Chantal Maes, Photographe / Artiste

Diplômée de l' E.N.S.A.V. La Cambre, Chantal Maes est actuellement responsable de l'option photographie à l'Académie Royale des Beaux-Arts de la Ville de Bruxelles (A.R.B.A.). Depuis 1990, elle a à son actif de nombreuses expositions individuelles et collectives.

Qu'est-ce qui vous a amené à la photo ?

C'est venu très jeune. C'est une passion d'enfance.

Quel a été votre parcours ?

A 16 ans, je me suis informée sur les différentes écoles qui enseignaient la photographie. Le programme de la Cambre me paraissait très complet. Après avoir rencontré le chef d'atelier de l'option photographie, mon choix était fait. L'orientation artistique qu'il donnait à son atelier correspondait à ce que je recherchais. J'ai suivi alors, parallèlement à ma dernière année d'humanités, des cours du soir à l'académie des Arts de Woluwé-Saint-Pierre. Cette année fut à la fois la préparation à l'examen d'entrée et la confirmation de ma future orientation. Mes années de formation ont été riches d'enseignements et j'ai eu la chance d'avoir deux chefs d'atelier successifs très différents. Je suis sortie de la Cambre en 1989. J'ai participé alors à différents concours, montré mon travail à des gens susceptibles d'exposer mes réalisations. En 1997, j'ai obtenu la bourse de la Fondation belge de la Vocation. Depuis, j'expose mon travail dans des musées et des galeries. Parallèlement, depuis 1996, j'enseigne la photographie.

Votre formation vous a-t-elle bien préparé à ce métier ?

Avant tout, j'estime que ma pratique artistique n'est pas vraiment un métier. Cela peut en être un si vous vous engagez dans la photographie publicitaire ou de mode. Ce qui m'intéresse, c'est la photographie comme moyen de réflexion mis à ma disposition pour exprimer un propos. La structure des écoles d'art telles que l'Académie des Beaux-Arts ou la Cambre par exemple forment aussi au métier de photographe, mais leur vocation première est d'ordre artistique. Il ne faut pas oublier que si ces écoles d'art enseignent inévitablement la technique photographique, celle-ci reste un outil au service de la création. Un cursus artistique de 4 ou 5 ans est pensé globalement : à côté des heures de pratique dispensées en atelier, il y a une série de cours théoriques, de cours de soutien à l'option (arts numériques, dessin...) ainsi que des stages dans d'autres ateliers. Cette formation est indispensable. Il s'agit de montrer, d'accompagner, de discuter, de critiquer et d'encourager l'étudiant afin qu'il puisse trouver sa propre expression pour réaliser ses oeuvres et aussi de l'amener à appuyer sa pratique artistique par une réflexion personnelle. Mais une démarche artistique intelligente et sincère ne se construit pas en 4 ou 5 ans d'études. Cela se poursuit bien au-delà, toute sa vie.

Quel effet la photo a-t-elle eue sur vous ? Estimez-vous avoir changé ?

La photographie comme toute pratique artistique vous questionne et vous ouvre à l'autre. Elle vous fait grandir.

Quelles sont les particularités de la photo plasticienne ?

C'est la photographie qui, en tant que medium, s'inscrit dans le champ de l'art (ça élimine la photographie de mode ou de publicité).

Vous travaillez à votre propre compte ou alors vous répondez parfois à des commandes ?

Je n'ai à ce jour jamais répondu à une commande. Les demandes de nature commerciale ne m'intéressent pas. Par contre, j'accepterais très certainement une commande publique qui demande un travail d'auteur. Par exemple, la D.A.T.A.R. (NDLR : Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale) en France ou la mission photographique 04°50°sur Bruxelles organisée par la galerie Contretype.

Quelles difficultés rencontrez-vous le plus souvent ?

L'argent ! Et le temps ! Comme le réalisateur d'un film, l'artiste contemporain doit financer ses projets en faisant appel à diverses organisations, sponsors, mécènes, collectionneurs ; c'est presque un métier à part entière.

Quels investissements votre activité vous demande-t-elle en termes de temps et de matériel ?

Idéalement, un artiste devrait pouvoir consacrer tout son temps à sa pratique artistique. En investissement de matériel, c'est le travail lui-même qui va conditionner l'emploi de tel ou tel type d'appareil. Vous pouvez travailler toute votre vie avec un seul appareil et un seul objectif. Il ne faut pas entretenir le mythe du photographe bardé d'appareils dans ses poches. Dans les années 50', les photographes comme Henri Cartier-Bresson ne juraient que par le Leica (appareil 24x36), alors qu'aujourd'hui certains photographes utilisent plutôt une chambre technique et retravaillent ensuite leurs négatifs sur ordinateur.

Trouvez-vous que le matériel est de plus en plus coûteux ?

Oui. D'autant plus que maintenant on est entré en plein dans l'ère de la photographie numérique. A terme, je devrai donc acquérir un appareil numérique professionnel, un ordinateur performant ainsi qu'une très bonne imprimante et les logiciels adéquats. Tout cela coûte très cher évidemment, d'autant plus qu'il faut le remplacer régulièrement...

Pour vous, c'est quoi une photo réussie ?

Je suis avant toute chose attentive à ce qu'elle soit en harmonie avec mes idées.

D'après vous, quelles sont les qualités qui sont demandées pour exercer le métier de photographe ?

Il faut être curieux, critique et pouvoir mettre en place un projet artistique personnel, appuyé par une réflexion cohérente. Pour ce qui est de la technique photographique à proprement parler, être précis et méthodique.

Que vous inspire l'apparition de nouvelles techniques comme le numérique ?

C'est un nouvel outil qu'il faut apprendre à utiliser. D'autant plus qu'à terme, l'argentique risque de disparaître. Le marché argentique n'est plus rentable notamment parce que tout le monde a acheté un compact numérique. Autant les amateurs que les professionnels sont passés au numérique. Les reporters par exemple pour pouvoir diffuser très rapidement leurs images. Un autre avantage du numérique, c'est que l'on peut retravailler son image sur ordinateur.

Cette évolution est-elle de nature à vous inquiéter ?

Pas du tout. Comme je le disais, c'est un outil à maîtriser. Je pense par contre que cela changera le rapport que l'on a à l'image.

Vous n'avez pas l'impression que demain tout le monde pourra se prétendre photographe ?

Pas plus qu'aujourd'hui. L'essentiel, c'est la démarche, le point de vue. Quand la photographie est apparue, on croyait que la peinture allait disparaître.

Utilisez-vous davantage les appareils photos numériques ou argentiques ?

Je fais mes prises de vue en argentique. Depuis peu, j'utilise le numérique pour faire des grands tirages.

A-t-il été facile de vous adapter à ces nouvelles technologies ?

Relativement oui. Il faut apprendre les logiciels de traitement d'images, la gestion des impressions, se renseigner sur la conservation des nouveaux papiers, etc.

De manière générale, les études préparent-elles bien au métier de photographe ?

Oui, il faut juste choisir l'école qui correspond à ce que l'on veut faire. Ici, à Bruxelles, on a quand même un grand choix. Certaines ont des orientations artistiques, d'autres sont davantage techniques. L'étudiant peut donc faire un choix d'école en fonction de ses aspirations.

Comment voyez-vous l'avenir de la photographie plasticienne ?

La photographie est depuis un moment dans les musées et les galeries. Elle fait partie de l'art contemporain. En tant que tel, elle a un bel avenir devant elle.

Quels conseils auriez-vous envie de donner à un jeune qui veut se lancer dans la photo ?

Il est important pour quelqu'un qui veut faire de la photographie de s'interroger sur le type de photographie qu'il veut faire. Son désir va conditionner son choix d'école. Il doit rencontrer le professeur pour voir comment il oriente son atelier. Chaque école expose ses jurys de fin d'année, il faut aller les voir. Il faut aussi être curieux.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.