Claude Bigatton,
Agent de contrôle qualité

Interview réalisée en septembre 2006

Claudio Bigatton a commencé à travailler chez Magotteaux en 1996 comme opérateur de contrôle spectro. A 33 ans, il y est aujourd'hui responsable du secteur contrôle qualité. Située à Liège, cette société est un expert reconnu dans le domaine des mécanismes d'usure et des procédés de broyage.

Quelle est votre formation ?

J'ai fait un graduat en chimie à la haute école de la ville de Liège.

Cette formation vous a-t-elle bien préparé à la réalité professionnelle ?

La chimie est un domaine assez vaste qui peut aller de la métallurgie à la pharmacie en passant par la chimie organique mais, quel que soit le secteur dans lequel on travaille, l'orientation laboratoire est toute désignée pour un chimiste. Il ne va pas de lui-même aller faire de la production. Il sera plutôt orienté vers le contrôle ou la recherche. Son rôle dans un laboratoire de contrôle est d'analyser et de mesurer pour s'assurer que ce qui est produit est conforme aux règles et aux normes d'application.

Quel est votre parcours professionnel ?

J'ai d'abord eu quelques contrats d'intérimaire dans le domaine de la chimie de laboratoire. J'ai commencé chez Magotteaux en 1996 comme opérateur de contrôle. Je devais réaliser des contrôles de production en laboratoire. Je ne connaissais pas du tout le secteur de la fonderie mais le travail m'a plu. C'était agréable de découvrir quelque chose que je n'avais encore jamais fait.

En 1998, suite à une restructuration, je suis devenu responsable du secteur spectro. Un an plus tard, le responsable QC (contrôle qualité) de l'époque a quitté le laboratoire pour un autre poste en usine. Sa fonction a été scindée en deux et j'ai repris la partie CND (contrôle non destructif) en plus du contrôle spectro.

Deux ans plus tard, la personne qui était en charge de l'autre partie du QC, à savoir la chimie et les sables, est également partie. J'ai alors repris l'ensemble du secteur QC, à savoir le laboratoire de chimie, le laboratoire des sables, le CND et la spectro.

Que fait la société Magotteaux en quelques mots ?

La fonderie Magotteaux est le leader mondial des procédés de broyage et d'usure qui interviennent notamment pour la fabrication du ciment. La société fournit aux cimentiers des boulets de broyage ainsi que des plaques de blindage qui composent l'intérieur des fours. Ce sont de gros cyclones dans lesquels tournent les boulets à grande vitesse pour concasser la matière, par exemple du clinker qui provient de pierres concassées.

Il y a trois usines sur le site. La première usine fabrique des boulets. La seconde fabrique des plaques de blindage et des cloisons, tout ce qui permet d' équiper le contour et l'intérieur du four. La troisième fabrique des marteaux qui servent, comme les boulets à concasser la matière. Le tout forme un ensemble. Nous fabriquons aussi des pièces de robinetterie industrielle (vannes, pompes...) pour des installations pétrochimiques.

En quoi consiste votre travail ?

Actuellement, je ne m'occupe presque plus de la réalisation pratique des contrôles. En tant que responsable, ma fonction consiste à veiller à la réalisation des contrôles en termes de qualité et de délais. 

Je dois m'assurer que les laboratoires disposent du matériel nécessaire pour les contrôles et que ceux-ci sont effectués en respectant les normes de qualité et surtout aussi les règles de sécurité. C'est principalement un travail de management.

Quels sont les différents types de contrôle ?

Il y a le contrôle destructif et le contrôle non destructif. Lors du contrôle destructif, on détruit l'échantillon pour rendre une analyse. C'est le cas de la spectro et de la chimie. Le contrôle non destructif se fait quant à lui au stade final de la production, quand la pièce est prête à partir chez le client. A ce stade, il est bien entendu que l'on ne peut pas affecter la moindre caractéristique de la pièce. Le contrôle non destructif peut se faire tout simplement par radiographie.

C'est le même principe que pour les êtres vivants. On place la pièce dans une salle, on vient avec une source radioactive, on met un écran avec un film derrière la pièce et on tire. La source radioactive permet de transpercer la matière et d'imprimer sur le film les éventuels défauts qu'il pourrait y avoir au c'ur même de la pièce.

Que faut-il précisément contrôler ?

Il y a le laboratoire spectro qui contrôle la composition chimique des alliages. Ce contrôle se fait à l'aide d'une machine que l'on appelle spectromètre d'émission optique d'où les noms de secteur et contrôle spectro. Il faut s'assurer que le métal en fusion corresponde aux spécifications.

Il y a aussi le laboratoire des sables. Une fois la composition chimique de l'alliage contrôlée et approuvée, le métal est versé dans un moule car il doit se solidifier et prendre une forme précise. Ce moule est fabriqué avec du sable un peu amélioré en fonction du métal. C'est du sable chimique dans lequel on a ajouté des résines et différents composés pour lui permettre justement de résister à de hautes températures. Pour avoir un bon moule, il faut un bon sable. Il faut donc contrôler ses caractéristiques : granulométrie, humidité, compression, cisaillement, densité de chute, etc.

Concrètement, comment procède-t-on ?

Prenons l'exemple du contrôle spectro. Nous procédons à des centaines d'analyses spectro par jour. La production prélève une éprouvette, c'est-à-dire un échantillon qu'elle envoie au laboratoire via un système de transport pneumatique. Nous recevons l'éprouvette sous forme d'une petite pastille métallique. On prépare cette pastille, au moyen d'une rectifieuse sous eau puis on la polit en la passant sur une bande abrasive. Ensuite on place la pastille sur la machine et on procède à une analyse de composition grâce à un étincelage, c'est-à-dire une décharge électrique qui produit de la lumière. La lumière est analysée à travers tout un système optique. C'est comme pour la lumière du soleil : elle se compose de différentes couleurs (vert, jaune, rouge...) et chacune est déterminée par une longueur d'onde mais ces couleurs ne sont pas perceptibles à l'oeil nu. On ne voit qu'une lumière blanche monochromatique. 

L'analyse spectro procède de la même façon. Le rayon lumineux produit lors de l'étincelage est décomposé dans toutes ses longueurs d'ondes. En fait, le métal se compose de plusieurs éléments : le carbone, le silicium, le manganèse, le chrome, etc. Chaque élément est associé à une longueur d'onde et c'est l'intensité de la longueur d'onde qui va déterminer la concentration de l'élément analysé. Celle-ci doit se situer dans une fourchette déterminée, avec un minimum et un maximum à respecter. Nous contrôlons si la concentration se situe dans la bonne fourchette. En fonction de l'analyse, il faut parfois ajouter ce qui manque. Si tout est en ordre, on passe à l'étape suivante.

Travaillez-vous en collaboration avec d'autres départements ?

Oui, en premier lieu avec l'AQ (assurance qualité). C'est souvent vers ce service que l'on se tourne lorsque nous transmettons les résultats. Nous travaillons aussi en collaboration avec la production. Dès qu'il y a un problème, il faut le signaler. C'est nécessaire si on veut améliorer la qualité du produit mais cela passe aussi par une entente et un respect mutuels entre le contrôleur et le producteur. Sinon le contrôleur travaille de son côté, rebute des pièces, écarte des lots et le producteur continue de produire sans se soucier du résultat des contrôles.

Quelles sont les qualités requises dans votre métier ?

La rigueur est la qualité première du contrôleur. Il faut aussi être curieux, s'intéresser à tout, ne pas avoir peur de poser des questions et être méticuleux, j'entends par là ne pas hésiter à se servir d'une autre méthode pour valider son résultat.

En tant que responsable de secteur, par contre, c'est gérer le stress engendré par les délais aussi bien que les personnes pour pouvoir effectuer les contrôles le plus rapidement possible.
Il faut être calme et ne jamais s'emporter. Parfois on aurait envie de crier un bon coup pour avancer mais cela n'est jamais dans notre intérêt. Il vaut mieux essayer de faire la part des choses.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.