Catherine Schreurs, Naturopathe

Interview réalisée en mai 2014

Pouvez-vous décrire votre activité au quotidien ?

J’axe principalement la naturopathie sur l’alimentation et les bienfaits de l’alimentation sur la santé. J’ai 4 axes principaux dans mon travail : des consultations, des ateliers cuisine-santé, des conférences et un service de « placardologie » c’est-à-dire que je vais chez les gens pour analyser le contenu des placards de leur cuisine.
Comment s’articulent mes journées ? J’ai des plages horaires qui sont prises pour les consultations. Comme je donne des ateliers cuisine-santé, je dois les créer, réaliser des recettes et les goûter. Je dois réaliser les documents et les faire imprimer. Je prépare mes conférences. Il me faut à peu près 7 jours pour préparer une conférence de 2 heures. Il y a aussi toute une part de marketing pour se faire connaître. Ce n’est pas évident de se faire connaître et de se créer une clientèle. Faire des flyers, élaborer ses cartes de visite, rédiger des publicités pour certaines publications, etc. Cela prend énormément de temps.  Il y a la partie administrative pure : feuille de caisse, comptes, liste des courses pour les ateliers cuisine-santé, etc. C’est un investissement énorme au début. C’est semer des graines partout. Cela demande beaucoup d’énergie et de volonté.
L’année passée, j’ai animé bénévolement un stand pour les jeunes à propos de l’alimentation pour la Commune de Genappe. J’ai fait le jeu des frigos, j’ai construit une pyramide alimentaire, j’ai récolté des emballages de produits, etc. 
J’ai commencé mon activité il y a un peu moins d’un an. A présent, j’ai des gens qui téléphonent régulièrement pour des consultations. C’est un métier passionnant et très varié qui permet d’aider les gens en leur donnant des pistes pour retrouver la santé.

Quelles sont les demandes des personnes qui vous consultent ?

C’est très variable. Il y en a qui viennent parce qu’ils ont envie d’en savoir plus à propos de l’alimentation, la santé et avoir des pistes. Il y en a d’autres qui viennent parce qu’ils veulent perdre du poids ou reprendre une meilleure hygiène de vie. Certains viennent pour des problèmes très précis, des problématiques de santé : diabète, maladie de Crohn, etc.
Il y a une demande à apprendre et à découvrir. Par exemple, je fais une conférence sur les omégas 3, 6 et 9 où j’explique quels sont leurs bénéfices ou impacts sur la santé. Les gens viennent parce qu’ils ont envie d’en savoir plus. Le plus difficile c’est de faire connaître mes activités. De faire savoir qu’on peut apporter beaucoup en prévention et aussi en support secondaire à la médecine en cas de pathologie pour améliorer la santé grâce à l’alimentation. 
Les naturopathes souhaitent davantage de collaboration avec les médecins. La plupart des médecins connaissent mal notre métier. Ma patiente qui souffre de la maladie de Crohn a changé toute son alimentation en 3 mois et les résultats sont incroyables. Son médecin voit le changement lui aussi. On peut apporter un plus au patient. On peut passer une heure avec la personne pour l’orienter dans ses choix alimentaires, lui expliquer comment améliorer son alimentation, que manger quand on est allergique au gluten ou aux produits laitiers, faire connaître toutes les alternatives, toutes les choses délicieuses qu’on peut cuisiner et qui sont tellement plus saines pour la santé.

Comment la naturopathie a-t-elle pris place dans votre parcours ?

Depuis l’adolescence, je m’intéresse aux articles de santé. Quand je suis sortie de l’école secondaire, je pensais à la médecine mais j’en ai été dissuadée. Après un début en sciences économiques, j’ai finalement étudié le tourisme. J’ai travaillé comme agent de voyage pendant 8 ans. J’ai ensuite travaillé chez ING comme « assistante commerciale au Private Banking » pendant 8 ans. 
Après mes études de tourisme, comme je m’intéressais à la santé, j’ai commencé des cours sur l’alimentation avec Alain Mahieu. Il y avait 6 samedis de cours sur les principes d’alimentation. J’ai ensuite suivi la formation de Dominique Baudoux sur les huiles essentielles. J’ai entendu des personnes parler de naturopathie. Quand j’ai commencé à travailler chez ING, je me suis inscrite à l’Ecole de Santé Holistique pour mon cursus de naturopathie. Au départ, ce n’était pas dans un but professionnel, c’était par passion et par intérêt personnel. Cela a duré 5-6 ans, comme je travaillais et qu’il y avait 1200 heures de cours. J’étudiais le soir et le week-end. Après cela, j’ai pensé en faire mon métier mais comme je travaillais déjà à temps plein j’étais partagée. Quand j’ai perdu mon travail chez ING, j’ai fait appel à Créajob (une couveuse d’entreprise) pour m’aider dans le démarrage de ce projet. C’est super important. Quand je vois tout ce qu’ils m’ont apporté, je me dis : Comment peut-on se lancer sans ce bagage-là ? Il faut faire un dossier où on réfléchit à sa clientèle, à ses concurrents, son marché, les produits, comment les présenter, un plan de rentabilité, etc. On passe devant un comité et on entre en couveuse d’entreprise. On a des cours de communication, de comptabilité, d’assertivité, etc. On a un coach qu’on voit tous les 15 jours. Tous les 3 mois, on doit passer devant le comité pour expliquer ce qu’on a réalisé, pas réalisé et pourquoi. On a un comptable qui s’occupe de nous pour la comptabilité.


Quelle formation avez-vous suivie ?

J’ai fait une formation de praticien naturopathe de 1200 heures qui est passée à présent à 1500 heures de cours réparties sur 4 à 5 ans selon la disponibilité de la personne. Il y a une autre formation d’éducateur de santé hygiéniste qui dure 2 à 3 ans avec 600 à 900 heures de cours. Ils veulent uniformiser et faire reconnaître le diplôme de naturopathie au niveau européen et mondial. L’école de santé holistique à Anderlecht où j’ai fait mes études est membre de REFORMED depuis 2007 et est agréé depuis 2008. REFORMED c’est Regroupement Européen pour la FOrmation et la Reconnaissance des MEDecines non conventionnelles. C’est une organisation internationale de droit belge qui a pour but de regrouper au niveau européen et international les acteurs œuvrant pour la formation et la reconnaissance des médecines non conventionnelles. En 2012, la Commission européenne a nommé officiellement REFORMED expert pour la mise en place de critères de formation en matière de médecines non conventionnelles.

C’est une formation longue. A la fin des études on a un stage à effectuer et un travail de fin d’études à réaliser. On apprend énormément avec la pratique aussi.
C’est un métier qui est infini dans les connaissances et les potentiels d’apprentissage. Il faut se tenir au courant des recherches et des découvertes scientifiques, des nouvelles idées, connaître un maximum de choses dans tous les domaines. Un naturopathe peut travailler entre autres avec l’énergétique, la médecine traditionnelle chinoise, l’aromathérapie, avoir des notions d’Ayurvéda, etc. C’est un chemin de vie, on n’a jamais fini. On est toujours en train de découvrir de nouvelles choses qui permettent d’approfondir nos connaissances et d’apporter un plus à nos patients.

Quelles sont les qualités importantes pour exercer cette profession ?

Il faut être à l’écoute, être accessible aux gens, être ouvert, avoir de la compassion. Les gens apprécient qu’on soit simple, naturel et spontané. 

Quels sont les publics que vous touchez ?

Cela varie beaucoup, cela peut aller de 25 ans à 70 ans. La majorité est entre 40 et 60 ans, à cet âge, les gens prennent plus conscience de l’importance de leur santé. Ils s’intéressent plus à leur santé et au fait de se conserver le mieux possible le plus longtemps possible. 
C’est un public curieux qui a envie d’apprendre à titre préventif ou par besoin quand ils ont un problème de santé. Ce sont des personnes qui cherchent des alternatives.

Quelle est la place des naturopathes actuellement en Belgique ? Comment voyez-vous l’évolution de cette profession ?

Il y a de plus en plus de naturopathes et d’écoles de naturopathie. Il y a un changement de conscience qui se fait progressivement. Les gens en ont assez de mal manger, ils prennent de plus en plus la responsabilité de prendre soin d’eux-mêmes. Il y a une envie de prendre sa vie en main, d’être plus autonome, d’être responsable de sa santé. Il y a un changement de conscience à tout point de vue : au niveau de l’alimentation, de la protection de la nature, etc. Je pense que c’est un métier d’avenir même si pour l’instant il faut encore ouvrir des portes.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui s’intéresse à ce métier ?

D’être passionné ! Et qu’il peut toujours m’appeler. On a parfois des questions très personnelles et c’est avec plaisir que je les aiderai et que je répondrai à leurs questions. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.