Catherine Somers, Costumière

Interview réalisée en juillet 2008

Catherine Somers est costumière depuis 17 ans. 

En quoi consiste votre activité au quotidien ? 

Mon rôle dans une production de théâtre est de créer des costumes en collaboration avec le metteur en scène. Après discussion et lecture du texte avec le metteur en scène, il me donne des pistes. Généralement, je rencontre aussi les comédiens. J’amoncelle de la documentation, des photographies, … et je dessine des propositions de costumes qui évolueront selon les remarques et desiderata du metteur en scène. Ensuite, je recherche les matières et tissus pour réaliser les costumes. Parfois, on réalise les costumes à partir de vêtements existants, de vieilles fripes ou d’objets qu’on transforme. Classiquement, j’échantillonne sur les maquettes, mais tout peut être modifié selon les répétitions. Dès que les maquettes définitives sont acceptées par le metteur en scène et qu’elles sont échantillonnées, je les donne à l’atelier de couture du théâtre. Les couturières exécutent d’abord des toiles. Ensuite, on passe aux essayages pendant lesquels on peut encore rectifier le tir. Finalement, le costume est réalisé dans les tissus sélectionnés. 

Je peux aussi intervenir dans la décoration de costumes, patine, teinture, etc… pour trouver une unité de style et une finition de qualité. Il faut aussi chausser les comédiens : parfois, je fais appel à des bottiers pour fabriquer des chaussures sur mesure dans des couleurs précises ou pour des reconstitutions de chaussures historiques. Je peux aussi faire appel à des modistes pour faire des chapeaux. 

Quelles sont les qualités personnelles nécessaires pour exercer votre profession ? 

Il faut être humble : on est avant tout au service d’un spectacle et d’une équipe. Il ne faut pas vouloir briller soi-même, faire son numéro avec des costumes très clinquants qui ne serviraient pas la fable qu’on va raconter. Il faut aussi faire preuve de psychologie car on travaille beaucoup avec les corps des acteurs. Si un acteur est plutôt gros, on a envie d’en profiter, voire d’exagérer la silhouette, ce qui exige beaucoup de tact auprès du comédien. 

Il faut être à la fois zen et très réactif face aux situations d’urgence : évaluer si le budget le permet, si le personnel compétent est disponible, si on dispose d’assez de temps ; et prendre une décision rapidement. 

Il faut aussi gérer le planning et …donc son stress et celui des autres … Il y a un moment où tout devient électrique, où les comédiens commencent à avoir le trac. C’est le moment de les réconforter : notre métier est très proche de la scène et il y a une connivence avec les comédiens. 

La costumière est-elle présente lors des représentations ? 

Non, le travail de la costumière s’arrête le jour de la première. Généralement, à partir du moment où on a fait la livraison costumes (environ 15 jours avant la première), il y a une habilleuse qui commence à travailler. L’habilleuse est liée au plateau, c’est elle qui va entretenir les costumes, s’occuper du nettoyage, réparer les costumes, aider les comédiens à s’habiller pendant les représentations. 

Quels sont les avantages et inconvénients de votre métier ? 

C’est un métier merveilleux et loin d’être monotone. On travaille avec différentes équipes, dans différents théâtres. Malheureusement, c’est un métier assez intermittent. On peut rester plusieurs mois sans travail et sans espérance de contrat. C’est assez insécurisant. De plus, les projets sont à géométrie variable : parfois, il y a beaucoup de costumes ; parfois, peu. J’ai du attendre l’âge de 40 ans pour recevoir des propositions de collaboration assez suivies. Il faut toujours et sans cesse montrer ce que l’on vaut, et donc faire connaître son travail, « faire » ses relations publiques, se montrer aux premières, etc. 

Quel est l’horaire de travail ? 

C’est très variable. Dans des théâtres structurés, les ateliers de couture fonctionnent de 8h à 17h. Néanmoins, je peux commencer à 8h en passant à l’atelier, ensuite chercher, choisir et acheter des tissus dans l’après-midi, et puis, assister à une répétition ou à un essayage de costume. Enfin, en soirée, j’assiste aux répétitions pour faire le lien entre le plateau et l’atelier, pour comprendre les demandes d’aménagement de costumes. Chaque journée est différente et je l’organise comme je l’entends. 

Quelles études avez-vous faites pour accéder à cette profession ? 

J’ai étudié la scénographie à La Cambre avec Serge Creuz. La scénographie, c’est le graphisme de la scène, la création des décors et des costumes. J’ai aussi suivi des formations en informatique, pour faire des plans et pouvoir les envoyer par mail. 

Quel a été votre parcours professionnel ? 

Mes études ont duré 5 ans. Durant les deux dernières années, il n’y avait que trois ateliers par semaine : j’ai donc trouvé des petits boulots dans des créations de spectacles. Coudre en atelier, assister le scénographe… Mon diplôme en poche, j’ai pris un contrat d’habilleuse en me disant que ça allait m’introduire dans d’autres équipes. C’était un contrat de longue durée, ce qui est assez rare. J’ai fait de l’habillage sur trois spectacles, avec des tournées : cette expérience a constitué une véritable formation après l’école. On se retrouve vraiment sur un plateau, on découvre la réalité des acteurs, d’un spectacle. On voit pourquoi le costume doit être solide et facilement lessivable ! 

Puis, j’ai réalisé la création de costumes d’un Shakespeare. Ensuite, les propositions de créations de costumes se sont enchaînées. Cela dit, j’ai connu un creux professionnel pendant deux ou trois ans. Une longue période où je ne voyais rien venir, un peu paniquante. Alors, j’ai décidé de proposer mes services dans un magasin de chapeaux. Les chapeaux m’ont toujours fascinée. Pendant deux ou trois ans, j’ai arrêté ma carrière de costumière et j’ai travaillé dans les chapeaux. J’ai repris un magasin à Bruxelles avec mon associée actuelle et j’ai écris aux gens avec qui j’avais travaillé au théâtre. Cela a un peu relancé la machine. Depuis 10 ans, je me partage entre la création de costumes et de temps en temps de décors de théâtre et la boutique où nous créons une collection de chapeaux. La boutique permet aussi des collaborations avec d’autres costumiers pour lesquels on fabrique des chapeaux, sur base de leurs maquettes ! 

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ? 

Je dirais qu’il faut se fondre dans une équipe, se mettre au service de la fable que le metteur en scène va raconter. Ne pas être hermétique à la technique : même si une costumière ne doit pas savoir coudre ou couper, elle doit être capable de diriger et de dialoguer avec des techniciens de la coupe et de la couture. Il faut bien sûr être passionné et disponible. Il faut aller régulièrement au théâtre, regarder beaucoup de films, visiter des expos de peinture.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.