Céline Seron, Puéricultrice

Interview réalisée en novembre 2013

Céline Seron est puéricultrice à la crèche « Les Petits Voyageurs » à Liège.


Selon vous, quel est le rôle d’une puéricultrice ?

Être un pilier dans le développement psychologique, moteur et pédagogique de l’enfant. La puéricultrice ne fait pas que changer les couches et donner à manger, elle favorise l’autonomie des enfants, en leur apprenant, par exemple, à mettre la table et à la ranger avant et après un repas.

Pouvez-vous nous présenter votre milieu d’accueil et son projet ?

Je travaille dans une crèche de la Ville de Liège située au sein de la gare de Liège Guillemins. Elle est spécialisée dans l’accueil d’enfants de navetteurs qui déposent leurs enfants en allant prendre le train. Le projet consiste à suivre le rythme de l’enfant. Nous respectons leur rythme de sommeil, mettons tout en œuvre pour les rassurer et faciliter la transition avec la maison. Certains enfants, par exemple, viennent avec leur album de photos de famille pour nous les présenter. Nous développons chez les enfants l’autonomie, la sociabilité et le partage.

De combien de personnes se compose l’équipe d’encadrement ?

Notre équipe se compose de sept puéricultrices à temps-plein et de notre directrice qui est infirmière. Trois puéricultrices encadrent le groupe des grands. Une autre puéricultrice s’occupe du groupe des moyens et deux du groupe des petits. La septième est une « volante » qui travaille dans tous les services de la crèche selon les besoins.

Quel est votre parcours scolaire et professionnel ?

J’ai fait mes études secondaires dans la section aspirante en nursing, en technique de qualification. J’ai poursuivi ma formation par une septième année professionnelle en puériculture pour obtenir le titre. J’ai travaillé à la pouponnière Sainte-Adeline, puis à la crèche Don Bosco et depuis décembre 2007 je suis engagée par la Ville de Liège. J’ai travaillé pour la crèche de Droixhe avant l’ouverture de la crèche des Petits Voyageurs en octobre 2012.

Quels sont les éléments qui vous ont motivée à exercer ce métier ?

J’adore les enfants depuis que je suis toute petite. Je peux facilement passer tout mon temps avec eux. J’ai envie d’être là pour eux, de les faire avancer, leur apprendre la vie et ses frustrations.

Combien d’enfants encadrez-vous ?

Dans le groupe des grands, dont je m’occupe, ils sont vingt inscrits dont dix-huit à temps plein. Ils ont généralement entre un an et deux ans et demi. Cependant, le passage d’un groupe à l’autre ne se fait pas en fonction de leur âge mais de leur développement psychomoteur.

Quel type de relation instaurez-vous avec les enfants ?

C’est une très bonne relation. Je suis assez autoritaire car je pense qu’un enfant a besoin de limites et d’interdits pour grandir. Mais je leur donne aussi beaucoup d’affection. Lors des repas, nous nous occupons chacune d’une table avec le même groupe. J’entretiens une relation privilégiée avec les enfants qui sont à ma table car après leur avoir donné à manger, je les mets au lit. A leur âge, ils sont capables de me reconnaître, ils retiennent mon prénom et nous pouvons avoir un dialogue, ce n’est pas la même relation que celle qu’on entretient avec un nouveau-né.

Et avec les parents ?

Ils nous confient ce qu’ils ont de plus cher : leur bébé. Il faut donc entretenir une relation de confiance. Nous jouons aussi la carte de la franchise avec eux. Quand nous constatons un problème, nous le signalons aux parents et ils font de même avec nous. Nous échangeons avec eux également par écrit grâce aux carnets de vie. Ce sont des carnets dans lesquels nous retranscrivons nos observations au cours de la journée en parlant de l’enfant en « tu » et les parents y répondent le soir ou le week-end. 

Et avec le reste du personnel de la crèche ?

Nous sommes une équipe de jeunes et tout se passe très bien entre nous. Nous communiquons très facilement. Nous nous accordons sur notre fonctionnement et en cas de désaccord, les avis de tout le monde sont pris en compte et la majorité l’emporte. La relation avec la responsable se passe aussi très bien. Elle fait preuve d’autorité quand il le faut mais elle est aussi à notre écoute. Elle tient compte de nos opinions et nous laisse prendre des initiatives. En cas de problème ou de question, on sait qu’on peut compter sur elle. Le plus important c’est d’entretenir une relation de confiance entre collègues. Nous travaillons également en collaboration avec une psychopédagogue et une psychomotricienne de la Ville de Liège. Si une puéricultrice constate un problème chez un enfant, au niveau du comportement ou du développement moteur, nous les appelons.

Pouvez-vous décrire une journée-type ?

La crèche ouvre à 6h15 le matin. Les enfants arrivent rarement avant 7h00. L’accueil dure jusque 8h00. C’est un moment d’échange avec les parents. Nous prenons note des arrivées. Vient ensuite le moment du petit déjeuner : verre de lait, tartine, céréales. Jusque 9h30, c’est une période de jeux libres. A 9h30 tous les matins, nous avons un petit rituel qui s’appelle l’activité « bonjour ». Tous les enfants se disent bonjour mutuellement, on utilise des photos de chaque enfant comme à l’école maternelle. Ensuite, nous changeons les enfants et passons à l’activité du jour. Cela varie d’un jour à l’autre. Parfois c’est de la gymnastique, parfois de la danse, de la lecture, du coloriage, des jeux de ballons, etc. Nous ne faisons pas de bricolage car ils sont encore trop petits pour cela. Pour qu’ils puissent se défouler après l’activité, nous les conduisons dans l’espace jardin d’enfant. Comme notre crèche se situe dans une gare, nous n’avons pas de véritable jardin mais nous avons aménagé un espace couvert avec des grands jeux d’extérieur : camion, toboggan, bac à boules. A 11h00, de retour dans la salle, ils profitent d’un moment de relaxation avec de la musique apaisante. Ils se lavent les mains et je choisis un des enfants de mon groupe, les chats, pour m’aider à mettre la table pour lui et ses copains. Après le repas qui commence vers 11h30, nous changeons les enfants et ils vont faire la sieste vers 12h30. Ils se réveillent quand ils veulent. S’ensuivent une seconde période de jeux libres et le goûter vers 15h30. Les départs commencent vers 16h00 et se poursuivent jusqu’au soir, selon les heures d’arrivée des parents.

Quels sont vos rapports avec l’ONE ?

Cela se passe très bien, ils nous soutiennent énormément. Ils nous rendent une visite aujourd’hui même. Ils sont à notre écoute. Ils se préoccupent autant du bien-être du personnel que du bien-être des enfants. Dès que nous avons des questions concernant les règles d’hygiène, d’évincement, de normes de sécurité, de capacité d’accueil, nous savons que nous pouvons les contacter. Ils nous ont aussi beaucoup aidées lors de la création de la crèche, pour établir le projet d’accueil.

Quelle part prennent les tâches administratives dans votre travail ?

Il y a les prises de présence des enfants, c’est important d’assurer le suivi quotidien pour le calcul des payements réclamés aux parents. Mais tout le reste du travail administratif est assuré par notre responsable. Nous avons parfois des stagiaires, qui sont étudiantes en puériculture à l’école Sainte Thérèse d’Avila. Nous les évaluons et nous les encadrons. Je trouve cela très intéressant car elles nous apprennent aussi beaucoup de choses. Cela fait sept ans que j’ai quitté l’école et beaucoup de choses ont changé depuis, les stagiaires nous informent sur les dernières innovations.

Quels sont vos horaires de travail ?

C’est un horaire flexible, fixé sur trois semaines. Quand je commence à 6h15, je termine ma journée à 12h15. Quand je fais la fermeture, l’horaire est de 11h00 à 19h00. Il y a aussi l’horaire du milieu, de 8h00 à 16h30. C’est l’horaire que font les stagiaires.

Quels sont les aspects positifs de votre métier ?

J’aime savoir que je suis un pilier pour les enfants, que je les aide à avancer dans la vie. Les enfants m’apprennent aussi énormément de choses. Je me remets beaucoup en question grâce à eux. La crèche où je travaille est un environnement idéal, j’ai participé à l’élaboration du projet d’accueil et à l’ouverture. Le travail d’équipe et la solidarité sont aussi de gros atouts.

Et les aspects les plus négatifs ?

Certains jours, on peut se sentir fatiguée, si les enfants ont été plus difficiles. Parfois aussi, il faut gérer des relations problématiques avec les parents. Certains peuvent manquer de respect envers les puéricultrices car ils croient que nous sommes à leur service.

Quelles qualités faut-il posséder pour exercer ce métier ?

Aimer les enfants, avoir beaucoup de patience, être généreux, faire preuve de tact, ne pas porter de jugement, être sociable et respectueux, avoir une éducation et un savoir-être qui nous permette d’apprendre beaucoup de choses aux enfants.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans ce métier ?

De bien chercher, parce qu’il n’y a malheureusement pas beaucoup de places disponibles. Quand on termine ses études, il faut envoyer un maximum de candidatures et montrer une grande motivation à son futur employeur. Il faut aussi se rendre compte qu’il y a des différences entre que ce qu’on apprend à l’école et ce qu’on vit sur le terrain. A l’école, notamment lors des cours de psychologie, on apprend certaines techniques qu’on ne sait pas forcément mettre en place plus tard car il y a trop d’enfants à gérer en même temps.

Comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?

J’espère rester ici ! Et j’envisage éventuellement de reprendre des cours pour devenir monitrice ou professeur de puériculture. Je ne sais pas si je pourrais travailler comme puéricultrice jusqu’à la fin de ma carrière, ni comment cela va se passer quand j’aurai moi-même des enfants.



 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.