Chloé Coomans, Sculpteuse

Interview réalisée en août 2009

Quel est votre parcours scolaire ? Professionnel ? 

Je suis attirée par la sculpture depuis que j’ai 15 ans. J’ai réalisé mes études secondaires dans la section artistique tout en suivant des cours du soir à l’Académie des Beaux-Arts de Braine-l’Alleud. Ensuite, je suis allée poursuivre mes études supérieures à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, toujours en sculpture. Je n’étais pas vraiment satisfaite de l’organisation des études artistiques en Belgique car je trouvais dommage le fait de devoir choisir une seule discipline entre la peinture, le dessin et la sculpture. Je me suis donc rendue en France, où ils organisent une section « Arts plastiques » générale. Finalement, je me suis rendue compte que le fait de toucher à toutes les disciplines mais sans approfondir ne me convenait pas non plus. Je suis donc rentrée en Belgique pour faire uniquement de la sculpture. Quelques années plus tard, j’ai passé mon CAP afin de pouvoir enseigner. J’ai enseigné dans l’enseignement secondaire traditionnel mais aussi au Centre d’Expression et de Créativité de Genappe dont je suis la directrice à présent. Cette année, je suis également un atelier de pratique expérimentale. Je commençais à me sentir seule dans mon atelier et j’ai eu envie de sortir de ma « grotte », de rencontrer d’autres artistes, de partager ma passion… Il est très difficile de vivre uniquement de la sculpture. Pendant toute une période, j’ai travaillé à mi-temps dans une société d’import/export et je donnais des cours de sculpture en parallèle. Maintenant, en tant que directrice d’un CEC, je fais essentiellement de la gestion de projets mais je continue à exposer mes propres créations quatre à cinq fois par an. 

Comment êtes-vous venue à la sculpture ? Pourquoi avoir choisi cette voie ? 

J’aime beaucoup travailler la matière depuis que je suis petite. J’aime la sculpture car c’est une discipline proche de l’architecture. On crée dans l’espace, en 3D. C’est très différent de la peinture ou du dessin. Dans le cas de la sculpture, il y a une création d’une réalité dans l’espace et c’est cet aspect là que j’apprécie beaucoup. 

Vous travaillez avec différents matériaux (fils de fer, bronze, bulles…), est-ce important de se diversifier ?  

Je pense effectivement que c’est très important de maitriser les différentes matières car chacune a sa propre énergie, sa propre personnalité. Je trouve dommage que certains artistes ne travaillent que le bois, la pierre ou le métal. Je pense que la matière doit être différente en fonction du message que l’on veut faire passer. Cette utilisation de différents matériaux permet aussi de ne pas se lasser, de découvrir sans cesse un apprentissage différent, d’autres techniques… 

Une fois le diplôme en poche, quelles sont les difficultés rencontrées par un jeune artiste ? 

Lorsque l’on entame ce type d’études, on sait que le chemin sera difficile mais au moins, on fait quelque chose qui nous plait. Il s’agit plus d’une qualité de vie plutôt que d’une sécurité financière. Au début, on y croit, on est motivé mais il faut bien remplir le frigo ! Je pense que ceux qui y arrivent sont des obstinés, ils ne pensent qu’à ça dès leur réveil et ne font que ça, tous les jours. Ils ont la volonté. C’est vrai qu’en tant qu’artiste, on rencontre souvent des moments de galère mais si on dépasse ce stade et qu’on ne baisse pas les bras, c’est qu’on a la motivation et qu’on va y arriver. Selon moi, c’est encore plus difficile pour les femmes car, si on désire avoir des enfants, il faut pouvoir gérer son temps et alors, on a plutôt tendance à mettre l’art de côté. 

Quelles sont vos sources d’inspiration ? 

Mon travail parle des mécanismes intérieurs que l’on a en nous. Les mécanismes archaïques que je représente tranchent avec notre société moderne, empreinte de technologies. Je me rends compte qu’il y a à peine 50 ans, les hommes vivaient dans un monde complètement différent du notre, ils se satisfaisaient de pas grand-chose. A l’intérieur de nous, nous avons encore ces mécanismes mais on a trop tendance à l’oublier. C’est ce que j’aime mettre en lumière à travers mes réalisations. Sinon, j’aborde aussi l’expression des émotions intérieures. Je réalise actuellement des vidéos qui ont pour thème « Les Nœuds »… 

Selon vous, quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ? 

Il faut de la volonté, de l’obstination mais il faut surtout la capacité de rêver car chaque œuvre que l’on crée est une réalisation d’un rêve. Il faut également voir la poésie des choses qui nous entourent ce qui n’est pas donné à tout le monde. Dans la rue, je peux m’arrêter sur un détail et y voir de la poésie alors que d’autres pas. Il faut aiguiser son œil à voir ! Je pense aussi qu’il faut être un peu philosophe, se remettre en question régulièrement. « Pourquoi veut-on être artiste ? Quel est l’apport de ce que je fais ? A quoi ça sert ? ». 

Quels sont les avantages et les inconvénients ? 

La sculpture est un art qui est très dur physiquement. Parfois, je me demande pourquoi je n’ai pas fait de la dentelle ! Il faut batailler avec soi mais aussi avec la matière, d’où l’importance d’avoir de la volonté ! Souvent, on se sent incompris, catalogué comme étant « un artiste qui ne fait rien de sérieux ». Or, ce n’est pas vrai du tout car nous travaillons avec nos tripes, il faut toujours sortir de soi pour créer et cela peut être psychologiquement fatigant à la longue. Il faut sans cesse se dénuder, se mettre en scène… Parfois, certaines réflexions venant de personnes qui pensent que je ne fais pas un « vrai » travail me blessent. Les avantages d’être artiste résident dans le fait que nous sommes des créateurs, nous créons du rêve, de la poésie. Notre art existe sans raison particulière mais il apporte une dimension à notre vie quotidienne. J’aime beaucoup la citation qui dit que « l’art ne sert à rien donc à l’essentiel ». Nous créons avec une certaine liberté mais il y a des limites quand même. Il faut en effet faire attention aux critiques, aux galeristes qui demandent à ce que l’on fasse du « vendable ». Notre production est parfois -souvent- liée à la demande du marché de l’art. Le tout est de savoir si on joue le jeu ou pas. Il est vrai que, pour s’en sortir financièrement, on est parfois obligé de se plier aux exigences du marché. 

Comment arrive-ton à se faire connaitre en tant qu’artiste en Belgique ? 

Un artiste se fait connaitre au fil de ses expositions qui lui permettent de toucher le public, de se faire connaitre. Il faut se faire repérer et essayer de vendre plus loin, hors de la Belgique. Si vous tombez sur les bonnes personnes qui ont envie de vous faire connaitre, de s’occuper de vous et qui connaissent du monde, cela peut représenter un bon tremplin. Au début, je me rendais dans les galeries avec mon book. Maintenant, on vient me chercher ! Je dois parfois refuser certaines demandes car une exposition demande beaucoup d’énergie et de travail, ce n’est pas possible d’en faire une tous les mois. 

Quels sont les conseils que vous pourriez donner à un jeune artiste? 

Rester intègre ! C’est encore plus important dans le monde de l’art. Se battre pour faire ce que l’on a envie de faire et pas ce que les autres veulent que l’on fasse. Avoir de la patience aussi car le chemin peut être long mais une fois qu’on arrive au bout, il y a de la satisfaction.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.