Damien Hubaut,
Photographe naturaliste

Damien Hubaut, né en 1960, est gradué en photographie. Depuis l'âge de 14 ans, il est passionné par l'ornithologie et la photographie animalière. En dehors de ses nombreuses publications en photo d'architecture, sa préférence va vers la photographie sur le terrain.

Quelle est votre formation de base en photographie ?

Je suis diplômé de l'INRACI, où j'ai suivi une formation de type court. J'ai eu l'occasion d'y développer plus particulièrement l'aspect technique grâce aux nombreuses heures de studio-labo. J'y ai également acquis les bases de l'audio-visuel. Il est à noter que peu d'étudiants de ma promotion ont fait de la photo leur métier? les débouchés étaient et restent rares ! Pour ma part, le sujet de mon mémoire - la photo animalière - a été déterminant. Au début des années 80, ce thème était novateur, particulièrement en Belgique. En effet, à l'époque, en France, l'agence JACANA spécialisée dans le reportage nature faisait ses débuts en précurseur.

Qu?est-ce qui vous a amené à la photographie naturaliste ?

A l'âge de 14 ans, je me suis pris de passion pour l'ornithologie. Ma formation en photographie m'a permis au départ d'assouvir ma soif d'observer les oiseaux, les animaux, les plantes, la nature en général.

Pouvez-vous nous résumer votre carrière professionnelle ?

Mon premier emploi, je l'ai décroché chez un photographe indépendant. Pendant un an, j'ai travaillé au côté de ce commerçant en photo qui tentait de lancer un magasin à la frontière franco-belge. Il a été obligé de me licencier, faute d'avoir réussi ce projet. Cette expérience m'a permis de prendre conscience que je ne cherchais pas ce genre de carrière professionnelle, derrière un comptoir. J'en suis alors revenu à mes premières amours en acceptant un poste à l'Institut des Sciences Naturelles de Belgique à Bruxelles, comme bénévole. Le projet du musée était de créer un atelier nature pour enfants. En parallèle, j'étais animateur à la société ornithologique AVES. A cette occasion, ma rencontre avec Léon Woué, fondateur du Centre Marie Victorin et des Cercles des Naturalistes et Jeunes Naturalistes de Belgique, a été décisive pour ma carrière de photographe professionnel et d'animateur nature. Aujourd'hui, je consacre une grande partie de mon temps à animer des stages de photo-nature et d'ornithologie ainsi qu'à coordonner les cours de guide nature à Bruxelles. D'autre part, mes photos sont répertoriées à l'agence Wildlife Pictures de Bruxelles, spécialisée dans les photos-nature et qui les diffuse dans les médias.

On retrouve vos photos dans nombre d'ouvrages, spécialisés ou non : comment se fait-on un nom en tant que photographe naturaliste ?

En photographie, il faut de toute façon se prendre en charge pour percer. Pour ma part, je me suis formé seul, sur le terrain, en voyageant beaucoup aussi. La pratique m'a appris à choisir entre mes deux passions, l'ornithologie de terrain (ma première passion) et la photo. Un de mes atouts est d'avoir de bonnes connaissances naturalistes pour ne pas commettre d'erreur sur le terrain. En effet, ce n'est pas toujours simple de gérer des affûts Ils durent souvent plusieurs jours si on veut des clichés de qualité. Toutefois, on peut mettre en danger certaines espèces si on les dérange en période de nidification. A l'inverse, beaucoup de photographes dits « naturalistes » sont par exemple incapables d'identifier les différentes espèces photographiées et sont obligés a posteriori d'avoir recours à un spécialiste. Pour se faire connaître, il existe plusieurs pistes. Tout d'abord, on peut organiser des expositions ou participer à des concours. Personnellement, j'ai exploité d'autres moyens. D'une part, je préfère de loin animer des conférences. D'autre part, je n'ai jamais hésité à prêter, gratuitement, des photos à des revues oeuvrant pour la protection de la nature. A titre d'exemple, mes photos publiées par la revue « L'homme et l'oiseau » éditée par la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux. La participation à des jurys de concours, photos et vidéo nature m'a permis de faire la connaissance d'Adrien Joveneau, célèbre animateur à la RTBF. Ce dernier m'a contacté en ma qualité de photographe naturaliste afin d'illustrer les ouvrages reprenant les itinéraires du RaVel, thème de son émission radio ?le Beau Vélo de RAVel?. Notre collaboration dure depuis 6 ans.

Dans votre secteur, quelle influence a le développement du matériel photo en général et du numérique en particulier ?

Il y a 25 ans, le matériel était rudimentaire. Les optiques étaient fixes, peu lumineuses. Les diapositives étaient un support essentiel pour la presse malgré la difficulté à les exposer très correctement. Aujourd'hui, les appareils sont plus puissants, plus lumineux et surtout, la prise de vue est assistée par des systèmes autofocus très rapides. Cette vitesse d'exécution est un avantage certain pour des sujets animaliers dont le comportement n'est pas toujours prévisible. Autre avantage : avec la même puissance d'optique et sans s'approcher plus du sujet, le numérique permet de plus gros plans. Par contre, pour moi, le temps mobilisé pour le traitement de l'image est le principal inconvénient. En effet, après la prise de vue, il fallait patienter pour le développement des diapositives en laboratoire et ensuite trier les clichés. Le numérique permet un gain de temps lors du développement mais, pour les perfectionnistes, il nécessite de longues retouches via l'ordinateur, sans oublier que l'équipement informatique est finalement beaucoup plus onéreux que le développement classique en laboratoire.

Que penser de l'actuelle expansion du numérique ?

Un aspect que l'on peut critiquer est la diffusion des produits numériques. Cette dernière présente un paradoxe. Si cette diffusion est facilitée et simplifiée, elle favorise une mondialisation des images et génère des clichés que l'on retrouve partout. On trouve ainsi actuellement sur le marché des CD rom de photos animalières de moindre qualité, où les sujets ne sont pas toujours correctement identifiés. Leur faible prix peut convaincre les utilisateurs professionnels. A ce niveau, pour les puristes et les spécialistes, la concurrence est rude.

En Belgique peut-on vivre de la photo naturaliste ?

A l'exception de l'un ou l'autre néerlandophone soutenu par des maisons d'édition, personne ne vit correctement de la photo animalière en Belgique. Souvent, une fonction administrative ou un métier à temps partiel vient soutenir la passion de la photo naturaliste. Si on est doué, cette activité peut prendre de l'ampleur, mais elle ne permet pas d'assurer un revenu régulier et suffisant.

Qu?en est-il ailleurs en Europe ?

En Angleterre, il y a énormément de photographes qui vivent de la photo naturaliste. La passion et la tradition des jardins permettent à plusieurs publications d'occuper le marché anglais. Par contre, aux Pays-Bas, la photo animalière occupe une place moins importante, même si la population partage cet engouement pour la nature. En France, plusieurs agences photos ont réussi ces dernières années à développer un marché quasi inexistant il y a encore quelques décennies. De nombreuses revues consacrées aux loisirs, à la chasse, à la pêche, à la randonnée ou encore aux voyages ont vu le jour récemment, mais ces publications sont-elles rentables pour un photographe ?

Quelles sont les qualités indispensables à votre métier ?

La patience, la passion, le respect de la nature, la faculté de communiquer avec les autres intervenants sur le terrain, la méthodologie pour classer tous ces clichés me semblent indispensables.

Quels conseils donneriez-vous à un débutant ?

Tout d'abord, pour acquérir une expérience de terrain, il ne faut pas hésiter à faire ses premiers pas dans des endroits où les structures pour l'observation des animaux existent. Au lieu de passer son temps à se faire un affût, il vaut mieux développer sa maîtrise du matériel dans des endroits aménagés. On n'a pas rendez-vous avec un animal comme avec un top model pour faire des clichés. Le moment est furtif, même si la technique d'aujourd'hui peut nous y aider. En effet, capturer l'instant en maîtrisant parfaitement son matériel est le premier pas vers la réussite de bons clichés. Ensuite, se créer des relations dans le milieu des naturalistes. Les passionnés de l'observation vous donneront des trucs, connaissent les bons endroits. En échange de quelques photos de votre reportage, vous aurez là une mine d'informations précieuses. Enfin, lire beaucoup. A l'heure actuelle, il y a énormément de bons bouquins, d'articles et de fiches pratiques dans des revues spécialisées en photo. 

Une dernière suggestion : ne pas hésiter à démarcher auprès des éditeurs ou à initier un site Internet pour se faire connaître.

 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.