Corentin Rousseau,
Directeur de la Ligue royale belge pour la protection des oiseaux (LRBPO) asbl

Interview réalisée en avril 2015

Présentez-nous l’asbl, ses missions, les animaux concernés ?

La LRBPO existe depuis plus de 90 ans. Elle a pour principale mission de protéger la nature, et plus particulièrement les oiseaux. Cette action se traduit de différentes façons : nous soignons des oiseaux sauvages (blessés, abandonnés, empoisonnés, etc.) dans nos centres de revalidation ; nous gérons une vingtaine de réserves naturelles en Belgique et nous avons aussi des activités davantage tournées vers la sensibilisation dans les écoles ou lors de balades guidées. On a un centre éducatif en Famenne, à Jalna. On y accueille régulièrement des groupes, des écoles, etc.

Une revue dans laquelle sont présentées différentes thématiques comme des voyages nature et les problèmes environnementaux paraît 4 fois par an. Et enfin, nous faisons aussi beaucoup de lobby politique afin d'essayer de faire bouger la loi ou de veiller à ce qu’elle soit appliquée. Il nous arrive de porter plainte pour certains faits. 

Pourriez-vous nous donner des exemples concrets d’actions, de campagnes que vous menez dans le cadre de la protection des oiseaux?

Actuellement, nos actions phares visent l’interdiction de la chasse aux sarcelles d’hiver et aux perdrix grises, car ce sont des espèces qui diminuent très fortement. Il faut aussi prendre des mesures concernant la restauration de leur habitat, etc.

Il y a également un combat qui est mené contre les démonstrations de rapaces, et plus particulièrement les shows qui ont un but uniquement financier.

Quels sont les différents profils que l’on retrouve dans votre équipe ?

Nous sommes 6. Il y a un infographiste, une secrétaire, une comptable, une chargée de mission qui s’occupe des activités avec les écoles, etc. et il y a la soigneuse qui travaille dans le centre de revalidation.

Comment fonctionnent les centres de revalidation pour animaux sauvages ? Quels sont les animaux accueillis et dans quelles circonstances ?

Il y en a un seul à Bruxelles et 16 en Wallonie. Ils accueillent des animaux sauvages (80% sont des oiseaux) qui ont besoin de soins et qui seront relâchés au plus vite. Il s’agit donc vraiment de revalidation.

La plupart du temps, ils sont amenés par des particuliers mais il arrive que ce soit par la Police, le Département de la Nature et des Forêts, les pompiers… Nous nous déplaçons aussi parfois pour aller les chercher.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans votre métier au quotidien ?

La dégradation de l’environnement à l’échelle globale est liée à trois causes principales[1] : le changement de l’utilisation des sols (intensification agricole, de moins en moins de bois mort dans les forêts, etc.); les changements climatiques et les dépôts d’azote qui changent les communautés végétales. Il y a d’autres causes mais les trois citées sont les plus importantes.

De façon générale, je pense que les gens sont très sensibilisés à la protection animale mais il y a un manque de cohérence car d’un côté, ils veulent soigner l’animal blessé, mais de l’autre, ils ne comprennent pas qu’ils doivent agir aussi sur le reste, c’est-à-dire, les trois causes que je viens de citer.

D’un point de vue financier, la situation n’est pas toujours facile non plus. Bien que les centres de revalidation ne connaissent pas le même fonctionnement en Wallonie, où ils sont subsidiés par la Région wallonne et où ils reçoivent de l’argent pour chaque oiseau soigné et relâché, et à Bruxelles, où nous recevons uniquement un petit subside fixe de l’IBGE.

Quel est votre parcours personnel ?

J’ai toujours été passionné par l’environnement. Quand j’étais jeune, je faisais partie de l’asbl Jeunes et Nature. J’étais animateur, puis je suis entré dans le conseil d’administration et j’en suis devenu le président, puis l’administrateur délégué. J’ai quitté cette fonction il y a quelques mois.

Après mes secondaires, j’ai choisi la biologie à l’UCL avec une spécialisation en écologie. C’était une formation intéressante notamment parce qu’on pouvait faire des stages à l’étranger et se spécialiser davantage dans un domaine. Pour ma part, j’avais choisi l’ornithologie qui me passionnait déjà.

J’ai ensuite travaillé en tant que chercheur, toujours à l’UCL, en bio-ingénierie géomatique, c’est-à-dire l’analyse d’images satellites, pour un projet de l’Agence spatiale européenne et pour un autre des infrastructures de recherche en biodiversité. Ça ne me plaisait pas trop alors j’ai cherché un autre travail, et c’est comme cela que je suis arrivé à la Ligue.

Quelles sont, selon vous, les qualités essentielles à posséder pour travailler dans ce domaine ?

Il faut être passionné, investi. Il faut aussi être très précis dans sa communication et pouvoir s’exprimer clairement afin de mener une campagne solide.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait faire partie d’une association comme la vôtre ?

Je pense que lorsqu’on entame des études, et notamment en biologie, il faut bien réfléchir à ce qu’on veut réellement faire comme travail plus tard et comment y arriver. Quel savoir je dois posséder, quelles compétences, etc. Beaucoup d’étudiants se lancent dans la bio sans trop savoir ce qu’ils feront après et c’est une erreur car ils ne trouvent pas facilement de travail par la suite.

Travailler en tant que bénévole dans des associations permet de se familiariser avec le secteur, d’acquérir des compétences transversales et surtout, de se constituer un carnet d’adresses.

Enfin, il faut être conscient que dans la protection animale, quand on mène une campagne, on se fixe un objectif qui n’est pas forcément facile à atteindre. Mais ce n’est pas parce qu’on ne l’atteint pas, qu’on n’arrive pas quand même à faire bouger les choses.

 

[1] http://www.nature.com/nature/journal/v448/n7153/full/448550a.html

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.