Claude Baurain, Professeur d'histoire

Interview réalisée en janvier 2009

Claude Baurain est professeur d'histoire grecque et romaine à l'Université de Liège. Il a également édité des ouvrages et rédigé de nombreux articles pour des revues spécialisées.

Pouvez-vous nous présenter les études universitaires en histoire et plus particulièrement à l'ULg ?

La 1ère année du bachelier vise en priorité à doter le candidat historien des connaissances qui lui seront indispensables tout au long de ses études. Ainsi, l'ensemble des périodes sont abordées, de la Préhistoire à l'Epoque contemporaine. Le 1er cycle propose également un ensemble de cours généraux en sciences humaines et d’autres plus spécifiques à la démarche de l’historien professionnel (critique historique). Pour certains cours, un choix devra être fait dans une liste de propositions (traduction et explication de textes historiques, histoire de l’art et archéologie, histoire de la philosophie, littérature comparée). Au cours des 2e et 3e années, outre divers enseignements ayant pour but d’approfondir la culture historique au sens large, l'étudiant sera amené à participer, à raison de deux cours au choix chaque année, à des "Exercices portant sur des questions d’histoire", relatives aux 4 grandes périodes historiques (Antiquité, Moyen-Age, Temps Modernes, Epoque contemporaine). C'est lors de ces cours qu'il s’initiera véritablement au travail de l'historien. A partir de sources déterminées, abordées dans le respect strict des règles de critique historique, il se lancera dans de divers travaux de recherche et d'analyse. En 3e année, il lui sera proposé de choisir entre divers enseignements présentés, en prenant en compte la période historique qu'il souhaite approfondir dans le 2e cycle. Cette structure de bachelier a pour atout de permettre de choisir sa période de prédilection de façon progressive. En effet, dans un premier temps, l'ensemble des périodes sont abordées, aussi bien sur le plan théorique que pratique.

Il est encore possible d'effectuer son master en un an ou deux ans (ce qui est davantage la norme). Le master en deux ans (120 crédits) offre, à côté d’un tronc commun, une finalité didactique ou une finalité approfondie. Le tronc commun s’organise autour de deux cours au choix de "Critique historique", correspondant à deux périodes historiques, et de deux cours d’"Institutions" propres aux deux périodes retenues en "Critique historique". L’ensemble constitue le champ chronologique où sera défini le sujet du travail de fin d’études (mémoire ou TFE). Ce tronc commun comprend aussi divers cours dont trois sont à choisir en liaison avec le sujet du TFE (liste de 10 cours d’orientation). À côté de la finalité didactique, il existe une finalité approfondie, où l’étudiant choisit, en conformité avec son sujet de TFE, à la fois un des 10 "Séminaires approfondis" proposés et un ensemble de quatre cours au sein d’une des cinq options offertes : "Histoire et sociétés de l'Antiquité méditerranéenne", "Histoire et sociétés du Moyen-Age", "Genèses de la Modernité (de Pétrarque à Galilée)", "Histoire régionale, histoire européenne et histoire des pays d'Outre-mer" et "Archivistique". 
Remarque : les autres universités proposent d'autres finalités.

Quels sont les pré-requis indispensables avant d'entamer ces études ?

Une bonne connaissance du programme d'histoire de l'enseignement secondaire est un sérieux atout. Il n'est pas indispensable d'avoir étudié le latin et/ou le grec ancien. En lieu et place du cours d’"Explication d’auteurs latins", un cours d'initiation est prévu au programme de la 1ère année de bachelier si l'étudiant n'a pas ou peu de familiarité avec la langue latine.
S'il le souhaite, il peut aussi s'initier au grec ancien. Pour ce qui concerne les langues modernes, l'idéal serait d'avoir des notions (en anglais, allemand, voire en italien, espagnol ou néerlandais) mais il faut surtout bien maîtriser la langue française. La connaissance imparfaite du français s’impose d'ailleurs comme un des principaux facteurs d'échec en 1ère année. En effet, les études nécessitent un vocabulaire large et précis, des formulations correctes, des exposés clairs, des qualités rédactionnelles… Au sein de notre université, nous avons une personne ressource qui apporte une aide concrète dans ce domaine aux étudiants qui en font la demande.

Quel est le profil des étudiants qui se lancent dans les études en histoire ?

Ce sont surtout des jeunes qui viennent assouvir une passion et non pas spécialement chercher un métier. La plupart s'orientent vers la finalité approfondie. Peu choisissent la filière didactique. L'enseignement n'est donc pas leur premier choix même si nombreux sont ceux qui acquièrent ensuite l’Agrégation de l’Enseignement Secondaire Supérieur (AESS).

Ces études attirent-elles les jeunes ?

Chaque année, notre université accueille environ 120 étudiants en 1ère bachelier. Ils sont généralement une vingtaine à aller jusqu'au bout du master. Il est évident que ces études attirent un peu moins qu'avant. Certains étudiants qui sont intéressés par l'histoire font le choix de la raison plutôt que celui du coeur et s'orientent vers une filière plus porteuse d'emploi, avec le risque de le regretter par la suite.

La question des débouchés revient sans cesse.

Oui c'est un fait mais comme pour toutes les autres disciplines des sciences humaines et jusqu’à nouvel ordre, l'étudiant qui termine des études universitaires en histoire possède un bagage de connaissances qui lui permet de s'orienter dans plein de secteurs différents : dans l'enseignement secondaire supérieur, dans les unités de recherche, les bibliothèques, les Fonds d'archives, les médias, les administrations, les entreprises, le tourisme culturel, les associations socio-culturelles…

Beaucoup de personnes rédigent des articles ou ouvrages historiques sans pour autant être historien de formation.

Oui. Le métier d’historien n'est pas protégé. Il n'y a pas d'ordre des historiens comme on en retrouve dans la médecine par exemple. Ceci signifie que n'importe qui peut se présenter comme historien, rédiger un travail sans connaître ou avoir reçu la maîtrise de la critique historique, ce qui pose la question de la pertinence de certains ouvrages, articles ou commentaires "historiques"...

A ce propos, que pensez-vous de sites Internet comme Wikipédia dans lequel on retrouve une masse d'informations sur l'histoire en général ?

C'est un site intéressant mais il faut le consulter avec prudence puisqu'on y retrouve des choses erronées ou incomplètes. Selon moi, pour l’histoire, ce type de site n'est réellement intéressant que lorsque l'on a acquis au préalable les connaissances suffisantes pour pouvoir prendre du recul par rapport à ce que l'on y lit.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes intéressés par des études en histoire ?

De se rendre aux journées portes ouvertes ou au cours ouverts de chaque université à la fois pour découvrir les infrastructures et se familiariser avec la vie universitaire mais aussi pour prendre connaissance des programmes qui peuvent être forts différents d'une université à l'autre.
 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.