Colette Braeckman,
Journaliste Reporter

Journaliste belge, Colette Braeckman est réputée internationalement. Grand reporter pour la presse écrite, elle couvre notamment l'Afrique centrale pour « Le Soir » depuis de nombreuses années. Par ailleurs, elle collabore au journal français « Le Monde Diplomatique » et est auteure de plusieurs livres. Site : www.lesoir.be

Qu'est-ce qui vous a amenée à devenir journaliste ?

J'ai eu la chance de faire un stage au journal «La Cité» qui, à l'époque, était un quotidien. Je voulais faire une licence en journalisme mais, avant même d'entamer ces études, j'étais collaboratrice extérieure du journal. Une place s'est libérée pendant le stage, j'ai posé ma candidature et ai été engagée. A l'époque, cela se passait encore comme cela... On faisait une formation sur le tas. Aujourd'hui, ce cas de figure est inimaginable. J'ai travaillé quatre ou cinq ans à «La Cité» avant d'avoir envie de changer et d'entrer au journal «Le Soir».

Vous êtes donc devenue journaliste juste après vos humanités ?

Non... En fait, j'avais fait des études d'interprétariat alors que je voulais devenir journaliste. Dans ces années là, les débouchés en journalisme étaient très incertains. Et je pensais que la connaissance des langues pouvait être très utile pour un journaliste.

Apparemment, votre sujet favori est l'Afrique ? Pourquoi ?

Oui, c'est en effet mon sujet de prédilection... J'essaie tout de même de ne pas me limiter qu'à cela. C'est-à-dire que je couvre plutot la problématique des pays en voie de développement (l'Amérique latine, l'Asie et l'Afrique). En outre, trop se spécialiser, ce n'est pas toujours avantageux : si vous devenez le spécialiste mondial de la Polynésie, vous publierez peut être un papier toutes les semaines - et encore ! Ce qui fait que je préfère covrir les pays en voie de développement, plutot que seulement l'Afrique

Pouvez-vous communiquer toutes les informations que vous rapportez ?

Non et c'est là l'éternelle lamentation du journaliste qui ramène toujours dix fois plus d'informations que ce qui peut être publié : seul un dixième est utilisé dans un premier temps. Cependant, je parviens toujours à écouler mon stock d'informations (si j'ose dire) dans d'autres articles.

Vous n'avez jamais été tentée d'abandonner le journalisme dans un quotidien pour travailler pour un hebdomadaire ?

Bien sûr, parce que dans un hebdomadaire, on peut aller au fond des choses (cela tient à sa périodicité). Mais, on perd aussi le plaisir de devoir réagir rapidement. Cependant, j'aime écrire des papiers de synthèse. De temps en temps, je fais un article pour «Le Monde Diplomatique» et cela me demande un gros effort d'abstraction afin de travailler dans l'optique d'un mensuel. C'est une toute autre démarche. Il faut être capable de réfléchir et d'écrire autrement.

Vous avez également participé à des débats télévisés, notamment avec des hommes politiques zaïrois. Est-ce un autre aspect de votre travail de journaliste ?

Là, les journalistes sont piégés, surtout dans ce genre de débat. Et c'est un rôle d'autant plus difficile à remplir quand on vient de la presse écrite et qu'on est habitué à faire des analyses, des comptes rendus qui ont pour mission d'être objectifs. Parler à la télévision, intervenir avec à propos, animer une polémique, c'est un métier qui demande une pratique que je n'ai pas. De plus, dans ce type de débats, les journalistes sont mis en scène, comme si c'était eux qui devaient diriger la polémique. Or, ce n'est pas leur rôle ! Lors d'un débat, nos interlocuteurs - qui étaient des personnalités zaïroises - nous faisaient jouer le rôle de «politiques», mais quand nous leur posions des questions directes, des questions de journalistes, ils nous répondaient «mais qui êtes-vous, vous petits journalistes pour m'agresser comme cela, moi qui suis une haute personnalité ? ».

Vous a-t-on déjà expulsée d'un pays ?

Je n'ai jamais été expulsée mais j'ai déjà été suivie. Ou alors, les gens que j'avais rencontrés, mes collaborateurs, mon chauffeur étaient soumis à un véritable interrogatoire. A l'aéroport, les douaniers voulaient me prendre mes carnets de notes contenant des interviews et des adresses. Comme je ne voulais pas les donner, ils refusaient de me laisser partir. Je devais demander à l'ambassade de m'aider. Quoi qu'il en soit, je ne pouvais pas leur laisser mes carnets ! C'est une question de principe et surtout de sécurité pour les gens qui me donnent des informations.

En tant que femme, rencontrez-vous des problèmes spécifiques ?

Professionnellement, il n'y a pas de problème. Au début, quand nous n'étions pas encore très nombreuses dans le métier, nous pensions qu'il y aurait des difficultés dans certains pays. En fait, c'est avec mes collègues masculins que j'avais des ennuis parce qu'ils pensaient que ce n'était pas un métier de femme. Mais cela n'a pas duré longtemps. C'est plutôt au niveau de la vie privée que cela peut poser des problèmes aux femmes : c'est un métier très prenant. Il y a les gens qui vous contactent n'importe quand et cela ne plaît pas toujours à l'entourage. Toutes les femmes journalistes ont le même type de tracas, cette ingérence dans la vie personnelle. C'est très dérangeant de recevoir des coups de téléphone à dix heures du soir quand on est mère de famille... Et pourtant, si on ne répond pas, on risque de perdre une information. La tolérance est nettement plus grande pour les hommes.

Si vous deviez engager un jeune journaliste, quelles qualités souhaiteriez-vous trouver chez lui ?

De la curiosité, certainement. D'autres qualités seraient une indépendance d'esprit, de l'enthousiasme, un petit grain de folie. Les jeunes journalistes sont très bien formés, en fait trop bien formés en ce qui concerne toute la dimension technique. Je trouve qu'il faut un peu de fantaisie dans ce métier car il est lié à l'imagination qui est nécessaire afin de débusquer des sujets originaux. Si l'on est trop sur des rails, trop conformes aux modèles types, il manque alors le «petit quelque chose» qui fait que le travail est vraiment bon. Il faut de l'humour aussi, c'est important et ça ne fait jamais de tort aux lecteurs.

Quel est votre plus mauvais souvenir de journaliste ?

Je travaillais alors à «La Cité». Il fallait faire de tout et je n'aimais pas du tout la rubrique pour laquelle je travaillais. Je passais tout mon temps à faire des lignes et des titres, à compter des millimètres, à calculer : il n'y avait aucune écriture, aucune recherche. C'était un travail tout à fait fonctionnalisé. J'ai tenu un mois environ avant d'éclater en sanglots. J'étais encore toute jeune et je me disais : «Si c'est cela le journalisme, si c'est cela le métier dont je rêvais et bien zut, je préfère faire autre chose dans la vie !» Et mon pauvre collègue, qui faisait cela depuis 25 ans, s'est mis aussi à pleurer. Il s'est rendu compte que j'avais une toute autre optique que lui, mais c'était son métier et il le faisait bien. Mais cela démasquait sa réalité et on a commencé à pleurer tous les deux. Heureusement j'ai changé de poste... sinon je serais partie.

Cette interview figure déjà dans la 1ère édition de ce guide. Cf. BONIVERT (Françoise) : «Le journalisme», (coll. Formations/Métiers), Ed. SIEP, 1993.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.