Chantal Delmotte,
Employée technico-commerciale, acheteuse de papier

Interview réalisée en juin 2013

Depuis quand travaillez-vous dans le secteur de l’imprimerie ? 

J’ai commencé à travailler en imprimerie en 1974. Je suis dans mon entreprise actuelle depuis 1995. J’ai entamé ma carrière en atelier, où j’ai occupé pratiquement tous les postes de la chaîne. Un jour, le collègue qui s’occupait de l’achat de papier a dû partir pour le service militaire et je l’ai remplacé. 

Avez-vous reçu ou suivi une formation spéciale ? 

Je n’ai pas eu de formation spéciale, à la base. C’est un métier très complexe, avec beaucoup d’implications différentes pour tous les maillons de la chaîne de fabrication, qui ne peut s’apprendre que sur le tas. Il existe, depuis peu, quelques formations, mais elles ne sont pas encore très nombreuses.

En quoi consiste exactement votre travail ? 

Mon travail consiste à acheter le papier dont nous avons besoin, faire les bons de commande, réceptionner le papier… Nous possédons un stock très important. Il faut que nous ayons en permanence tous les types de papier les plus utilisés pour ne jamais être à la merci d’un incident d’approvisionnement.  

Quel est le type de papier le plus utilisé ?

Il y a des mouvements de mode. Actuellement, le papier le plus consommé est le papier couché mat de 90 à 115 grammes. Nous avons 4 fournisseurs principaux, tous implantés en Belgique. Chaque année, nous utilisons environ 3200 tonnes de papier, tous types confondus. Cela peut paraître impressionnant, mais nous en consommions encore bien plus avant la crise du secteur. 

Qu’est-ce qui est le plus « difficile » dans le métier d’acheteur de papier ? 

J’adore mon métier et le secteur de l’imprimerie. Mon travail est passionnant et très varié, mais il faut savoir jongler avec les délais, les clients et les fournisseurs. Le seul point noir que j’y vois, c’est le stress. Les délais sont de plus en plus courts. Les clients de plus en plus impatients. Heureusement, avec l’expérience, on apprend à le supporter, mais ça reste très éprouvant nerveusement pour certaines personnes. Cela demande des nerfs d’acier !

Depuis vos débuts, vous avez dû assister à de très grands changements dans le secteur. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

Le secteur a connu beaucoup de changements, depuis que j’ai commencé à travailler en imprimerie, il y a plus de 30 ans. Pour moi, les événements les plus marquants ont été le passage à l’offset et le développement de l’imprimerie assistée par informatique. Deux révolutions qui ont grandement facilité le travail, mais qui ont également coûté très cher en termes d’emplois. Les machines aussi ont beaucoup évolué. On est passé de l’imposition manuelle aux machines intelligentes qui règlement pratiquement tout elles-mêmes. Là où il fallait 12 personnes, il y a à peine 15 ans, on n’en demande plus que 3 ou 4.

Le métier est-il bien rétribué ? 

Traditionnellement, l’imprimerie était un secteur qui payait très bien. C’est moins le cas maintenant, mais ça reste décent. Pour ceux qui travaillent « à pauses », c’est même toujours intéressant. 

Quelles sont les qualités d’un bon acheteur de papier ? 

Pour être un bon acheteur de papier, l’idéal est de bien connaître l’ensemble des métiers de l’imprimerie. Il faut rapidement calculer, posséder une bonne faculté d’analyse. Les devis ne sont, en effet, pas toujours très clairs. Il faut également s’intéresser de près aux évolutions technologiques, car l’imprimerie est un secteur en perpétuelle mutation. 

Quelle est l’influence des directives environnementales sur le secteur ?

Dans l’achat de papier, l’apparition des normes et de la législation environnementales ont passablement compliqué notre travail. Il y a une énorme demande pour le papier FSC (Forest Stewardship Control), provenant de forêts exploitées de façon durable. Attention, je ne dis pas que c’est inutile, mais, paradoxalement, cette législation alourdit énormément notre travail et demande énormément de démarches administratives, tout en étant l’objet de contrôles incessants. Mais, sans cette certification, pas de logo FSC. Or, les clients y sont très attachés…  

Comment voyez-vous l’avenir de l’imprimerie ? 

Je me pose beaucoup de questions. Le développement informatique permet à pratiquement tout le monde de réaliser ses propres mises en page.   En outre, la crise économique et le développement d’internet ont fait drastiquement baisser les volumes d’impression. Même un mode d’emploi n’est plus imprimé. Il faut surfer sur le site du fabricant et le télécharger… Et on parle d’équiper les écoliers avec des tablettes au lieu de livres scolaires !      

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.