Christian Crickx, Webmaster

Carpe diem, tel est le modus vivendi de Christian Crickx, fondateur de la société Seize the day et navigateur solitaire. Homme orchestre du Web - puisqu'il se présente à la fois comme webdesigner, webmaster et un peu webdéveloppeur - Christian Crickx (37 ans) est autant une figure atypique que représentative du secteur multimédia qui se caractérise justement par sa polyvalence et ses profils d'autodidactes mercenaires. www.seizetheday.be

Pourriez-vous me présenter votre société ?

Seize the day a pignon sur rue depuis 1993. J'ai commencé dans le prépresse/print [1] et vers 1996, je me suis tourné vers le multimédia parce que ça me passionnait. Je fais toujours du print mais je présente avant tout ma société comme une agence Web : le Web représente 85 % de mon CA. J'ai une double clientèle : des clients directs (annonceurs) et des agences de publicité pour lesquelles je suis fournisseur Web. Mon degré d'intervention varie en fonction de la demande : parfois l'agence s'occupe de la stratégie et je n'interviens qu'à la réalisation ou à la production. Mais même dans ce cas, je participe à l'ensemble du processus.  Lorsque je gère un projet dans sa globalité, je crée, je réalise, je produis et je mets en ligne, clé en main.

Pourriez-vous expliquer comment se déroule un projet, depuis la demande d'un client jusqu'à la réalisation ?

Les contacts préalables avec le client sont réellement déterminants. Il faut distinguer le «petit» client de la grosse boîte. Le premier veut généralement un site parce que c'est «tendance» sans y connaître grand-chose, notamment au niveau du coût. Face à ce type de client, ma première démarche consiste à le dissuader de faire un site. Cela peut paraître curieux de prêcher ainsi contre sa propre chapelle mais en fait cela permet de comprendre ses vraies motivations et de déterminer le type de site qui lui convient le mieux. Balancer un site sur le Web sans objectifs clairs et sans communication réfléchie équivaut à jeter une bouteille à la mer. Je tâche donc de cerner ses besoins, je m'imprègne de ses produits et j'élabore une arborescence. Le choix peut alors se porter sur un site vitrine qui est un bon moyen pour le client de présenter ses services à des prospects. Si le client souhaite aller plus loin, je propose une partie dynamique, par exemple des news qui nécessitent une actualisation régulière. Ce type de site génère du trafic et permet au client de se constituer une database (base de données) de contacts grâce au formulaire que remplissent les visiteurs. Quant au «gros» client, il a généralement un service IT (informatique) important et un département marketing qui ont déjà analysé ses besoins : il sait donc précisément pourquoi il veut être sur le Web et l'approche est clairement différente. En général, pour des projets importants, il y a des compétitions, le processus est plus long et les budgets sont plus conséquents. Je crée la homepage (page d'accueil), nous nous accordons sur une ligne graphique, le mode de fonctionnement, et dès l'accord de principe, je développe.

Vous êtes donc également développeur ?

Jusqu'à un certain point : je développe des choses relativement simples, des petites bases de données, des formulaires, etc. Pour des applications spécifiques, comme de la commande en ligne de tickets (ticketing), ou sur un projet de grande envergure, je collabore avec des informaticiens purs que j'appelle des "professeurs Tournesol". Ils se disent eux-mêmes incapables de réaliser et communiquer un site valable esthétiquement mais ce sont des génies de l'informatique. A chacun son métier.

Pourriez-vous revenir à l'élaboration d'un projet ?

Le processus de création est difficilement descriptible. Lorsque j'ai eu le Go ! du client, je me retrouve face à mon écran dans une situation similaire à celle de l'écrivain devant sa page blanche. Bien sûr, je dois faire des choix : en fonction de la cible, du contenu et du budget, on aura déterminé si l'on est en "statique" (HTML) ou en animé (Flash). Je détermine la couleur du fond et le type de typographie. Si on est en HTML, il faut travailler avec les fonts (polices de caractère) de base du Web (Arial, Times, Verdana, ...) ou alors, on peut choisir une autre typo, mais il faut en faire une image, il faut créer des petits «gif» ou des petits Jpeg. Ensuite, je crée ma page en Photoshop, puis je la découpe dans un programme de compression d'images.

Quel est le rôle et le profil idéal du webdesigner ?

Un webdesigner est un créatif, il est l'équivalent de l'AD (art director) publicitaire : il crée le design d'un site Web. Dans une grosse structure, le webdesigner crée le design qu'il transmet aux équipes de développement, tandis que dans une petite structure, il est seul et produit également le site. Ceci dit, s'il s'agit d'une programmation trop complexe, il devra quand même faire appel à un webdéveloppeur.

Pour être webdesigner, on peut être issu d'une formation artistique mais, personnellement, je trouve que les écoles sont actuellement toutes plus mauvaises les unes que les autres. Je m'en suis rendu compte lorsque j'ai souhaité engager du personnel. Généralement, les écoles d'art apprennent aux jeunes à être égoïstes et imbus de leur création. La réalité du métier est autrement plus ardue : le client qui confie un budget de communication attend une réponse à son problème marketing et veut générer plus de vente. Un site magnifique qui ne communique rien est un mauvais site. L'essence d'un site, d'une campagne de pub ou de la communication dans son sens le plus large, c'est la cible.

Quel est le rôle et le profil idéal du webmaster ?

C'est la personne responsable d'un site. Par exemple, s'il faut développer une partie proactive sur un site existant, il coordonne le projet et contacte les personnes compétentes. On peut trouver un webmaster au sein d'une grande société qui a les moyens d'engager du personnel à ce poste. Personnellement, je suis webmaster externe pour des sociétés dont j'ai développé le site. Je ne laisse jamais un client plus de 3 mois sans nouvelles, parce qu'un site doit toujours évoluer.

Même s'il ne produit rien lui-même, le webmaster doit avoir une vision et une compréhension globale d'un  projet pour le coordonner. Il va être confronté au service IT et il va devoir répondre à des problèmes précis émanant des services commerciaux et marketing. Il a plutôt intérêt à avoir fait des études en informatique.

Comment se déroule une semaine type ?

Je travaille sur une dizaine de projets parallèlement et je dois jongler avec les plannings pour que tout s'emboîte.

Quels sont vos parcours scolaire et professionnel ?

Je me destinais à être réalisateur cinéma mais le hasard de la vie a fait que je suis rentré dans la publicité. J'ai travaillé pendant 5 ans en agence avant de monter la mienne. Dans cette agence, j'ai touché à tout et c'est là que j'ai appris le métier. Le multimédia m'a toujours intéressé parce que ça se rapprochait fort de mes 1ères amours et qu'il y a de l'évolution, du mouvement. Je n'ai suivi aucune formation, j'ai tout appris tout seul.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait se lancer dans le multimédia ?

Il doit savoir que c'est un sacerdoce, parce que les technologies évoluent sans cesse. Il doit aller sur le Web très souvent, être à l'affût de toutes les nouveautés, s'abonner à un maximum de news et tester les programmes disponibles sur le Web, A mon sens, les études n'apprennent rien. Néanmoins, les stages sont indispensables : c'est la seule manière de se confronter à la réalité du métier. Pour travailler dans ce secteur, il faut être malin, censé, débrouillard et surtout passionné. S'il veut faire cela parce que c'est à la mode, qu'il laisse tomber parce qu'il ne le fera jamais suffisamment bien. Il faut aussi être apte à une remise en question permanente.

Quels sont les aspects positifs et négatifs du métier ?

C'est un métier créatif qui nous place constamment devant des problématiques différentes qu'il faut appréhender de manière neuve. Je ne vois pas d'aspects négatifs parce que j'adore ce que je fais mais s'il faut en dégager un, c'est le stress. Parfois, il faut aussi faire face à des clients butés, qui n'y connaissent rien en Web et qui imposent des choses complètement aberrantes pour le bon fonctionnement d'un site. C'est dans ces moments-là que la patience et le professionnalisme entrent en jeu pour orienter le client vers la solution optimale, et ce, dans son propre intérêt.

Auriez-vous une anecdote à raconter ?

J'ai commencé à développer un site pour un client en mai 2000. Le site devait être on line début septembre, et en juillet, je n'avais toujours aucune nouvelle du client qui devait me fournir les textes. En décembre, j'ai dû présenter une nouvelle maquette parce que l'ancienne lui paraissait déjà vieille. La nouvelle maquette que j'ai proposée est plus Web, plus osée, mais si j'avais présenté cette version au début, il l'aurait refusée. Avec le temps, le client a mûri et ce cas de figure est fréquent.

[1] Tout ce qui se communique sur papier


 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.