Entretien avec Madame D. Membre du jury de sélection des candidats de la Sabena Flight Academy (Interview réalisée avant la faillitte de la compagnie).

Comment votre compagnie sélectionne-t-elle ses hôtesses et ses stewards ?

Le jury de sélection, composé de quatre personnes, recrute les gens d'après une série de critères. Nous vérifions d'abord si le candidat possède le C.E.S.S. (Certificat de l'Enseignement Secondaire Supérieur), s'il n'a pas plus de 30 ans et pas beaucoup moins de 18 ans (comme la formation dure environ quatre mois, et qu'on ne peut pas voler avant l'âge de 18 ans, on peut postuler plus ou moins deux mois avant d'atteindre cet âge).

Au cours de l'entretien de sélection, nous apprécions les candidats sur leur présentation, leur motivation, leur connaissance des langues (ils doivent pratiquer couramment le français, le néerlandais et l'anglais), ainsi que sur leurs aptitudes sociales (façon d'être, résistance au stress,...). Les candidats doivent avoir une taille comprise entre 1m57 et 1m90.

Après être passés devant le jury de sélection, les candidats sont convoqués à un examen psychotechnique et à un examen médical.

Comment se passe une journée de présélection ?

En fait, il s'agit plutôt d'une demi-journée. Nous recevons plus ou moins 40 candidats par demi-journée. Nous formons des groupes de dix personnes qui passent devant les 4 membres du jury. Nous leur expliquons d'abord ce qu'ils vont vivre. Nous les jugeons sur 9 critères:

  • le look, l'apparence
  • la première impression qu'ils dégagent
  • la communication verbale (un usage correct de leur langue maternelle)
  • la connaissance des trois langues (français, néerlandais, anglais)
  • l'expression du corps (Ressent-on le stress ?)
  • l'attitude (parlent-ils toujours en positif ?)
  • le dynamisme
  • le tact et politesse
  • le profil commercial

Nous leur demandons tout d'abord de se présenter eux-mêmes pendant une ou deux minutes dans leur langue maternelle puis nous leur posons des questions sur leur parcours dans les trois langues. Ensuite, nous leur proposons de faire un travail de groupe (un problème à résoudre) où chacun d'entre eux sera observé. Ils doivent arriver à une solution commune.

Puis, le jury délibère. Ceux qui sont repris sont reconvoqués pour un entretien avec un psychologue la semaine d'après. S'ils réussissent cette étape, ils peuvent passer l'examen médical avant d'entamer leur formation de quatre mois.

Une année d'études supplémentaire dans une école d'hôtesses constitue-t-elle un plus ?

Pas nécessairement. Nous ne donnons pas de priorité aux élèves qui sortent de ces écoles, car la formation qu'elles reçoivent n'est pas spécifique au métier d'hôtesse de l'air.

Que se passe-t-il quand les candidats ont réussi les différentes épreuves de sélection ?

Nous constituons des sessions dont le nombre idéal est de 20 personnes, le nombre minimum de 12. La formation dure environ quatre mois. Elle comporte une partie théorique et une partie pratique. Les futures hôtesses et les futurs stewards doivent apprendre toute la réglementation de leur métier, tout ce qui est relatif aux services à bord, tout ce qui concerne la préparation des vols, les moyens de conversion des monnaies et les différents dispositifs de sécurité. Le premier ou le deuxième week-end après le début de la formation, ils accompagnent un vol en tant qu'observateurs.

Ils reçoivent ensuite une formation spécifique relative aux avions sur lesquels ils vont commencer à voler, c'est-à-dire l'Airbus et le 737. Finalement, ils passent un examen «mock up», à savoir un examen dans un simulateur de cabine où il doivent agir exactement comme ils agiraient sur un vol, avec des gens qui jouent les passagers.

Et enfin, ils effectuent des vols de qualification (trois en moyenne), accompagnés d'un inspecteur.

Si au cours de leur formation ils réussissent tous leurs examens, ils reçoivent leurs « ailes » et sont inclus dans les équipes de vol. Ils signent donc un contrat à ce moment mais sont encore à l'essai pendant six mois au terme desquels une délibération est organisée pour savoir s'ils conviennent bien à la compagnie.

Y a-t-il encore beaucoup d'exclusions pendant la formation ?

Il y en a évidemment, mais pas tellement : nous restons assez souples et, par exemple, si un étudiant rate un examen (il faut obtenir 80% à chaque examen), en général, nous lui donnons une deuxième chance. Je crois que les étudiants exclus le sont à cause d'un manque d'études car les matières ne sont pas trop difficiles à assimiler. Bien entendu, si un candidat présente une attitude négative pendant son stage, il peut également se faire exclure.

Qu'en est-il de la carrière ?

Les jeunes commencent d'office à voler sur l'Europe à la Sabena, D.A.T. ou Sobelair). Chaque année, on nous offre à tous la possibilité de choisir entre les vols Europe et les vols long courrier. Après cinq ans de vol, l'hôtesse ou le steward peut devenir chef de cabine, après avoir subi différents examens et suivi une formation complémentaire relative à ses nouvelles fonctions. Il a enfin la possibilité de devenir chef de cabine gros porteur (Airbus) après de nouveaux tests psychotechniques et un examen portant sur la fonction.

Chaque année, nous devons repasser un examen médical et tous les 18 mois un examen sur la sécurité.

Les jeunes sont-ils attirés par les vols Europe ou par les vols long courrier ?

En général, ils sont beaucoup plus attirés par les vols long courrier, bien que parmi les dernières sessions, certains veuillent absolument rester sur l'Europe.

Quand on vole sur l'Europe, on a évidemment l'avantage de pouvoir revenir tous les jours à la maison, tandis que sur long-courrier, on doit s'attendre à des absences parfois très longues. Les systèmes de récupération sont naturellement en fonction de ces absences.

Est-il vrai qu'il faut habiter près de l'aéroport ?

Non, c'est faux. La seule exigence que la compagnie ait à ce niveau, c'est que nous puissions rejoindre l'aéroport dans les 45 minutes (ou dans l'heure pour les longs courriers) pendant les périodes où nous faisons partie de la réserve.

Le salaire est-il intéressant ?

Je peux vous dire qu'en début de carrière, l'hôtesse ou le steward reçoit un salaire environ 35 000 FB nets. A cela viennent s'ajouter des indemnités pour certains vols, plus des indemnités à l'escale. Cela représente en tout plus ou moins 50 000 FB.

Quelles sont les qualités nécessaires pour pratiquer ce métier ?

Il est important d'aimer voler évidemment et il faut posséder une bonne santé. Il faut aussi aimer rendre service et pouvoir affronter des situations parfois difficiles. Devant un passager agressif (et il y en a !), nous devons rester calmes, patients et compréhensifs.

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre profession ?

Pour moi, évidemment, je vous dirais que c'est un métier merveilleux, très diversifié, qui permet de nombreux contacts et qui possède encore un certain prestige.

Au niveau de ses inconvénients, je n'en vois qu'un mais il est de taille : la fatigue. Celle-ci n'est pas la même si l'on vole sur l'Europe ou sur long courrier. Sur l'Europe, on doit se lever tôt et le rythme pendant la journée est très soutenu. Sur long courrier, on doit encaisser nuits blanches et décalages horaires, ce qui est très dur pour l'organisme.

Avez-vous le temps de visiter les villes pendant les escales ?

Parfois oui. Mais, vous savez, quand on débarque à Dakar pour la dixième fois, on ne ressent plus la même excitation que lors de la première fois !

Un jeune qui voudrait s'orienter vers ce métier a-t-il des chances de trouver un emploi ?

Oui, tout à fait, s'il est motivé, car on manque d'hôtesses pour le moment. J'ajouterai que le fait d'être marié et celui d'avoir des enfants ne constitue nullement un obstacle. Et enfin, je tiens à préciser que nous serions ravis d'avoir un peu plus de candidats stewards !

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.