Céline Canziani, Statisticienne

Interview réalisée en octobre 2015  —  Interview 1249

Pouvez-vous nous présenter votre métier de « statisticienne » ?

Je suis une statisticienne orientée vers la statistique informatique, c’est-à-dire que je mets mes compétences en statistique au profit de l’informatique  pour une société américaine, SAS, qui met en place des solutions analytiques chez ses clients axés sur des programmes adaptés à leurs besoins et parfois axés sur des développements statistiques.

Mon travail consiste à aller chez le client et à implémenter un modèle ou une solution. Je travaille essentiellement dans le domaine de la fraude bancaire. Dans les grandes lignes, je fais partie des équipes qui implémentent des solutions anti-fraude dans certaines banques. Cela implique de créer un modèle détectant les fraudes et ensuite de mettre sur pied une interface afin que les investigateurs de la banque puissent travailler sur les résultats des modèles implémentés.

Ma méthodologie de travail change de projet en projet, en fonction de l’équipe avec laquelle je travaille, des différents profils et varie aussi selon que l’on implémente un modèle ou une solution.

Qu’est-ce qui vous plaît tout particulièrement dans votre métier ?

Beaucoup de choses me plaisent ! J’ai tout d’abord la chance d’avoir un métier qui correspond aux études que j’ai faites. Etant statisticienne (orientée statistique informatique) avec un bachelier en sciences économiques fait préalablement, être consultante en analytique dans le domaine de la fraude est typiquement ce que je cherchais. Ensuite, j’aime beaucoup le métier de consultante. En effet, cela me permet de travailler parfois sur des projets en parallèle, mais surtout de travailler pour des clients différents toute l’année.

Le contenu de mon métier est, lui aussi, très plaisant pour moi. Rien de tel, pour mon profil en tout cas, que d’être confrontée à des challenges statistiques mais également techniques ! Même si je suis en mission statistique chez un client, il y a un minimum de technique à maîtriser derrière afin de ne pas être perdue sur l’environnement informatique du client, surtout quand l’équipe n’est pas très étendue.

Quelles difficultés rencontrez-vous dans la pratique de votre métier ?

Lors d’études statistiques, le plus gros problème vient des données. Quel que soit le client chez qui nous allons, la qualité des données n’est pas du tout au rendez-vous (ou exceptionnellement). Et quand la qualité des données est plus ou moins correcte, généralement c’est la récolte de ces données qui pose problème.

Si vous deviez citer trois qualités essentielles que doit posséder un statisticien, quelles seraient-elles ?

- Être curieux et toujours vouloir aller plus loin. Les données sont des sources incroyables d’information. Profitons-en !

- Des qualités analytiques, mais pas uniquement. Pouvoir analyser des séries de données de la meilleure façon, c’est une chose. Mais pouvoir expliquer ces résultats analytiques pour qu’ils soient compréhensibles pour un non-statisticien est primordial. En tout cas dans mon métier, car je suis confrontée à des clients qui n’ont aucune connaissance statistique.

Ce point est probablement biaisé venant de moi, puisque je me suis tout de suite orientée vers la statistique informatique, mais pour moi un bon statisticien doit avoir de bonnes et sérieuses connaissances de programmation et informatiques générales. En effet, nous nous dirigeons vers le big data et les infrastructures informatiques de plus en plus puissantes que nous nous devons de maîtriser.

Y a-t-il sur le marché de l’emploi une forte demande en statisticiens

Rien qu’à voir les offres d’emplois possibles sur LinkedIn, je pense bien que oui ! Du côté des firmes de consultance, la demande est bien réelle. Le secteur pharmaceutique est un secteur qui a clairement besoin de statisticiens. Le secteur bancaire demande également pas mal de profils analytiques. Je pense sincèrement que le domaine de la statistique est à ses débuts et que la demande pour les profils statistiques/analytiques ne va faire qu’augmenter avec le temps.

Que diriez-vous à un jeune pour qu’il s’intéresse à la statistique ? 

Que la statistique telle que vue à l’école n’est pas du tout le reflet de la statistique dans le monde réel, et que ne pas aimer les statistiques (car ce sont des calculs et pas la vraie statistique que l’on voit à l’école) est tout à fait normal ! Si on m’avait dit, quand je suis rentrée en première année à l’université, que je ressortirais statisticienne, j’aurais bien rigolé !

Par ailleurs, je lui donnerais sans doute des exemples de la vie de tous les jours dans lesquels la statistique intervient, car généralement on pense que c’est un domaine restreint et fermé alors que c’est tout l’inverse.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.