Christian Leblicq,
Auteur et metteur en scène

Interview réalisée en avril 2011  —  Interview 932

Monsieur Leblicq est fondateur et directeur artistique de la compagnie Hypothésarts installée à Namur. Rien ne le prédestinait au théâtre et pourtant, cela fait plus de 30 ans qu'il dirige cette compagnie. 

 

Quel est votre parcours?

J’ai un parcours plutôt atypique. Généralement, la plupart des metteurs en scène viennent d’une école de théâtre où ils ont suivi une formation d’acteur. Pour ma part, je n’ai pas fait d’école de théâtre mais j’ai plutôt une formation technique en bois, mécanique… Je pense que cette culture ouvrière a toujours eu des répercussions sur mon travail. J’ai approché un tout petit peu le théâtre amateur, puis j’ai commencé à mettre en scène des spectacles pour des étudiants. De ces spectacles est née une compagnie dont le ferment était la littérature. Nous nous sommes faits connaitre grâce à un lieu qui était à l’abandon : le centre culturel d’Anderlecht. C’est ce lieu qui a, en quelque sorte, donné naissance à la Compagnie. On avait la volonté de faire des choses différentes, en autodidactes et sans le sous ! Trente ans après, nous sommes toujours là.

Parlez-nous du métier de metteur en scène...

Je pense que c’est un métier qui s’apprend « sur le tas ». Il y a une part d’inné mais cela reste avant tout beaucoup de travail. On a beau avoir du talent, il faut travailler et je ne crois pas qu’il y ait de recette particulière. Chaque metteur en scène a sa propre démarche. Il doit d’abord se découvrir lui-même. Pour ma part, je suis très pédagogue. J’explique beaucoup afin de mieux comprendre. Chaque mise en scène est différente en fonction de la personne, des acteurs. Pour revenir à votre question, même si j’ai choisi ce métier, ce n’est pas une profession facile car il faut sans cesse essayer de dépasser sa propre vision des choses. De plus, il est délicat de s’attaquer à des auteurs, de s’attaquer aux autres. On se met en danger. On doit pouvoir prendre du recul, de la distance par rapport à l’œuvre mais ce n’est pas toujours facile.

 

Lorsque vous décidez de monter une pièce, comment cela se passe-t-il?

Tout d’abord, en ce qui me concerne, je fais toujours des adaptations. Je ne monte pas des œuvres de théâtre mais des œuvres littéraires. Il y a donc vraiment un travail d’adaptation à réaliser pour que l’œuvre littéraire devienne un objet théâtral. Dès la réécriture – ou l’écriture, puisqu’il s’agit d’une autre forme d’écriture -  il y a une pensée, une direction qui va vers l’acteur. Pour le choix d’une piéce, il n’y a aucune volonté délibérée. C’est l’intuition qui me guide et me fait découvrir l’œuvre et la volonté de la monter.

 

Selon vous, quelles sont les qualités à posséder pour exercer ce métier?

Je pense qu’il faut être extrêmement modeste, humble. Dans tous les cas, c’est l’auteur qui prime, c’est lui qu’il faut mettre en avant. Il faut avoir la pertinence de ne pas vouloir s’imposer, ce qui n’est pas évident puiqu’il faut faire preuve d’autonomie et d’originalité. En d’autres termes, donner sa propre vision de l’œuvre. Le théâtre, la littérature, c’est toujours une rencontre vers les autres et donc, la première impulsion chez le metteur en scène c’est d’avoir ce respect vis-à-vis de l’autre. Etre perspicace, lire, découvrir…

 

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez?

Je crois que quelqu’un comme moi, qui est un rebelle (ce qui veut dire que j’ai toujours fait ce que j’avais envie de faire), doit assumer le fait de ne pas être trop reconnu, ni carriériste.

Je pourrais très bien décider de monter des classiques, qui me rapporteraient plus d’argent, mais ça ne m’intéresse pas. Il y a un manque de richesse matérielle à assumer. Ce sont des choix de vie. Cependant, le théâtre a un aspect collectif qu’il ne faut pas négliger et qui implique des contraintes. Il me semble en effet qu’il est plus facile pour un peintre ou un écrivain de vivre de leur art, à partir du moment où ils peuvent peindre et écrire sur n’importe quel support pour que leur œuvre existe. Rien n’empêche ces artistes d’exercer leur art. Pour le théâtre, c’est différent. Il s’agit d’une coopération entre différentes personnes, de l’implication de différents intervenants, et donc il y a l’aspect financier qui entre en jeu puisqu’il faut payer ces personnes. Tout projet culturel demande de l’argent et même le rebelle en a besoin !

Pensez-vous que votre métier évolue?

Oui, bien sûr. Il y a des espaces de liberté qui se sont ouverts. Pendant tout un temps, le théâtre n‘était réservé qu’à une certaine caste de personnes. Aujourd’hui, le théâtre jouit quand même d’une certaine reconnaissance.

Le théâtre a, comme l’école, une mission de distribution de savoir, et il offre des clés de réflexion au spectateur afin de développer son esprit critique. C’est un « éveilleur d’intelligence ». Cependant, depuis quelques temps, je trouve qu’il évolue vers une grande forme de divertissement. Il faut à mon avis se poser la question de savoir si le théâtre remplit toujours son rôle de service public ou si cette intention tend à être oubliée par notre société consumériste...Dorénavant, les théâtres ne sont-il pas plutôt dans la compétition ? Dans la course aux applaudissements ?

Qu'est-ce que vous aimez le plus dans votre métier de metteur en scène?

Les relations humaines et le caractère social du théâtre.

 

Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune qui veut se lancer?

Il faut bien être conscient qu’il s’agit d’un choix de vie. Il ne faut pas hésiter à s’écarter du chemin, à suivre sa propre voie et c’est pourquoi il faut de la volonté. Pourquoi lui et pas un autre ? Cette impression que certains sont « destinés », « nommés » pour le faire ne s’explique pas. Il faut être éveillé, prendre le temps de se poser, de réfléchir et de créer sa place. Il faut savoir si on est véritablement prêt à créer, car ce n’est pas évident. Il y a toujours un prix à payer.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.