Damien Pauquet,
Diététicien - Nutritionniste du sport

Interview réalisée en novembre 2010

Quelle formation vous a permis de devenir diététicien ?

J’ai suivi trois grandes étapes : un graduat en diététique, une licence en sciences biomédicales et une formation en nutrition sportive à Paris. Cette dernière, étalée sur une année à concurrence de deux jeudis par mois, m’a permis d’approfondir de façon plus spécifique l’alimentation du sportif. 

Justement, quelle est la différence entre un diététicien sportif et un diététicien classique?

Un diététicien prend en charge essentiellement des patients atteints de maladies (diabète, cholestérol, allergie, etc.) ou encore d’une surcharge pondérale. Un diététicien sportif, quant à lui, traite le patient dans le but d’améliorer sa performance et de favoriser une meilleure récupération. L’objectif est de prolonger au maximum sa carrière sportive et d’éviter les blessures. 

En quoi consiste votre métier ?

À partir des habitudes alimentaires d’un patient, je corrige et je fais des propositions concrètes en  tenant compte de ses goûts et dégoûts, de ses allergies et de sa personnalité. Par la suite, je propose un plan alimentaire sur mesure, différent d’un régime contraignant et frustrant. Il s’agit ici de trouver un compromis entre les besoins nutritionnels, les plaisirs du patient et son équilibre. Je me base sur la prise de sang afin de créer le meilleur régime. S’il doit y avoir une perte de poids, elle doit se faire de façon graduelle et en douceur. Au niveau sportif, je dois faire des plans alimentaires personnalisés pour chaque joueur, faire en sorte qu’il récupère plus facilement via des compléments, jouer sur les menus d’avant match, etc. 

Comment faites-vous pour évaluer l’impact de votre travail ?

Chaque semaine, je mesure le pourcentage de graisse et le poids. Je fais des rapports et quantifie l’évolution. Je surveille la masse graisseuse et la musculature car un sportif peut perdre en gras et gagner en muscle et donc, avoir un poids supérieur à celui du début. Il est donc important de tenir compte de la morphologie. Il est difficile d’évaluer notre apport à la performance du sportif mais je sais que ça peut varier de 1 à 99%. C’est très subjectif, tout dépend de l’hygiène de vie de la personne. Un diététicien va davantage mesurer son travail en tenant compte de l’indice de masse graisseuse et de la perte de poids. 

Quelle est votre principale clientèle ?

Aujourd’hui, 50% de ma clientèle sont des sportifs et 50% des gens qui désirent maigrir. Je peux dire que je vis davantage en faisant maigrir mes patients que par la nutrition du sportif car c’est très spécifique. 

Vos tarifs sont-ils règlementés?

Nous sommes libres d’imposer notre tarif mais généralement on se calque sur nos confrères. Ça peut varier : généralement la première séance est de 50 euros, elle comprend un programme alimentaire complet. Ensuite, pour le suivi, nos tarifs sont environ de 25 euros. 

Si vous aviez un conseil à donner à un jeune, quel serait-il ?

Je dirais d’abord d’appliquer à soi-même ce que l’on prodigue aux patients, c’est-à-dire ne pas avoir trente kilos en trop et de bien s’alimenter. Je conseille aussi d’aller sur le terrain car on apprend davantage que dans les livres : aller en stage dans les hôpitaux, les crèches et les collectivités. Si l’on veut se lancer dans la diététique du sport, il faut savoir de quoi on parle donc être sportif !!! 

Est-ce que ce métier évolue ?

Le paramédical évolue très rapidement, il faut lire tout ce qui traite des nouveautés dans le domaine. J’ai la chance d’être abonné à des revues spécifiques à la diététique. Je participe régulièrement à des colloques. Malheureusement, je manque parfois de temps pour lire. 

Est-ce un métier protégé ?

Il existe une ligue des diététiciens, l’Union Professionnelle des Diététiciens Belges. Actuellement, notre principale difficulté est la présence inquiétante de charlatans. Un diététicien ou un nutritionniste a un diplôme derrière lui. Un « nutrithérapeute » ou un  « conseiller en nutrition » possède peu de formation (on parle de quelques week-ends). C’est très mercantile, ils prescrivent des pilules amaigrissantes, des compléments alimentaires et font des « pseudo-régimes ». On se bat contre cette pratique car beaucoup de gens se font arnaquer. Très clairement, cela nuit à notre profession. Beaucoup de jeunes qui sortent des hautes écoles ou universités ont du mal à se constituer une clientèle. Peu de jeunes exercent en privé, ils travaillent davantage dans les restaurants collectifs, les hôpitaux, les grandes marques de produits alimentaires ou encore dans des laboratoires. Personnellement je ne souffre pas trop de cette concurrence. 

Quelles sont les principales qualités pour devenir un bon diététicien ?

Etre à l’écoute de son patient ! C’est indispensable pour créer un plan sur mesure et bien conseiller son patient. Je dirais également qu’il faut faire preuve de patience et avoir une précision cartésienne. C’est un métier qui demande beaucoup de rigueur. 

Quels sont les avantages et les inconvénients de votre profession?

Les contacts sont plutôt une bonne chose ! Quand notre clientèle est bien établie, il est facile de créer des liens. C’est d’ailleurs ainsi que je suis devenu le diététicien attitré du standard de Liège.

Notre principal inconvénient réside dans la difficulté à fidéliser sa clientèle soit parce que la personne a maigrit, soit parce qu’elle abandonne purement et simplement face à la difficulté. C’est parfois frustrant car nous ne voyons pas toujours l’évolution. On met en place un programme de nutrition de qualité et il arrive que le patient se décourage. On ne le revoit plus, on peut voir ça comme un échec.


 
SIEP.be, Service d'Information sur les Études et les Professions.