Christian De Jonghe,
Chef de projet en études de sols et eaux souterraines

Interview réalisée en avril 2011

Christian De Jonghe, chef de projet en études de sols et eaux souterraines chez CSD ingénieur depuis 3 ans.


En quoi consiste votre activité au quotidien ?

C’est beaucoup de gestion de projets, de coordination, de gestion d’urgences. Comme on s’occupe de plusieurs dossiers en même temps, il y a toujours une prévision et une coordination des différents chantiers et des différents dossiers à réaliser. Par exemple, si quelqu’un veut vendre un terrain sur lequel il y a eu une activité à risque dans le passé, il est tenu de faire une étude de sol et doit faire appel à un bureau d’études. On refait tout l’historique du site, on vérifie si les informations sont bonnes et la nécessité de l’étude. Si cela s’avère exact, on fait une analyse complète de l’historique du site. On cherche à savoir où étaient exactement les zones à risque. On essaie de déterminer ces zones qui seront les endroits privilégiés où faire les forages. Ensuite, on organise les forages. On envoie les échantillons au labo (c’est un laboratoire agréé). On analyse les résultats, on les interprète et on fait un rapport final. La législation est devenue très spécifique et très précise, rien n’est laissé au hasard au niveau du contenu et même de l’ordre de rédaction de chaque chapitre. Les bureaux ne se différencient pas à ce stade sauf au niveau du prix où c’est assez concurrentiel. C’est le travail pour les études de base. 

Si on voit qu’il y a une pollution, on doit passer par une deuxième étape : la délimitation de la pollution. Il faut voir si elle va loin en profondeur, si elle va loin sur les côtés, s’il y a plusieurs noyaux de pollution et quelle est la responsabilité du propriétaire. Il y a une étude détaillée. Si la personne est responsable de la pollution, on doit enclencher le processus d’assainissement. Il y a un arrêté spécifique pour régler tout cela. Chaque étape doit être validée par l’IBGE. Si la personne n’est pas responsable de la pollution qui a été découverte, on fait une étude de risque qui permet d’établir si la pollution présente un potentiel de risque pour la santé humaine des gens qui habitent là ou qui travaillent sur place. Les normes ne sont pas les mêmes qu’on soit en zone d’habitat, en zone industrielle ou en zone de parc naturel. Une pollution qui est juste dans le sol sans contacts possibles avec l’eau souterraine présente moins de risques qu’une pollution qui est en contact avec l’eau et qui peut être dispersée par l’eau souterraine. En fonction de la zone de Bruxelles, l’eau souterraine peut être à 1 ou 2 mètres en-dessous des pieds des gens ou à 20 mètres. Il y a pas mal de relief. S’il y a un risque pour les gens, bien que le propriétaire ne soit pas responsable, on doit mettre en place un projet de gestion de risque.

Je travaille davantage sur Bruxelles, mais aussi en Région wallonne. La législation n’est pas totalement complète en Région wallonne mais c’est le même principe.

Au quotidien, une partie de la journée est consacrée à la coordination de chacun des projets. Cela demande pas mal de concentration. Si aujourd’hui je travaille sur tel projet, c’est parce que son échéance m’y oblige. Si un autre dossier s’avère plus urgent, c’est sur celui-là que je dois travailler.

On a des formations, c’est agréable, ça permet d’évoluer dans la manière de travailler, de voir ce que d’autres font dans la même situation. C’est un travail où l’échange d’informations est primordial, l’échange et la communication entre collègues c’est une vraie force. Il y a des formations qui concernent la manière d’appliquer la législation, il y a des formations spécifiques au sein du bureau d’études où on essaie de voir comment traiter tel ou tel type de pollution. C’est un chouette métier parce qu’on apprend tout le temps.

Quelles études avez-vous réalisées pour accéder à votre profession ?

Je suis géologue de formation. Mon travail concerne la terre et les cailloux, on peut passer à côté d’informations importantes pour la compréhension d’un site si on n’a pas une formation axée sur la Terre. Il faut accepter que certains points soient hors de notre portée même si on est géologue. Les forages ponctuels déterminent la situation à un endroit précis et, à partir de là, il faut extrapoler à une superficie plus large. Mais le sol n’est pas toujours homogène surtout dans les zones urbanisées où il y a pas mal de remblais. Il y a des outils qui permettent de nous aider mais comme ils sont très onéreux, on les utilise le moins souvent possible. Avoir cette habitude de recul, relativiser la portée des résultats, c’est important pour ne pas rester bloqué sur une idée. Avoir un petit côté « terre », c’est important !

Pour obtenir l’agrément, il faut avoir de l’expérience dans un bureau d’études. Je suis occupé à monter mon propre dossier. Je dois montrer que j’ai de l’expérience dans la région dans laquelle je veux travailler (minimum 3 ans à Bruxelles) et que j’ai touché un peu à tous les domaines.

Les agences immobilières ont souvent des juristes, pas les bureaux d’études. Comme on n’a pas la même formation, on ne parle pas forcément le même langage. Je voulais m’inscrire au Master en droit de l’environnement et droit immobilier aux facultés Saint-Louis mais ma demande a été refusée. Cela doit être probablement trop technique pour un non juriste. J’ai fait une autre demande comme élève libre.

Quel a été votre parcours professionnel ?

Après mes études en géologie, j’ai fait un DEA en volcanologie. Puis j’ai fait une thèse en volcano. Ensuite, j’ai travaillé un an comme commercial, j’ai appris plein de choses qui m’aident beaucoup maintenant mais ce n’était pas ma tasse de thé. Au moment où je suis passé commercial, ça faisait déjà 3 ou 4 mois que je cherchais du boulot dans les bureaux de consultants et, comme pas un seul ne m’avait répondu, j’ai cherché autre chose.

Comment avez-vous choisi ce métier ? Quelles étaient vos motivations ?

Il y avait d’abord ma vie de famille. J’ai été papa en 2006. C’est à ce moment-là que j’ai cherché un boulot. Je pensais travailler à l’étranger. Ma femme était d’accord. Le milieu scientifique m’a déçu. Cette manière de fonctionner, la course à l’article ne me convenait pas. Je suis content de l’avoir fait mais je ne regrette pas d’avoir arrêté. Peut-être qu’un jour je referai de la « volcano ».

Pendant que je faisais ma thèse, j’ai fait l’agrégation pour retravailler les aspects chimie. A ce moment-là déjà, je me disais que si j’arrêtais la volcano ce serait pour aller vers l’étude des sols, la dépollution des sols. C’est un domaine assez récent, la première ordonnance en Région bruxelloise date de 2004, la deuxième de 2009. En 2007, je suis passé consultant. C’est assez tôt par rapport à l’ordonnance. La volcano, c’était un rêve de gamin, je suis assez idéaliste, j’essaie de mener mes rêves à bien mais j’essaie d’être un peu réaliste aussi. J’ai eu la chance de pouvoir en faire pendant 5 ou 6 ans.

Quelles sont les qualités personnelles et les compétences nécessaires pour exercer votre profession ?

Il faut avoir un grand sens de la communication, pouvoir discuter de ses dossiers, donner des idées, c’est un métier créatif. Il faut être organisé, gérer les degrés d’urgence des différents dossiers. Il faut planifier et accepter que ce planning change régulièrement, être flexible. Ce que je remarque, c’est que beaucoup de professionnels sont passionnés. Les consultants sont souvent jeunes. Moi je suis un peu écolo, quand je me lève le matin, je sais que je vais faire du bien à la Terre. Ce sont des dossiers assez rapides, entre 3 et 6 mois par étape. Un dossier complet avec un assainissement prend 2 ans. S’il y a des traitements particuliers, cela peut durer jusqu’à 5 ou 10 ans. La gestion des premières étapes prend 3 mois. 

Le gros souci c’est que les gens sont pieds et poings liés à nous parce qu’ils ne connaissent pas la législation en vigueur. Comme les obligations légales sont sévères et les exigences de l’administration (IBGE en Région bruxelloise) sont élevées, le métier devient très technique. Il faut digérer l’information et la restituer au client, lui faire comprendre ce qu’on a fait, pourquoi on l’a fait et lui prouver qu’il n’a pas jeté son argent par les fenêtres. Les propriétaires doivent rentrer dans le système sinon ils ne peuvent pas vendre leur bien. 

Tous les propriétaires qui veulent vendre un bien sur lequel il y a eu par le passé une activité à risque, qu’ils soient responsables ou non, qu’ils aient connaissance de l’activité ou non, reçoivent un papier de l’IBGE qui leur signale « vous êtes tenus de… ». Quand toutes ces études-là auront été réalisées, il reste les études pour le renouvellement du permis d’environnement, la cessation d’une activité, l’autorisation pour commencer une activité à risques.

Quel est l’horaire de travail ?

Les employés ont des contrats entre 38 et 40 heures par semaine mais on travaille souvent 42 heures par semaine car la charge de travail est importante. Cela dépend aussi de la personnalité du consultant, du temps qu’il prend pour expliquer les choses à son client. Comme on vend des heures, on a un tarif horaire, il faut voir ce qui est rentable ou pas. On estime le temps de rédaction des rapports, des études…

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

D’y aller ! D’abord parce que si son idéal est de rendre la Terre meilleure, il faut y aller. Puis, je lui dirais aussi qu’il ne faut pas avoir peur d’être créatif et de s’imposer un peu pour que les choses avancent. Il faut aussi de l’humilité pour pouvoir demander de l’aide à un collègue ou être capable de dire « telle chose je ne sais pas la faire » et de le dire assez vite. C’est un chouette métier parce que les clients et les dossiers sont tous différents et parce que les consultants sont des gens passionnés. Vivre avec des gens passionnés cela permet de se lever du bon pied.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.