma carrière professionnelle à l’EORTC (Organisation Européenne pour la Recherche et le Traitement du Cancer) tout en faisant  un doctorat. C’est là que j’y ai appris concrètement le métier de biostatisticienne. J’y suis restée 10 ans et j’y ai travaillé sur de nombreux essais cliniques qui, j’aime à le penser, ont mené à certaines avancées importantes dans le domaine médical. Concrètement, mon travail consistait en un support statistique pour l’établissement, le suivi et l’analyse d’essais cliniques sur différentes pathologies, notamment  avec des patients atteints d’un cancer du poumon.

Pour en revenir à mon parcours professionnel j’ai aussi travaillé durant quelques années pour le groupe pharmaceutique MSD, spécialisé dans la conception, le développement, la fabrication  et la commercialisation d’une gamme étendue de médicaments.

J’y ai également fait des tests sur différentes pathologies (principalement l’asthme et le  virus de l’immunodéficience humaine). C’était également très intéressant dans la mesure où cela impliquait d’utiliser des techniques statistiques bien différentes.

Pour ma part, je me suis spécialisée dans le domaine des essais cliniques, mais le métier de biostatisticien a bien d’autres facettes. Il me paraît important de souligner que le biostatisticien n’est pas médecin et ne pose donc pas de diagnostic mais, de par son travail de recherche et d’analyse, il aide le personnel médical dans la prise de décision. En somme, il analyse les données d’un échantillon de patients pour arriver à une conclusion sur la population de patients qui permettra de déduire, par exemple, qu’un traitement ou un médicament est plus approprié qu’un autre pour un certain profil de patients.

Quelles types de questions sont traitées par les chercheurs en biostatistique de l’ISBA ?

Ce centre de recherche regroupe une dizaine de professeurs ainsi qu’une quarantaine de chercheurs. Les principaux domaines de recherche s’articulent autour de la statistique mathématique et l’analyse probabiliste, la biostatistique, l’économétrie et la statistique des risques assuranciels et financiers. Dans le domaine de la biostatistique, voici quelques exemples de questions traitées par des chercheurs au sein de notre institut : « Comment évaluer l’efficacité des vaccins contre la grippe ? », « Pourquoi y a-t-il plus de décès enregistrés dans certains hôpitaux ? », « Comment identifier les facteurs précurseurs de la maladie d’Alzeihmer », etc. Pour ces questions, un premier aspect sera d’identifier et développer les techniques d’analyses appropriées pour y répondre. Ensuite, un second aspect sera de mener l’analyse, d’interpréter les résultats et les communiquer aux professionnels et/ou commanditaires de l’étude (médecins, cabinet ministériel, physiciens, etc.). Ce travail allie donc rigueur du chercheur, notamment lors de la publication des résultats de recherche dans des revues méthodologiques et un effort de vulgarisation dans la communication de ces résultats aux équipes médicales. Les chercheurs en biostatistique vont en général plutôt se consacrer au premier aspect, tandis que le biostatisticien dans le privé va surtout travailler sur le second aspect, bien qu’en général tout le monde couvre, au moins en partie, les deux aspects !

Existe-t-il différents types de biostatisticiens ?

Outre le secteur médical et pharmaceutique, on retrouve le biostatisticien dans l’agro-alimentaire ou encore dans la nature et l’environnement. En fait, le biostatisticien peut être rattaché à toutes les sciences du vivant ! Que ce soit à la médecine, l’épidémiologie, la biologie, l’agronomie, la psychologie, etc. Le statisticien lui, trouvera sa place dans toutes les sciences : la chimie, la physique, l’astrologie, etc. Le champ des applications est tellement vaste que généralement, le statisticien et le biostatisticien se spécialisent dans un domaine bien précis.

A votre connaissance, les biostatisticiens trouvent-ils facilement de l’emploi ?

Oui certainement. Les débouchés sont nombreux. On retrouve aussi bien des biostatisticiens dans des ministères que dans des firmes privées, des centres de recherche, des associations, etc. La biostatistique, comme la statistique d’ailleurs, est encore très méconnue auprès de la jeunesse. Or, la demande est grande sur le marché. J’ai personnellement trouvé mon premier emploi en deux semaines, et aujourd’hui encore nos étudiants trouvent en général un emploi sans aucune difficulté.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

Lors de chacune de mes expériences professionnelles, j’ai eu le sentiment d’apporter une aide concrète à des médecins ou à d’autres spécialistes dans leurs études et recherches, d’apporter ma petite pierre à l’édifice de la progression de la science ! C’est aussi très gratifiant quand un éminent scientifique vous accorde sa confiance et se base sur vos analyses.

J’apprécie aussi la diversité du métier : on ne fait que rarement, voire jamais, la même chose. On prépare l’essai ou l’expérience en collaboration avec les experts du domaine concerné, on analyse les résultats avec différentes méthodologies en fonction de la question posée, on rédige le rapport destiné au(x) spécialiste(s) et on participe en général à la publication des résultats, ce qui nécessite d’ailleurs un certain travail de vulgarisation !

Enfin, il y a le fait que la statistique est encore très récente et donc les outils, informatiques notamment, et techniques que l’on utilise sont en perpétuelle évolution, ce qui est très motivant.  

Ce qui vous plaît le moins ?

C’est un métier très stimulant intellectuellement mais aussi de ce fait assez fatigant ! On n’arrête jamais de réfléchir ! Certains pourraient aussi ressentir une certaine pression : en effet sur base du travail et des conclusions du biostatisticien peuvent découler des décisions parfois très importantes. Il vaut donc mieux  ne pas se louper dans ses analyses ! Le métier demande une grande part de responsabilité ! Mais comme je le disais, c’est aussi cela qui rend ce métier si gratifiant !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.