Cécile Uytterhaeghe, Bibliothécaire

Interview réalisée en avril 2014

Quel est votre parcours ? 


J’ai fait une licence en communication sociale. Après mes études, je n’ai pas trouvé de travail tout de suite, j’ai donc suivi les cours pour obtenir le certificat de bibliothécaire, qui s’obtenait à ce moment-là en un an en cours du soir. Au moment de choisir mes études, j’avais déjà hésité à me lancer dans la formation de bibliothécaire en cours du jour mais j’avais notamment un peu peur des cours de langues qu’on retrouve dans la formation. 

Une fois le certificat obtenu, j’ai tout de suite été engagée à la bibliothèque de la Ville de Mons et j’y travaille toujours. Entre temps, j’ai suivi une 2e année de formation dans le cadre d’une évolution de carrière. 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir bibliothécaire ? 


L’amour des livres et de la lecture et l’éveil à la culture et au monde. J’ai aussi toujours beaucoup fréquenté les bibliothèques durant mon adolescence. 

C’est aussi lié à un certain attrait pour tout ce qui concerne l’ordre, le rangement, le classement etc. 

En quoi consiste concrètement votre métier ? 


Les livres n’arrivent pas seuls à la bibliothèque, il faut donc les sélectionner. Pour cela, nous nous basons sur les demandes des lecteurs mais nous essayons également de leur proposer des choses sortant des sentiers battus. C’est une façon de promouvoir  la culture dans sa diversité. Nous passons ensuite à l’étape de la catalographie : encodage informatique des livres, mise en catalogue, choix de sujets, de mots-clés qui permettent de retrouver un livre facilement lors d’une recherche. Il faut aussi recouvrir les livres, apposer une étiquette, les identifier comme appartenant à la bibliothèque, etc. Il faut aussi assurer les tâches administratives liées au prêt et au retour des livres. 

Une des tâches principales du bibliothécaire consiste aussi à accueillir les lecteurs, à les renseigner. Il faut également présenter les nouveautés, faire vivre la bibliothèque. Nous avons pour mission d’orienter le visiteur dans ses recherches, de faire en sorte qu’il sorte de la bibliothèque avec des réponses, à défaut du livre qu’il cherchait (l’endroit où il peut le trouver, le titre exact d’un ouvrage, etc.). 

Même si une bibliothèque publique n’est pas spécialisée dans un domaine en particulier, l’aspect documentation est malgré tout important. Nous proposons toute une série de documents vulgarisés sur des sujets plus pointus, de façon à diversifier la collection. 

Enfin, il faut gérer l’accueil de groupes plus particuliers que les lecteurs « classiques » : groupes d’enfants, de personnes handicapées, etc. et assurer des animations.  


Quel type d’animations proposez-vous ?


Nous proposons des animations régulières pour les classes, lors desquelles nous présentons la bibliothèque, le système de classement, les recherches sur ordinateur, etc. Nous recevons aussi des demandes d’animations plus spécifiques de la part de partenaires. 
Nous organisons des rencontres avec des auteurs locaux. Ces rencontres sont principalement destinées aux adultes mais nous comptons nous diversifier et proposer des auteurs de BD, de livres pour enfants, etc. 
Dans le cadre du réseau de lecture publique de Mons, nous participons aussi au Salon du livre de jeunesse où on retrouve différentes animations comme des spectacles de théâtre, par exemple. 

L’objectif de ces démarches est d’amener les gens vers le livre et la lecture et qu’ils découvrent la diversité de la production.  

Quel est votre public principal ?


Il est assez varié. En résumé, nous comptons 1/3 de moins de 18 ans et 2/3 de plus de 18 ans. Nous accueillons 25 à 30 classes ainsi que des collectivités. 

On pourrait croire que les plus jeunes qui viennent avec leurs parents quand ils sont petits ne reviennent plus quand ils grandissent mais ça n’est pas toujours le cas. On observe que certains d’entre eux continuent à venir s’approvisionner en livres ou BD. 

Quelles sont, selon vous, les qualités et compétences indispensables pour être bibliothécaire ?


Il faut être curieux, ne pas se contenter de la première réponse mais utiliser les outils à disposition, comme Internet ou le prêt interbibliothèques par exemple, afin de fournir la réponse la plus précise au lecteur. S’il cherche un livre qui ne se trouve pas dans la bibliothèque, il ne faut pas se contenter de dire qu’on ne l’a pas, mais lui indiquer où il peut le trouver, comment il peut se le procurer…

Il faut une certaine rigueur, un esprit cartésien, en lien avec le travail de catalogage et de classement, mais aussi une touche de créativité, d’inventivité pour faire vivre la bibliothèque et pouvoir proposer des animations originales qui cassent un peu l’image que les gens ont d’une bibliothèque poussiéreuse. 

Enfin, le sens de l’accueil et du contact est primordial. 

Quel est l’impact de l’arrivée du numérique sur votre travail, sur le public ? 


Même si on a pu constater une légère diminution en termes de fréquentation du public, si les gens lisent peut-être moins ou différemment, il reste toujours des « gros » lecteurs qui continuent à venir emprunter. On annonce la fin du livre papier depuis longtemps mais il est toujours là !

Cependant, on répond à la demande des visiteurs par rapport au numérique car il y a un Espace Public Numérique au sein de la bibliothèque qui propose des formations pour l’utilisation des tablettes et des liseuses. Cela permet de découvrir des applications en lien avec le livre qui sont très intéressantes et impossibles à imaginer avec le papier. 

Je pense donc que les deux supports, papier et numérique, sont voués à coexister. 

Quels sont les points positifs et négatifs du métier de bibliothécaire ? 


Parmi les points positifs, je dirais le contact avec les autres, l’encrage dans la vie culturelle. 
Les horaires, avec des heures d’ouverture adaptées au public et qui impliquent le samedi, représentent peut-être le point négatif. 

Est-ce un métier qui évolue et qui est amené à évoluer ? 


Oui, tout à fait. Le nouveau décret nous amène à nous tourner davantage vers l’extérieur, à faire preuve d’esprit d’ouverture. Il faut être à la recherche d’un autre public que celui qui vient déjà de lui-même à la bibliothèque. 

C’est aussi un métier qui s’est informatisé, que ce soit au niveau de la gestion que des animations et de la communication envers le public. Malheureusement, la formation n’est pas vraiment en adéquation avec la réalité du terrain. On apprend toujours à travailler avec le système papier, on n’utilise pas les logiciels spécifiques, etc. Tout cela s’apprend en stage généralement. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait exercer ce métier ? 


S’armer de patience car il n’y a pas de postes vacants en permanence. Développer sa curiosité, aimer le contact, l’animation avec les gens car il ne s’agit pas de passer tout son temps derrière un bureau. 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.