Christine Heinesch,
Coordinatrice d'un Contrat de rivière

Interview réalisée en mai 2010

Christine Heinesch, Coordinatrice du Contrat de rivière du bassin hydrographique de l'Amblève depuis 8 ans.


En quoi consiste votre activité au quotidien ? 

Nos objectifs visent à restaurer, à protéger et à valoriser les ressources en eau du bassin en intégrant harmonieusement l'ensemble des caractéristiques propres à nos rivières. Notre démarche est une démarche de sensibilisation, d'information et de participation. Nous voulons faire participer l'ensemble des acteurs qui résident ou qui agissent dans la zone couverte par le contrat, en vue de favoriser le développement d'une dynamique durable par la programmation d'actions qui visent à atteindre les objectifs.

Une part importante de notre travail consiste en des inventaires de terrain. Nous faisons un relevé systématique des ouvrages, des activités économiques, des captages, des rejets, des problèmes d'érosion ou de protection des berges... Cette connaissance du terrain nous permet de connaître parfaitement les problèmes et de proposer des solutions. 

En Belgique, un Contrat de rivière est le seul espace de rencontre qui regroupe l'ensemble des acteurs d'une même rivière. C’est notre spécificité. 

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre profession ? 

Le coordinateur doit être en possession d'un master universitaire. Il doit avoir des connaissances approfondies en environnement. Il faut être un bon communicateur et faire preuve de convivialité. Les contacts sont nombreux et essentiels.

Il faut aussi savoir gérer une équipe, avoir une motivation et un enthousiasme sans limite et croire en ses objectifs afin de mobiliser et de convaincre ses interlocuteurs du bien-fondé de ses démarches. 
Et puis, mieux vaut ne pas compter son temps !

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre métier ?

C'est un travail varié, riche en rencontres. Je me sens utile. J’œuvre pour la gestion durable de nos ressources en eau. J’éprouve un certain plaisir à voir aboutir de très belles réalisations, à voir que la collaboration entre différentes personnes et organismes, sur base volontaire, donne des résultats importants pour tous. Chaque petite goutte forme un océan ! 

Les inconvénients sont liés à la taille de l’équipe de base. Nous ne sommes pas assez nombreux. Nous sommes obligés de limiter nos projets et nous sommes « overbookés » en permanence. De plus, le financement ne suit pas. Il n'est pas toujours possible de convaincre tout le monde...

Quel est l’horaire de travail ?

En semaine, j’ai un horaire de bureau auquel s’ajoutent des réunions en soirée et des animations le week-end.

Quelles études avez-vous faites pour accéder à votre profession ? 

J'ai fait une licence en Sciences géographiques suivie d'une formation d'agrégée de l'enseignement secondaire supérieur et d'une spécialisation en environnement. J'ai répondu à une offre d'emploi et j'ai suivi le parcours...

Quel a été votre parcours professionnel ? 

En sortant de ma licence, j'ai fait, durant plusieurs années, en couplant avec mes deux spécialisations, des intérims dans l'enseignement (secondaire inférieur et supérieur, supérieur non universitaire). J'ai ensuite réalisé les deux dossiers pédagogiques (primaire et secondaire) pour l'Année de l'Air pour le Ministre régional de l'Environnement de l'époque. J'ai aussi travaillé dans un Centre Régional d'Initiation à l'Environnement (CRIE) et pour l'Office National des Pensions (ONP).

Ces différents emplois m'ont amené de Bruxelles à Arlon en passant par Waterloo. Tous ces postes étaient à durée déterminée. C'était difficile de planifier le futur, mais c’était aussi passionnant et riche en apprentissage et en découvertes. Tous ces emplois m'ont apporté une expérience pour mon travail actuel.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Le choix de mes études et de mon métier actuel correspond à ma personnalité. Je suis curieuse, indépendante et sensible à la terre que nous laisserons à nos enfants. Je ne souhaitais pas m'enfermer dans une profession très ciblée, trop pointue. J'avais besoin et j'ai toujours besoin d'avoir un travail varié, touchant à plusieurs domaines de compétences. Observer, comprendre, échanger, respecter, découvrir, partager... Il est important pour moi de « faire du concret ».

Que diriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans cette voie ?

Je testerais ses motivations. Si celles-ci sont en phase avec les objectifs poursuivis par le métier, je lui dirais : fonce, crois en toi, nous avons besoin de gens comme toi ! Ce métier est intéressant, passionnant. Oserais-je dire indispensable ?

Avez-vous une anecdote à raconter ?

Un exemple. L'année dernière nous avions décidé de lancer une campagne d'arrachage de la berce du Caucase. C'est une plante envahissante, exotique, qui provoque des brûlures graves si l'on rentre en contact avec sa sève. Nous sommes deux personnes et nous avions plus de 1.000 km² de surface à gérer en 15 jours !

Sans un euro disponible, nous avons sollicité les administrations communales du bassin, les pouvoirs régionaux et provinciaux. Ceux-ci ont tous répondu positivement, ils ont mis des équipes au travail sur le terrain et ont trouvé d'autres partenaires. Et c'est ainsi que le travail a été accompli en lieu et heure !

C'est l'essence même de notre travail. La sensibilisation, l'information, la richesse de la collaboration, l'appartenance à un même bassin... et un travail énorme peut être accompli ! 

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.